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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 07:06
YARON HERMAN ou le Flux essentiel, rencontre avec un pianiste libre

Quelque part avant le grand rush de l'été dans le salon d'un hôtel parisien près de Bastille. Le 8 juillet. Yaron et moi on se connait depuis quelques années. On est pas dans le cérémonial. Straiight to the point. Je le sais très sensible à la moindre critique.Très grande sensibilité d'artiste qui a le coeur à plaire à tous. Charmeur, brillant et surtout animé d'une profonde reflexion sur lui même et sur la musique. Artiste libre et sans concession.

Deux mois avant la sortie de "Everyday" chez Blue Note, et avant sa grande scène à La Villette le 10 septembre à Paris, rencontre avec un pianiste qui n'a jamais semblé aussi inspiré qu'aujourd'hui, ni aussi moderne.

A l'image d'un Robert Galsper ?

Yaron Herman : Je suis flatté que tu me compares à des gens comme lui. Mais pour te dire, je n'ai pas vraiment une réflexion où je me dit il faut absolument que cela rajeunisse. Mais c'est ce que je ressens. Il y a des influences divers et variées que j'essaie de faire tourner autour de l'axe immuable qu'est l'improvisation. C'est l'essence de la musique que j'aime. Mais il faut faire attention, car ce n'est pas choix du répertoire qui rajeunit le genre. Ce qui le rajeunit c'est vivre dans l'instant. Cette capacité à garder la fraîcheur et à renouveler l'instant présent.

Les DNJ : Puisque nous parlons d'influences, il y en a une qui m'a semblé très marquante dans ton dernier album ( Everyday), celle de Radiohead.

YH : Oui, c'est clair ! J'aime tellement leur musique que je voulais l'intégrer un peu plus dans mon univers. Nous sommes les enfants du même creuset. De la fragmentation d'une même lumière. C'est cela que je cherche.

Les DNJ : Tu as mis des voix sur Volcano, c'est la première fois que tu intègres des chanteurs à ton travail ?

YH : Je me suis rendu compte qu'il y avait quelques mélodies qui se prêtaient bien à cela. La voix, notamment sur Volcano apporte un côté très "poppy" que j'adore.

Les DNJ : C'est un début ?

YH : En tous cas c'est un format que j'aimerai vraiment approfondir. La voix a sa place non seulement en tant que lead mais aussi, comme cela est le cas dans l'album pour contribuer au background, pour accentuer les détails, à peine perceptibles à certains moments.

Les DNJ : Lorsqu'on lit des papiers sur toi on entend toujours la référence à Keith Jarrett. Ce n'est pas quelque chose qui t'agace à la longue ?

YH : Je trouve cela un peu facile. C'est vrai que depuis mes débuts, cela a toujours été quelqu'un pour qui j'ai un amour débordant. Je suis fier de cette affiliation.Après tout nous avons tous une origine, on ne vient pas de nulle part. Mais en même temps, un peu d'effort quand même ..... J'ai l'impression quand j'écoute " Everyday" qu'il y a toutes ces années de travail qui y convergent. C'est un long chemin qui continue d'ailleurs, tous les jours. Tous les jours je me demande comment je peux aller à l'essentiel. Comment être encore plus authentique. Encore plus dans l'instant présent. Et ce qui me plaît sur cet album, du fait de la façon dont il a été conçu, largement improvisé, c'est que j’entends cette spontanéité.

YARON HERMAN ou le Flux essentiel, rencontre avec un pianiste libre

Les DNJ : Comment l'avez vous conçu ?

 

YH : Ziv ( Ravitz) était de passage, 2 jours à Paris. Je lui ai proposé que l'on se voie en studio. Je lui ai dit que j'avais ecrit quelques thèmes et que j'aimerai voir avec lui en studio comment cela tourne. Le but c'était, si cela devait bien fonctionner que je retravaille les morceaux et les arrangements pour enregistrer six mois plus tard. On s'est rendu compte qu'il se passait ce jour-là quelque chose de spécial. Quelque chose de très fort. Il n'y avait rien à ajouter. C'est devenu l'album.

 

Les DNJ : Alors que Bill Evans disait que pour un pianiste c'était la relation avec le batteur qui était le plus difficile, il semble que toi tu aies résolu cette équation.

 

YH  : Avec Ziv, oui, absolument. J'ai trouvé avec lui l'acceptation de ce qui peut se passer à tout moment, un amour de cette musique ouvert à tous les styles et tous les sons qu'ils viennent du proche-orient ou du jazz New-Yorkais ou les sons africains....

 

Les DNJ : Mais dans ta relation avec le batteur, c'est ce dernier qui est à l'écoute du pianiste, pas le contraire....

 

YH: Avec Ziv ce n'est pas comme cela. Cela interragit tout le temps. Il lance des idées et l'impulsion ne vient pas toujours de moi. Presque un tiers de l'album est conçu comme cela.

 

Les DNJ : Comment vous êtes vous rencontrés ?

 

YH : On s'est connus à Jazzahead il y a 7 ou 8 ans puis on s'est revus souvent et nous sommes devenus de très bons amis, un peu comme un frère. Cela fait le 2ème album que l'on fait ensemble.

 

Les DNJ : Tu prends le parti de rester exclusivement en acoustique. Tu as des réticences pour le fender ?

 

YH :  Pour le moment je n'ai pas le sentiment d'avoir fait le tour de ce que je peux exprimer au piano et d'avoir utilisé toutes ses potentialités. Ce qui ne m'empêche pas dans l'album de faire intervenir des sons electro par exemple. Sur Everyday, j'essaie d'explorer d'autres choses au piano ou même dans With Open Hands où je ne joue que de la main droite.

