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Dimanche 13 mars 2011 7 13 /03 /Mars /2011 17:08

 Verve 2011

Laika Fatien (vc), Meshell Ndegeocello (b, arrgts), Joshua Roseman (tb), Oliver Lake (saxes), Kleefus Cancia (cl), Mark Kelley (b), Deantoni Parks (dm), Kendrick Scott (dm), Gilmar Gomes(perc)

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Les chroniqueurs qui tous ont été subjugués par cet album, ont aussi largement insisté sur sa genèse née de la rencontre de la chanteuse avec la bassiste Meshell Ndegeocello qui en assure la production. Rencontre fructueuse s'il en est et surtout si l'on en juge par le vent de fraîcheur qu’elles font ici souffler sur le jazz vocal. Pas de révolution car l'essentiel du matériau est tiré du répertoire. Mais surtout une façon de revisiter ces grands thèmes et d'en faire un tout nouvel objet musical qui nous plonge avec douceur dans une sorte d’entre deux au charme indéfinissable.

Avec un « chanté » au naturel absolument déconcertant Laika s'aventure sur des terrains divers et variés : un jazz Monkien sur Matrix - think of oneou un Brésilien, Caico de Villa Lobos déchirant et venu du plus profond du Nordeste entamé a capela pour revenir ensuite à la noirceur d'un Brésil grave. Une belle version de Appointment in Ghana de Jackie Mc Lean sublimement arrangée par Meshell ouvre sur une modernité proche de l'univers de la bassiste, modernité par ailleurs passionnante dans cette électrification du son fusionnée à la voix de la chanteuse.

Tout chez Laika porte l'empreinte d'une voix à nulle autre pareille. Dans sa gravité sans patos et dans le timbre naturellement mezzo, dans la profondeur de son chant, il se passe quelque chose d'unique. Les morceaux sont signés Monk, Jackie Mc Lean, Tina brooks, Joe Henderson, Wayne Shorter. De petites incises simples d’à peine 2mn parfois parcourent l’album sans aucune fioritures, sans vouloir trop en faire. Juste désarmant.

Il y a là une question d’empreinte. Cette empreinte qu'elle laisse et qui s’imprègne. Cette atmosphère entre chiens et loups qui s'installe bien après que le disque ne se soit arrêté. Déjà dans son précèdent album consacré à Billie Holiday, la chanteuse prenait son temps.  Elle n’est pas lascive. Elle est juste dans la douceur du temps pris au temps. Dans l’art de chanter hors du temps. Pour preuve Visions de Stevie Wonder.

Meschell Ndegeocello, avec le concours de Oliver Lake définit artistiquement le contour de cet album avec une maestria qui ferait pâlir d'envie un producteur vedette comme Larry Klein. Car la bassiste-productrice n'est pas pour rien dans le dessin du "son " prodigieux de cet album dont les accents de basse ne contribuent pas qu’un peu à lui donner toute sa rondeur. De quoi pardonner aussi quelques concessions easy listening absolument charmantes ( Imaginationde Heusen & Burke p. exemple) peut être parfois un peu trop markétè. Mais comment ne pas succomber tout simplement au charme de Jogaqui, sansn nous faire vraiment oublier la version de Bjork ( « Homogenic » 1997) s'échappe ici du jazz pour aller bien naturellement sur le terrain d'une pop doucereuse.

Si Laika crée ce sentiment d’intimité et de murmure avec nous c’est qu’elle ne joue pas. Elle « existe » tout simplement. Il faut lire l'interview qu’elle donne à  Thierry Quenum dans le dernier numéro de Jazzmagazine : “ Je suis Laika et je me présente comme je suis. Toute ma présence s’incarne dans la voix. Je donne accès au profond de moi et ne peux pas donner plus, sinon je me donnerais en pâture, d’où la retenue. Je donne mon essence”. En l’écoutant, on comprend que cette part de vérité passe non seulement par son chant, mais aussi par sa voix et par son souffle, par le battement presque audible de son coeur. Et cela suffit à lui seul, par sa sincérité, à nous anéantir.  

Jean-Marc Gelin 

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