Les Dernières Nouvelles du Jazz
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Soul Note & Black Saint 1986 et 1989
Attention aux fausses appellations. N'allez pas croire que ce petit coffret de 4 cd's regroupe l'intégrale des enregistrements chez Soul note puisque notamment, manquent à l'appel le "Sempre Amore" magnifique duo avec Steve Lacy (1986) ou encore "Our colline's treasure" avec Leonard Jones et Sangoma Everett (1987).
Ce coffret regroupe 4 enregistrements, les deux premiers volumes étant enregistrés en live en septembre 1986 au Village Vanguard, les deux derniers en studio le 10 juin 1989 à New York.
Côté live, le pianiste regroupait alors autour de lui Woody Shaw (tp), Charlie Rouse (ts), Reggie Workman (cb) et Ed Blackwell (dm). C’est une de ces sessions mémorables au Village Vanguard où la musique respire la sueur, la fumée des cigarettes et l'odeur de l'alcool. On est au coeur du volcan, au plus chaud bouillant du direct. En regroupant les deux Cd, ce sont 4 titres fleuves qui totalisent à eux seuls plus d’une heure de musique. Celle-ci a des relents de post hard bop et de revival d’avant-garde de ce jazz des années 70’s qui en 86 ne l’est plus réellement. Sur des motifs simples, Mal Waldron laisse ses compagnons s’exprimer dans des solos de très très haute volée. L’ensemble de ces compositions est signé du pianiste et l’on notera particulièrement un Seaguls of Kristiansund au tempo ralenti à l’extrême ou encore un Snake out bien plus emmené et qui porte la marque d’un grand chorus de Woody Shaw qui tout au long de cette soirée affirme une niaque décapante, celle de la marque des plus grands. Charlie Rouse reste le grand ténor que l’on sait, moins monkien qu’au cours des 11 années passées avec Thelonious ou avec son trio Sphère mais capable ici d’un lyrisme puissant et saisissant. Il est d’ailleurs curieux que Charlie Rouse soit à ce point sous-estimé, n’apparaissant jamais comme ceux qui ont fait école, alors que son jeu reconnaissable entre milles porte la marque des vrais créateurs. Toute la musique est basée sur des ostinatos rythmiques sur lesquels la précision implacable et métronomique emmenée par cette belle association ultra-efficace de Reggie Workman et d’ Ed Blackwell. L'accompagnateur de Billie Holiday que l'on a souvent taxé de minimalisme montre au contraire ici, dans ces sessions live un powerful quintet sur des thèmes marathon qui confinent au tour de force. Ca joue àun niveau exceptionnel et même si l'on doit bien admettre la longueur interminable des chorus, cela nous ramène en plein à cette urgence qui fait souvent les plus belles sessions de jazz.
Pas illogique alors de mettre en regard ces deux sessions studio dont seul Reggie Workman reste du staff de 86. A l’alto c’est Sonny Fortune qui prend la place de Shaw alors que le ténor est pris par Ricky Ford, la batterie par Eddie Moore. Curieusement j’adhère moins à ce son-là qui me semble débarrassé de ses imperfections de la scène. Un peu moins authentique même s’il faut bien admettre que ces prises ont la puissance d’un enregistrement spontané. C’était le temps où quelques éditeurs audacieux n’hésitaient pas à proposer des thèmes de plus de 20 minutes d’improvisation.
Ici le quintet a un tout autre aspect puisque l’alto y remplace la trompette. Et là encore les solistes peuvent s’y donner à coeur joie. Mais là où on entendait une rythmique qui, sur des ostinatos graves donnait une profondeur tellurique, celle-ci semble un peu moins àla hauteur. L’écoute des albums en parallèle oblige à comparer Blackwell et Eddie Moore, ce dernier étant très en dessous. Ce qui n’empêche Sonny Fortune d’y dérouler avec un lyrisme torrentiel un solo hallucinant et dense au lyrisme torrentiel capable d’emporter tout le groupe dans son sillage( Yin and young). Et il faut un très grand Ricky Ford pour s’inscrire dans ses pas sans dénaturer le son d’ensemble. Un thème pour piano solo un peu décalé et plus old style, Where were you, laisse entendre toute la sensibilité du pianiste dans un registre plus classique. Pour conclure, un joli Waltz for Marianne avec un Ricky Ford au son déchiré et âpre, au grain mat et rugueux, entre Rollins et Getz et là encore Sonny Fortune qui y joue avec un syncrétisme qui englobe les altistes les plus classiques avec les plus modernes dans un seul et même discours.
Deux très belles éditions dnc, un peu oubliées et que l’on se félicite de retrouver ici réunies.
Mauvaise note en revanche pour le travail documentaire. L’éditeur ayant été au plus juste reproduisant, sans aucun travail éditorial les fac similédes albums obligeant le lecteur un peu myope à lire les indications d’origine “ à la pince à épiler”....... L’éditeur objectera certainement le prix assez modique de 18 euros et le beau travail de remastering de ces moments de musique de très haute volée. Témoignage de ce jazz qui avait cette fraîcheur et cette passion de l’expression urgente. Une sorte de jazz de la foi.
Jean-Marc Gelin
L’acquisition du catalogue complet par le Kepah Music Group (Cam Jazz) en 2008 de ces beaux labels italiens que furent Black Saint et Soulote a donné lieu à la réédition de plusieurs beaux coffrets réunissant
Don Pullen
Jimmy Giuffre
Mal Waldron
World Saxophone Quartet
Sur des enregistrements exceptionnels et remastérisés.
On aimerait , au titre des pépites, la réédition possible du « Parrallel World » de Dave Douglas, le For Olim de Cecil Taylor et le « Eugene 1989 » de Antony Braxton ou encore le superbe « To Them to us » de Jacki Byard.

Bonjour,
Merci pour cette chronique. je partage votre sentiment sur la baisse de densité quand on enchaîne concerts et séances studio. Formidables Seagulls of Kristiansund.
Sinon, la réédition de For Olim de Cecil Taylor que vous appelez de vos voeux, il me semble qu'elle s'est faite à travers le coffret. Réédité aussi, Eugene de Braxton, dans le coffret. Eugene, quel superbe disque !