Je pense que je n'ai pas encore exploré suffisamment de nuances au piano. Pour moi la modernité ne passe pas par les sons du fender mais par ce que l'on exprime. Pour moi être moderne c'est dans l'approche, dans l'intention et pas forcement dans les outils.

 

Les DNJ : On te voyait moins ces derniers temps....

 

YH : Pourtant j'étais là. Mais il est vrai que j'avais besoin d'un peu de recul. De poser mon regard sur ce que j'ai déjà accompli et ma réflexion sur le chemin que je souhaite emprunter. Une réflexion plus axée sur moi.

 

Les DNJ : Jeter ce regard rétrospectif et se demander où l'on va, c'est la grande angoisse des artistes ?

 

YH : Cela peut être angoissant si l'on considère que c'est un drame. Moi je ne le crois pas. D'où la nécessité de prendre un peu de recul pour revenir avec plus de lucidité,  de calme et de joie. Il faut sortir de cette obligation d'avoir à faire des albums, pour faire l'actualité, pour faire des concerts. Maintenant ce qui m'intéresse c'est d'aller à l'essentiel. Dans ma vie personnelle, cela veut dire être heureux tout simplement, et rendre les gens autour de moi heureux. Des choses simples mais essentielles et que l'on a tendance à oublier surtout quand on est sur un train qui file à toute allure.

 

Les DNJ: Je me souviens de ce concert que tu avais donné un jour en province en première partie de Keziah Jones. Les gens n'étaient pas là pour toi mais pour la pop star. Tu as déroulé ton concert sans concession. Les gens au début parlaient, n'écoutaient pas vraiment mais tu es resté droit dans tes choix, les assumant jusqu'au bout et jusqu'à ce qu'au final le public soit totalement captivé et conquis. Cela m'avait beaucoup marqué.

 

YH : Mais le truc c'est que je ne vois pas d'autre option que de continuer ma route coûte que coûte. Bien sûr on ressent les ondes. Mais il faut faire attention parce que parfois tu as des salles où le public surréagit (positivement) mais sans avoir vraiment écouté. Et  parfois ce n'est pas parce que le public ne réagit pas qu'il n'est pas dans ta musique. J'ai fait cette expérience au Japon. Je croyais qu'ils s'en foutaient. Mais pas du tout ! Ils attendent, ils digèrent, ils sont dans l'écoute. Donc finalement mon boulot n'est pas de savoir comment cela va être reçu mais juste de donner. Je n'attends rien, sincèrement mais je suis là pour partager et donner toujours le maximum à chaque instant, avec les musiciens qui sont avec moi sur scène.

 

Les DNJ  : Tu as des souvenirs marquants de concerts qui t'ont renversé ?

YH : Pleins. Ne serait-ce qu'au tout début lorsque je jouais à la Fontaine ou au squat de la rue de Rivoli. J 'y ai passé des moments mystiques, de réelle communion.  Ces moments où l'on est tous lévitation. C'est ce pourquoi je fais de la musique. Je me souviens aussi de ce moment à l'église de St Germain, là aussi c'était magique.

 

Les DNJ  : Comment travailles tu ?

YH : D'abord je travaille beaucoup. Tu ne peux pas devenir un grand musicien sans travailler. Quand je sais que Coltrane dès la moindre pause travaillait son instrument et quand je me rend compte que je suis loin du talent de ces musiciens, cela veut dire que je dois travailler mille fois plus. Cela n'a rien a voir avec le performance mais avec mon train de vie. Je le dois pour atteindre cet état qui est au delà même du piano. Je travaille le piano d'abord pour toutes les raisons logiques qui t'amènent à progresser mais aussi pour l'explorer, pour parvenir aux nuances, aux sons, pour établir le contact avec ce que j'ai vécu.

 

Les DNJ  : Tu parles d'aller à l'essentiel. Beaucoup de musiciens pensent pour aller à l'essentiel il faut épurer au maximum. Or je ne trouve pas que ton album soit particulièrement épuré.

 

YH :  Dans épuré j'entends le mot "pur".  Mais pur ne veut pas dire minimaliste. Cela ne veut pas dire " rien". Pour moi " pur" c'est riche.

 

Les DNJ  : Je pensais à des pianistes comme Abdullah Ibrahim ou Ran Blake

 

YH : Ils vont à l'essentiel mais cela n'a rien à voir avec la quantité de note.  Si tu fais référence à la musique soit disant conceptuelle où tu joues une note tous les 1/4 d'heure, elle n'a rien de "pure". Ce silence-là est pour moi un silence vulgaire. Il y a du silence profane et du silence sacré comme celui que tu rencontres lorsque tu vas dans une église. La musique de ces deux géants  est de cet ordre-là.

 

Les DNJ : Comment cela se passe t-il en concert, lorsque tu es dans le processus d'improvisation et que le silence prend place et que l'idée suivante n'arrive pas. Comment fais-tu face à ce blanc ?

YH :  Le blanc c'est justement ce qui contient toutes les couleurs. Je l'accepte. mais après on est sur scène et il faut avancer. Nous avons des outils pour cela. Par exemple lorsque je suis confronté à cela il peut m'arriver de ne garder que la main gauche, de jouer une seule note. Cette note va alors m'en emmener une autre et ouvrir d'autres portes. Il faut considérer que c'est de la matière. Idéalement je ne dois pas avoir de choix, les choix se font pour moi. idéalement bien sûr. Je suis un organisme vivant que je vois évoluer de manière naturelle. Un peu comme un architecte.

