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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 21:18

 

 Kenny-Barron-Trio-a-Ramatuelle-Poulpy.jpg

 

Le Festival Jazz à Ramatuelle - qui, grâce à son directeur artistique, met à l’honneur le Jazz et rien que le Jazz - avait rendez-vous le 19 août 2012 avec un pianiste de légende : Kenny Barron. Ce dernier, détenteur de neuf Grammy Awards, fait partie des grands pianistes « post be-bop » actuels.

Pour sa deuxième apparition depuis 2004 sur le plateau du Théâtre de Verdure[1], le pianiste s’est entouré de deux virtuoses : Kiyoshi Kitagawa à la contrebasse et Jonathan Blake à la batterie. Rien que du bon !

Ces deux sidemen sont en effet de remarquables musiciens. A plusieurs reprises, leurs improvisations ont fait naître un flot d’applaudissements et pour cause. Kiyoshi Kitagawa, très emprunt de Buster Williams[2], affectionne les accords de contrebasse et les lentes constructions s’éloignant progressivement et magistralement du thème principal. Jonathan Blake n’a pas été en reste. Sa puissante frappe, comme rarement se conjugue avec la vélocité du jeu, lui permettant de créer un son quasiment continu pendant plusieurs minutes.

C’est donc avec demi-raison que Kenny Barron a laissé à ces deux compagnons un large espace d’expression personnelle…….demi-raison car leur présence n’a pas forcément mis le pianiste en valeur. Kenny Barron n’a pas émergé  franchement de sa section rythmique. Au contraire, celle-ci a semblé le couvrir, presque l’étouffer. Question de réglage sonore ? Question d’emplacement de l’auditeur au sein du théâtre ? Dans le doute, nous ne conclurons pas que Kenny Barron n’a pas pris le lead de son trio. Dans le doute, nous n’affirmerons pas que Jonathan Blake ou Kiyoshi Kitagawa ont manqué d’écoute. Nous laisserons la question en suspens même si, au lendemain du concert, l’impression qui la sous-tend émerge, elle par contre, très clairement.

Tout au long de sa prestation, Kenny Barron a égrené un répertoire éclectique ; un mélange de compositions et de standards. Parmi ces derniers : « Bebop » de Dizzy Gillespie (dans l’orchestre duquel il se fit connaître du grand public), le bel « Isfahan » de Billy Strayhorn, « I Hear Rhapsody » et même le sempiternel « My Funny Valentine » qui, bien que parfaitement interprété, n’en est pas moins ressorti comme une étrange incise placée au cœur du concert.

Fort heureusement, Kenny Barron a donné une place importante à ses compositions[3] avec le magnifique morceau « Bud-Like » (écrit à la mémoire de Bud Powell, l’un de ses pianistes préférés), « Cook’s Bay » et « Song For Abdullah » (en l’honneur d’Abdullah Ibrahim qui officiait sur la même scène la veille). Il a interprété ce morceau sans accompagnement. Et c’est enfin esseulé de sa rythmique qu’il a offert au public toute la subtilité que son jeu recèle, n’ayant pour unique féale qu’une cigale lançant une lancinante note, hors de l’harmonie.

Lorsque le concert s’est terminé, le public était debout : standing ovation !

Prochain concert de Kenny Barron : en duo avec le contrebassiste Dave Holland le 8 septembre prochain au Festival Jazz à la Villette, Cité de la Musique à Paris.

 

Pour plus de renseignements sur le Festival : www.jazzaramatuelle.com

 

Yaël Angel



[1] Lequel porte bien ce nom tant il est placé dans un écrin de garrigue et d’arbres centenaires

 

[2] Lequel a d’ailleurs enregistré avec Kenny Barron au sein du groupe Sphere

[3] Nous soulignerons que, bien que Kenny Barron soit principalement connu comme instrumentiste, il est l’auteur de nombreux morceaux qui, de part leur beauté, l’illustrent à notre sens d’avantage comme compositeur que comme « pianiste soliste au style nettement personnel ». Dans cette lignée créatrice, on retrouve des titres admirables comme, parmi bien d’autres : « Scratch », « Clouds », « New York Attitude », « Minor Blues », « Wildlife », « What if », « Nikara’s song » ou « Spiral ».

 

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