En fait la musique ne nous appartient pas. Nous ne sommes que des facilitateurs.

 

Propos recueillis par Jean-Marc GELIN

 

YARON HERMAN sera en concert le 10 septembre à La Grande Halle de la Villette à Paris  http://www.jazzalavillette.com/evenement/16313

 

Sortie de l’album “ Everyday” le 8 septembre chez Blue Note.

YARON HERMAN ou le Flux essentiel, rencontre avec un pianiste libre

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Published by Jean-Marc GELIN - dans Interviews
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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 06:47
YARON HERMAN : " Everyday"

Yaron Herman (p, vc), Ziv Ravtiz (dms, vc), Helgi Jonsson (vc), Jean-Pierre Taieb (vc)

Bluue Note 2015

On aurait un peu peur d'utiliser une formule galvaudée si l'on disait que ce nouvel album du pianiste marque une nouvelle étape dans le développement de la musique de Yaron Herman. C'est pourtant bien de cela dont il s'agit lorsque l'on écoute "Everyday", le nouvel opus enregistré en grande partie en duo avec batteur israélien Ziv Ravitz. Car ainsi qu'il le confiait dans les colonnes des DNJ, Yaron Herman est parvenu à exprimer ici l'essentiel dans un rare moment d'entente télépathique entre les deux musiciens.

Avec ce 7eme album on entre de plain pied dans une musique fusionnelle, au confluent de sa propre progression musicale, entre classique et tradition, jazz et pop, entre chant et impro, entre le groove qui emporte tout et les fluidité harmoniques qui enveloppent. Il y a tout ! Et il y a surtout la fraîcheur d'un travail en studio en grande partie spontané où Yaron et Ziv se jouent des structures rythmiques complexes ( Nettish) ou bien , dans un moment de jaillissement font émerger un groove absolu, forme d'art total, engagement à corps perdu ( Everyday). Une sorte de dialogue interactif sans cesse en mouvement.

Si l'on sait que Yaron Herman aime rendre quelques hommages à ses contemporains en empruntant parfois au répertoire de la pop actuelle, il s'agit ici moins d'emprunt que d'une influence forte et prégnante sur sa musique, celle de l'esthétique de Radiohead dont il revendique clairement qu'elle est pour lui une source fondamentale d'inspiration. Comme sur ce coup de génie sur Volcano où Yaron Herman ajoute un duo de voix qui s'envolent au dessus de la mélodie portée avec autant de force que de légèreté. Il en est de même sur 18:26, très fort dans la force d'entrainement d'un flot inexorable portée à son paroxysme par l'intervention furtive et éphémère des voix et par le silence brutal qui s'en suit. Ou encore sur Rétrograde, morceau de James Blake admirablement suspendu comme entre deux eaux, morceau flottant et très émouvant par la place qu'il laisse à l"espace, au non dit, à la force suggestive.

Cet album est puissant, terriblement puissant. Structuré ou déstructuré, improvisé ou harmonisé, il dit quelque chose d'un moment de musique essentiel au sens propre du terme. Cet album est powerful et riche. Riche de la force de ses reliefs, de ses micros incrustations sonores, de son travail sur le son façonné à quatre mains. Ce travail sur le son. Ce travail d'osmose.

On a souvent dit que Yaron Herman suivait un chemin Jarretien. Image un peu agaçante parce que, là encore galvaudée. Il y a bien sûr un peu de cela tant il est marqué à vie par le pianiste américain. Toutefois on entend bien comment sur Fast life cette influence importante débouche sur un discours original où Yaron Herman semble explorer tous les registres d'émotions portées par le grave du piano. Exprime une identité. Mais surtout on est ici, avec "Everyday" à la croisée des chemins de toutes ses influences, de tout ce qui le nourrit depuis des années, de tout ce qu'il écoute et, forcément de tout ce qu'il vit.

Et si la croisée des chemins débouche toujours sur une route nouvelle, celle qu'il va suivre désormais s'annonce d'ores et déjà lumineuse.

Jean-marc Gelin

Ps : Mention spéciale au graphisme de la pochette ( Yann Legendre) , un peu destructurée et très moderne. Très urbaine dans un esprit Kandisky.

PS : Yaron Herman sera en concert à Paris, à la Villette le 10 septembre 2015

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Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 16:15

Didier Lockwood et Patricia Petibon unis à la ville

On les avait vus (et entendus) partager la scène au Théâtre du Châtelet à l’automne 2013. Ce 22 août, à Dammarie-les-Lys (77), Didier Lockwood et Patricia Petibon se sont unis pour l’état-civil. Le violoniste était chez lui dans cette commune francilienne qui accueille son Centre des musiques Didier Lockwood et qu’il administre en tant qu’adjoint à la culture. Le mariage d’un maestro de l’improvisation instrumentale et d’une voix singulière du chant classique, soprano colorature avait réuni toutes les expressions des arts vivants : le théâtre (Olivier Py), le cinéma (Marthe Keller), la chanson (Louis Bertignac), la musique classique (Philippe Jaroussky) et cela va sans dire le jazz (son frère Francis, André Ceccarelli , André Charlier, Marc-Michel Le Bevillon, Marcel Azzola …). Et comme de bien entendu, l’union s’est déroulée en musique, avec cet éclectisme qui sied aux mariés du jour, le prince du violon et la « belle excentrique » (titre de son dernier album). Accueil des invités au son de la cornemuse (photo) et bœuf dans la tradition aux environs de minuit.

Jean-Louis Lemarchand

A signaler la sortie (Frémeaux & Associés) de l’hommage de Didier Lockwood à Stéphane Grappelli (For Stéphane) en compagnie de Martial Solal, André Ceccarelli, Sylvain Luc…)

Didier Lockwood et Patricia Petibon unis à la ville On les avait vus (et entendus) partager la scène au Théâtre du Châtelet à l’automne 2013. Ce 22 août, à Dammarie-les-Lys (77), Didier Lockwood et Patricia Petibon se sont unis pour l’état-civil. Le violoniste était chez lui dans cette commune francilienne qui accueille son Centre des musiques Didier Lockwood et qu’il administre en tant qu’adjoint à la culture.  Le mariage d’un maestro de l’improvisation instrumentale et d’une voix singulière du chant classique, soprano colorature avait réuni toutes les expressions des arts vivants : le théâtre (Olivier Py), le cinéma (Marthe Keller), la chanson (Louis Bertignac), la musique classique (Philippe Jaroussky) et cela va sans dire le jazz (son frère Francis, André Ceccarelli , André Charlier, Marc-Michel Le Bevillon, Marcel Azzola …). Et comme de bien entendu, l’union s’est déroulée en musique, avec cet éclectisme qui sied aux mariés du jour, le prince du violon et la « belle excentrique » (titre de son dernier album). Accueil des invités au son de la cornemuse (photo) et bœuf dans la tradition aux environs de minuit. Jean-Louis Lemarchand A signaler la sortie (Frémeaux & Associés) de l’hommage de Didier Lockwood à Stéphane Grappelli (For Stéphane) en compagnie de Martial Solal, André Ceccarelli, Sylvain Luc…)

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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 15:44

Festival Jazz Campus en Clunisois, 19 août 2015

Oboréades : Jean-Luc Fillon (hautbois, cor anglais), Didier Ithurrsary (accordéon), Château de Berzé-le Châtel, 19h

Anne Quillier Sextet : Anne Quillier (p, el p , comp), Aurélien Joly (tp), Grégory Sallet (as,ss), Pierre Horckmans (cl, bcl), Michel Molinier (b), Guillaume Bertrand (dms). Théâtre des Arts, Cluny, 21h

Duo Marais-Ternoy : Gérard Marais (el g, comp), Jérémie Ternoy (p), Théâtre des Arts, Cluny, 22h30

Château de Berzé-le-Châtel@xavier.prevost

Château de Berzé-le-Châtel@xavier.prevost

Le festival bat son plein depuis 5 jours déjà, sur scène et dans les ateliers du stage qui fut l'origine historique de l'événement, voici plus de 35 ans. Dans le cuvier du magnifique Château médiéval de Berzé-le-Châtel (qui est aussi un domaine viticole), la salle est plus que comble ; on a ajouté quelques bancs pour les retardataires, et les derniers arrivants suivront le concert debout, ou assis à même le sol. Devant un tel succès on est amené à s'interroger sur les raison pour lesquelles certaines collectivités territoriales écornent violemment les subventions à des événements qui trouvent assurément leur public....

Oboréades©Xavier Prévost

Oboréades©Xavier Prévost

Pour Jean-Luc Fillon et Didier Ithurrsarry, le programme sera majoritairement celui du disque paru en 2012 (« Oboréades, 52ème Rue est) : des compositions des deux compères, plus l'explosif Bebe signé Hermeto Pacoal ; mais avec la vigueur renouvelée du jazz « sur le vif », car ces deux là n'aiment pas rejouer la partie à l'identique. Ici rayonnent toutes les couleurs du monde (et même de tous les mondes), dans une musique qui enserre la pulsation du new tango dans les volutes du jazz pur. L'accordéoniste ose un swing inflexible et un drive infernal, tandis que le hautbois de Jean-Luc Fillon nous régale d'un chorus résolument torride. Les mises en place sont millimétrées, mais avec une souplesse féline (dans Le Chat Pacha, entre autres). Ailleurs s'associent rythmes impairs et groove funky. Le public (votre serviteur inclus) est conquis, et son enthousiasme sera récompensé d'un rappel qui ne figure pas sur le disque, mais provient du répertoire de Jo Privat : Rêve Bohémien.

Gérard Marais-Jérémie Ternoy©Xavier Prévost

Gérard Marais-Jérémie Ternoy©Xavier Prévost

Deux heures plus tard, au Théâtre des Arts, également bondé (décidément les édiles devraient être attentifs à cette belle fréquentation....), c'est un compagnon de route du festival, Gérard Marais, qui présente une formule inédite, qui l'associe au pianiste Jérémie Ternoy. Ce duo est l'émanation d'un quartette du guitariste (avec Henri Texier & Christophe Marguet) qui a publié récemment un CD intitulé « Inner Village » (Cristal Records/Harmonia Mundi). Les thèmes sont pour la plupart d'anciennes compositions de Gérard : Baron Noir, Le Rouge et le Noir, Quand les mahs (inspiré par un vers d'Henri Michaux), Katchinas...., compositions qui figurent sur le disque. Et d'autres, enregistrées ailleurs, comme Cassavetes ou Natural Reserve. Le format duo convient parfaitement à ces thèmes, qui révèlent ici de nouvelles couleurs. Les exposés sont clairs, en parfaite connivence, et dans les improvisations les langues se délient, chacun s'évadant dans son imaginaire propre, mais toujours en dialogue. Pour le pianiste, ce sont des phrasés anguleux, aux accentuations marquées, comme au temps de Lennie Tristano, ou de l'envolée tristanienne de Bill Evans dans All About Rosie de George Russell. Pour le guitariste, ce sont des circonvolutions très lyriques, mais où le chant conduit toujours vers des sentiers harmoniquement féconds. Bref une vraie réussite pour le duo ici inauguré, et que l'on aimerait entendre sur d'autres scènes (tout comme le quartette d'ailleurs....).

 

 

Pour conclure la soirée, la pianiste et compositrice Anne Quillier présentait son sextette, Grand prix du Concours de Jazz de La Défense en 2013. Belle écriture faite de polyphonies subtiles, riches en couleurs et alliances de timbres, avec de grandes nuances, hélas contrariées par un niveau de sonorisation globalement trop élevé (la concurrence sonore du Marché nocturne à l'extérieur peut-être, et d'un groupe qui sévissait là à coup de décibels destructeurs ?) , ce qui en altérait la finesse. Pulsation toujours très marquée de la batterie, décalages rythmiques en répons, crescendo en tutti, telle fut la dramaturgie souvent retenue, avec des codas en suspens, sans résolution (le refus de l'impérialisme du retour à la tonique?). De très bons solistes aussi, qui trouvèrent leur espace d'expression, dans un répertoire qui recoupait celui du disque paru en janvier (« Daybreak », www.collectifpinceoreilles.com ), agrémenté d'un peu d'inédit.     Manifestement, il faudra compter désormais avec cette musicienne, pour son talent d'écriture et de soliste autant que pour sa faculté de rassembler et diriger un groupe. Une fois encore Jazz Campus en Clunisois, et Dider Levallet, ont su partir à la découverte de nouveaux talents !

 

Xavier Prévost

 

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 21:54
CAP BRETON fête ses 25 ans

Capbreton fête ses 25 ans

Rebaptisé Août of Jazz, le festival de Capbreton-Seignosse (40) souffle ses 25 bougies de fort belle manière. Le programme promet des envolées acoustiques tout au long du week-end (21-23 août). Deux chanteuses sont à l’affiche dans des projets qui méritent l’attention : Viktor Lazlo avec son hommage à Billie Holiday qui a bien tourné après un beau succès à Montparnasse et Maurane dans un nouveau spectacle monté par le guitariste flamboyant Louis Winsberg avec la complicité du batteur Stéphane Huchard. Il sera aussi question de guitare –et comment ! -avec Philip Catherine-dont on réécoutera l’album enregistré ici même en 2007 avec Joe LaBarbera (batterie), Hein Van de Geyn (basse) et Enrico Pieranunzi (Concert in Capbreton.Dreyfus). Le tonique belge natif de Londres retrouvera d’ailleurs un de ses anciens camarades de l’écurie Dreyfus, Richard Galliano pour un duo attendu. Histoire de se mettre en appétit, on conseille l’écoute d’un album de 2008 de l’accordéoniste niçois réédité cet été « The Los Angeles Sessions » (Milan-Universal) où il dialogue avec le bassiste Charlie Haden en belle compagnie (Gonzalo Rubalcaba, piano, et Mino Cinelu, percussions). Duo acoustique également de belle tenue avec Airelle Besson (trompette) –prix Django Reinhardt 2014 de l’Académie du Jazz- Nelson Veras (guitare). Vous l’avez compris, on sera tout ouïe sur la côte landaise.

J-L.L.

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 08:48
MARIA SCHNEIDER : " The Thompson fileds"

Artistshare 2015

Maria Schneider occupe assurément dans le jazz un position un peu ambiguë. Disons qu'en fait c'est soi l'un soit l'autre. En fait la compositrice est soit adulée par ceux qui voient en elle la digne héritière de Gil Evans qui fut jadis son mentor, ou alors totalement honnie par ceux qui reproche à sa musique un côté un peu mélo de pacotille.
Nous ne nous rangeons pas quand à nous, dans cette dernière catégorie mais plutôt dans celle des admirateurs avisés et néanmoins critiques de cette orfèvre en matière de ce que l'on pourrait appeler le jazz symphonique.

Son dernier album, Maria Schnieder l'a concu comme un hommage à sa terre natale et à la beauté de ce qu'elle lui inspire, as a passion pour l'ornithologie et la beauté des oiseaux, à la poésie de Ted Kooser.
Maria Schneider reunit ici sa formation habituelle. Ses fidèles et géniaux soutiers. Son écriture est, comme à son habitude ample, porteuse d'un véritable souffle épique, comme s'ouvrant sur de sompteux espaces sauvages qui sont ici convoqués dans toute leur beauté et leur inquiétante liberté. La musique semble voleter dans l'air et tournoyer dans le ciel comme ces oiseaux dont les superbes planches d'illustration ornent l'album. Cette écriture à la fois complexe et légère est dédiée pour chacune de ses pièces à des solistes tous exceptionnels. On pense à cet incroyable clarinettiste qu'est Scott Robinson, ou ces deux heros magnifiques du saxophone que sont SteveWilson et Donny Mc Caslin, lorsque les solos disent autre chose que la musique mais l'expriment avec intelligence et fougue.
L'apport de la guitare mais aussi de l'accordéon de Gary Versace sont essentiels à la douceur harmonique qui se dégage de cet album empli de paix.
Certes on reprochera parfois à Maria Schneider d'en rajouter beaucoup dans les montées paroxystiques et mélodramtiques. On aura parfois même le sentiment d'avoir déjà entednu quelques pièces dans ses précédents albums, comme si elle usait et abusait d'un procédé d'écriture bien rodé.
Mais ce serait alors oublier l'expressivité de cette musique, porteuse d'un véritableélan. Porteuse d'une émotion la musique.

Pourquoi la musique ? Pour cette belle et inaltérable universalité.

Jean-Marc Gelin

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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 08:16
Thibault Gomez Quintet    Grand Prix et Prix du Public     @Claude Dinhut

Thibault Gomez Quintet Grand Prix et Prix du Public @Claude Dinhut

SCHNTZL  Prix de la meilleure composition et Prix du meilleur instrumentiste  @Claude Dinhut

SCHNTZL Prix de la meilleure composition et Prix du meilleur instrumentiste @Claude Dinhut

Avignon Jazz Festival 24ème édition (Suite)

Tremplin Jazz européen (Cloître des Carmes)

www.tremplinjazzavignon.fr

Avignon se démarque résolument dans sa présentation du jazz : en juillet, au cœur du « off » de théâtre, existe la vitrine Têtes de Jazz à l’Ajmi et au tout début août, quand les murs se nettoient de leurs peaux d’affiches, que la ville revient à elle-même, commence le deuxième temps fort de jazz estival dans la cité papale, le tremplin européen qui s’insère dans un vrai festival de jazz. Soit deux soirées très courues et pas seulement parce qu’elles sont gratuites. C’est un cadeau fait au public local, attentif et connaisseur, assidu et passionné qui s’exprime également en votant. Et son choix, le Prix du Public rejoint très souvent celui du jury, le Grand Prix!

Cette année encore, le tremplin se révéla précieux, reflétant la diversité des projets et engagements, permettant l’appréciation de certaines tendances musicales existantes. Le tremplin illustrant la problématique des musiques actuelles et du jazz, doit-on apprendre et continuer à jouer comme le font souvent, nos voisins nordiques dans le respect de la tradition, ou tenter de faire bouger les lignes, quitte à se perdre et à sortir du cadre ? De nombreuses pistes s’ouvrent aux jeunes musiciens aujourd’hui s’ils ont prêts à se lancer... Prises de risque ou productions d’école un peu laborieuse, on entend souvent des musiciens talentueux, en devenir. Ce qui confirme au demeurant la vocation d’un tremplin et justifie son existence.

La première difficulté du tremplin résulte de la présélection, qui peut poser problème. Avec le président du jury - cette année, Nicolas Baillard, ingénieur son des studios de La Buissonne aux côtés de Gérard de Haro- nous nous demandons comment déjouer les mystères, les hasards ou les pièges de cette opération. Pour l’avoir pratiqué, l’exercice est redoutable : marathon d’une journée, écoute en aveugle et trop rapide d’une centaine de groupes avec des séries parfaitement inadaptées ou fort rébarbatives. Au final, ne restent que six groupes européens. Cruel dilemme.

Cette année, le résultat de cette sélection faisait la part belle aux voix avec trois groupes sur six aux commandes desquelles figuraient des chanteurs. En écho à la programmation du festival ? Qui donnait aussi de la voix en débutant par le concert de la chanteuse guadeloupéenne Tricia Evy et en optant pour un final dansant sur le R&B de la rousse Robin McKelle.

Le tremplin et le festival reposent sur un savoir-faire associatif et la générosité des bénévoles. Tous ceux qui sont venus au tremplin confirment que l’accueil chaleureux, simplement familial est l’un des atouts de la manifestation, mettant à l’aise candidats et jurys.

Si certains partenaires changent, le cercle de bénévoles s’agrandit (ils sont 48 à faire tourner la boutique) avec des jeunes stagiaires motivés, sous la houlette du solide Jeff Gaffet. Robert Quaglierini et Jean Michel Ambrosino, toujours sur le pont, assurent efficacement la co-présidence. Un «dronie» devait d’ailleurs immortaliser cette «belle équipe», montée sur scène lors de la soirée de clôture.

3 août: premier soir du Tremplin

  • THE DUET (I) Alberto Bellavia (p), Roberto Rebufello (saxophones, clarinette)
  • SCHNTZL (B) Casper Van de Velde (batterie), Hendrik Lasure (p)
  • RAVEN (F) Manu Domergue ( chant et mellophone), Raphael Illes ( saxophones) Damien Varaillo-Laborie ( contrebasse), Nicolas Grupp( batterie)

Dès la première soirée, il y avait de quoi satisfaire (presque) goûts et esthétiques les plus divers.

The Duet nous tricota un patchwork coloré et joyeux, sur fond de «commedia del arte» avec un élégant florilège de styles : du piano stride au sax qui fait pleurer son blues, quizz de citations de Gershwin, Bernstein... Un exercice de style réussi mais pas assez convaincant pour un concours, sans l’enjeu de véritables compositions originales.

La surprise vint, dès le second duo, Schntzl, de très jeunes musiciens belges (le pianiste a 17 ans et il n’est pas sérieux) au nom imprononçable. Si vous allez sur leur site, vous comprendrez vite à quoi ce nom fait allusion : www.schntzlmusic.wordpress.com . Avec savoir-faire, humilité et humour, le duo fit preuve d’une grande maîtrise du geste, du jeu à tous les sens du terme, construisant avec expression et imagination un programme pertinent. Une excellente accroche et de la délicatesse jusque dans leur version fraîche de l’émouvant «Moon River» d’Henri Mancini.

Le troisième groupe Raven était français, son leader Manu Domergue, chanteur- conteur, installa une atmosphère fantastique de conte, sans citer Poe mais Rimbaud, le« Black Crow » de Joni Mitchell, nous entraînant autour de leur album «Chercheur d’orage »... tout en jouant du mellophone, curieux instrument de fanfare proche du cor d’harmonie. Visant la carte du spectacle plus que celle du concours, leur projet aurait sa place dans le « off » avignonnais intégrant une approche vraiment pluridisciplinaire.

4 août : deuxième soirée :

  • LES COMPTES DE KORSAKOFF (F) Quentin Lavy (batterie), Geoffroy Grangé (basse et chant), Christophe Blond (piano), Diego Fano (sax), André Paco (tb), Guillaume Pluton (tp)
  • Thibault GOMEZ QUINTET (F) Thibault Gomez (p), Robinson Khoury (tb), Pierre Marie Lapprand (saxophones), Etienne Renard (contrebasse), Benoît Joblot (batterie)
  • INEZ QUINTET (D) Inez Schaefer (chant), Christian Pabst (p) , André Nendza ( basse), Matthias Gurth (g), Demian Kappenstein (perc)

Le lendemain entraient en scène trois nouveaux groupes dont un français, au nom étrange et quelque peu hermétique, Les Comptes de Korsakoff. Là encore, un chanteur comédien faisait entendre une histoire parodique entre voix de cartoons, Zappa et même élucubrations à la Nina Hagen.
Des compositions originales, « le projectionniste », « l’heure du loup » avec un solo de trompette, une suite en trois parties allant crescendo, de beaux solos. Mais quelque chose résiste dans leur interprétation.

Le jazz advint enfin avec le Thibault Gomez Quintet : voilà de jeunes instrumentistes très doués qui s’écoutent et s’entendent, une musique subtile aux arrangements légers. Le trio rythmicien tire admirablement son épingle du jeu sans l’aide des solistes excellents, avec une mention particulière pour le tromboniste de vingt ans dont on dit déjà le plus grand bien, Robinson Khoury. Un jazz post bop certes daté mais terriblement attachant et tant pis si ce quintet n’ouvre pas(tout de suite) les nouveaux langages du jazz....Selon la formule consacrée, on oublia très vite qu’il s’agissait d’un tremplin pour écouter un concert. Avec élégance, ils surent séduire le public dans un silence révélateur.

Dernier groupe, Ines quintet celui de la chanteuse allemande Ines Schaefer : une fois encore, autant la forme que le répertoire ne sont pas convaincants pour le tremplin : une charmante jeune fille, style Alice in Wonderland, qui débute en minaudant sur «I’m old fashioned», continue dans le même registre, une pop acidulée trop influencée par Bjork...

Les jeux étant faits, le jury allait longuement délibérer et leur choix se partager assez équitablement entre les deux groupes les plus saisissants, remplissant le contrat du tremplin. Après une discussion des plus animées, le Thibault Gomez Quintet obtint le Grand Prix du Jury (enregistrement et mixage au studio de la Buissonne et première partie d’un concert du festival) mais aussi le Prix du Public. Les deux autres prix allèrent au duo belge : le prix de la meilleure composition au pianiste de Schntzl et celui du meilleur instrumentiste au batteur.

Fin d’une belle édition avec une cuvée de haute tenue, des groupes de qualité, pas toujours originaux mais néanmoins talentueux et prometteurs. Souhaitons à ce Tremplin Jazz sudiste de continuer longtemps cette aventure musicale chaleureuse et non sectaire. Et que cela jazze plus encore pour le rendez vous des vingt-cinq ans, l’an prochain !

Un grand merci pour les photos de Claude Dinhut, l’un des trois infatigables reporters-photographes et membres actifs de l’association.

Sophie Chambon

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 08:37
24eme Avignon Jazz Festival

31 juillet au 5 août 2015

Cloître des Carmes

De retour à Avignon début août après la frénésie festivalière et une très belle 3ème édition de Têtes de Jazz pour un rendez-vous qui me tient particulièrement à cœur, le festival et le Tremplin européen Jazz d’Avignon.

www.tremplinjazzavignon.fr

Une première soirée très contrastée (Dimanche 2 août)
Die Fichten : Leonhard Huhn (sax alto), Stefan Schönegg (contrebasse), Dominik Mahnig (batte
rie)

La coutume veut que le groupe lauréat du Tremplin de la précédente édition, se voit offrir l’enregistrement/le mixage au fameux studio de la Buissonne, à Pernes les Fontaines et une première partie de soirée du festival. Le trio allemand de Die Fichten (« sapin »ou « épicéa) confirma pleinement la promesse faite l’an dernier dès la présélection. Heureux jury dont le choix était ainsi validé comme l’écrivait Frank bergerot de Jazzmagazine : « Le batteur Dominik Mahnig ajoutait à la référence konitzienne défendue par le leader ce sens du zapping qu’apporta John Zorn dans l’improvisation, le tout avec une cohésion de jeu et une dynamique de nuances sur des structures extraordinairement complexes».

Car après une année de travail, les jeunes musiciens de Cologne ont affiné leur pratique et gagné en maturité. Leur jazz est pur, d’une fragilité ténue (ils jouent tous trois très resserrés et sans aucun retour) ; il allie prise de risque, équilibre gracieux, interplay intelligemment compris et humour avec quelques effets assez spectaculaires du batteur. Un jazz de chambre subtil qui évoque, plus par l’esprit que par la lettre, le Jimmy Giuffre d’avant qu’il ne joue free…Le saxophoniste alto, très visuel dans ses contorsions, présente les compositions aux titres souvent hermétiques (une histoire de poux qui explose, par exemple) mais l’humour diffère d’une contrée à l’autre et le trio semble pratiquer « non sense » et fantaisie anglo-saxonnes. Mais on se laisse aller au plaisir du jazz, de cette musique qui advient, dans l’instant, jusque dans la version fraîche et dépoussiérée de «On the sunny side of the streets». Un groupe à suivre désormais.

Guillaume Perret & The Electric Epic
Guillaume Perret (saxophone, effets), Yoann Serra (batterie), Nenad Gajin (guitare) et Laurent David (ba
sse)

J’aurais aimé pouvoir écrire que le spectacle Electric Epic de Guillaume Perret était d’un groove troublant, une musique sombre, gothique (surtout en regardant la tenue vestimentaire du bassiste Laurent David, tout droit sorti d’une saga viking hard rock/heavy metal). Non que le groupe de Guillaume Perret ait versé dans un rock mélodique et consensuel, mais il n’y eut pas cette orgie de rock, punk, jazz métal, cette fusion organique qui emprunte aussi à l’éthiojazz de Mulatu Astatke, auxquelles je m’attendais, même si la scénographie nous y invitait. La batterie de Yoann Serra montée sur un praticable, derrière le mur des guitariste, saxophoniste et bassiste en ligne frontale était impressionnante avec un jeu de lumières, lasers et stroboscopes, le Cloître des Carmes transformé en dance hall plus qu’en club de jazz. Pourtant, les compos n’étaient pas vraiment dansantes, mais suffisamment amples pour faire entrer en transe une partie du public, alors que le volume sonore habituel (très fort et supportable dans des espaces de pleine nature), pouvait faire fuir le reste.

www.youtube.com/watch?v=ImFH8qCjxZ4

En fait, pour dédouaner le saxophoniste qui faisait triste figure, nous sentîmes assez vite qu’il y avait des soucis techniques, incompréhensibles pour le profane, de l’ampli ou des micros dans le bec ou le pavillon du saxophone électrifié. La technique est toujours impressionnante… à condition de fonctionner. Alors la batterie d’effets introduit du groove à défaut de sensualité. On put cependant retrouver en fin de concert un peu de cette qualité, de cette émotion ressenties à l’écoute du disque, comme dans l’article enthousiaste de Jean Marc Gelin :

www.lesdnj.com/article-perret-brule-t-il-124694720.html

ou encore ici

www.lesdnj.com/article-guillaume-perret-the-electric-epic-104012228.html

Après cette première soirée épique, le tremplin allait pouvoir commencer…

(A suivre)



Sophie Chambon

Gaetan Ortega

Gaetan Ortega

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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 16:57
KURT ELLING AU NICE JAZZ FESTIVAL 2015

Le Maître du jazz vocal officiait le jeudi 9 juillet au Nice Jazz Festival. Sous une chaleur écrasante, et néanmoins vêtu d’un costume, le chanteur a délivré un concert de toute beauté.

Il était accompagné par son guitariste et son contrebassiste attitrés, respectivement John Mclean et Clark Sommers, ainsi que par Bryan Carter à la batterie. Gary Versace était au piano et à l’orgue, remplaçant le talentueux Laurence Hobgood, qui partageait la musique de Kurt depuis plusieurs années.

Alors que son dernier album « Passion World » est loin de refléter l’âme et le génie de Kurt Elling, il est époustouflant sur scène. Arrivant le sourire aux lèvres, il démarre avec « Come Fly With Me » qu’il enregistra en 2012 dans l’album « 1619 Broadway – The Brill Building Project ». Il regarde son public avec amour, l’invitant à le rejoindre dans cette envolée. Rien ne peut le distraire de cette magie, même pas le réglage défectueux de la grosse caisse qui fait des « clacs », ce dont il s’amuse en mimant un golfeur frappant sa balle.

Le magnifique titre « The Waking » paraissant sur l’album « Nightmoves » fera également partie de la playlist. Sur ce morceau, Kurt Elling a transformé le poème de Theodore Roethke pour l’adapter à son phrasé et sa voix. Les texte final et son interprétation sont l’œuvre d’un grand parolier, qu’il est incontestablement puisqu’il a déjà composé ses paroles sur des morceaux de John Coltrane ou de Jaco Pastorius, entre autres (nous avons évidemment en tête la version magistrale et inégalable de « Resolution » de John Coltrane, qui figure sur l’album « Man in the Air »).

Le quintet interprètera également deux grands tubes de Kurt Elling, sous les applaudissements d’un public ému parfois jusqu’aux larmes. Tout d’abord « April in Paris » qu’il démarre avec un scat « percussion », art dans lequel il excelle. Puis le final : « Nature Boy », que Kurt aime bien placer en clôture de ses performances. Dès les premières notes, le Théâtre de Verdure s’enflamme, certains se lèvent, d’autres, comme l’auteure de cet article, sont envahis par une émotion qui les cloue sur leur chaise.

Sous l’ovation du rappel, le quintet tentera « La Vie en Rose », qui fait partie du dernier album. Un essai qui plait bien sûr au public français mais qui froisse un peu l’oreille des jazzophiles, tant l’atmosphère de ce morceau se marie difficilement avec la voix et le style de Kurt Elling, malgré les paroles additionnelles qu’il a écrites pour se l’approprier.

« Du grand Kurt ». Nous dirions même un concert « Kurtissime ».

Yaël Angel

Plus d’informations sur la discographie et l’agenda des concerts de Kurt Elling sur http://kurtelling.com/

Site du Nice Jazz Festival : http://www.nicejazzfestival.fr/

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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 16:50
@philippe.meziat

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