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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 18:41
BEN MONDER « Amorphae »

Ben Monder (guitare & guitare baryton), Pete Rende (synthétiseur), Andrew Cyrille (batterie, percussions), Paul Motian (batterie)

New York, Manhattan, octobre 2010 & New York, Brooklyn, décembre 2013

ECM 471 9555 / Universal

Après un long compagnonnage avec le batteur Paul Motian, commencé voici plus de 15 ans sous un autre label (Winter & Winter), et poursuivi ensuite chez ECM, le guitariste Ben Monder a retrouvé le batteur en octobre 2010 pour une session informelle (d'où le titre de l'album ?) en duo. Paul Motian est mort l'année suivante, avant que d'autres sessions aient pu étoffer le CD à venir. Mais le guitariste a prolongé ce projet en le complétant avec la batterie d'Andrew Cyrille, en duo, et aussi pour deux plages en trio avec le synthétiseur de Pete Rende. L'ensemble résonne comme un hommage à Motian, avec des mélodies sinueuses, des intervalles tendus, et des mises en suspens de la phrase pour laisser la sensation et l'émoi s'épanouir. L'essentiel est improvisé, mais on y trouve aussi une relecture très très libre, en duo avec Motian, de Oh, What A Beautiful Morning, composé par Rodgers et Hammerstein pour la comédie musicales Oklahoma !

Motian, comme il savait si bien le faire, bruisse en totale liberté, mais ses accents sont toujours d'une justesse confondante. En solo, Ben Monder évolue dans cet imaginaire de Motian, fait de lenteur, de recueillement, d'espace et de liberté mélodique. Quant au duo avec Andrew Cyrille, et au trio quand les rejoint Pete Rende, il procède de cette même magie, intemporelle et immatérielle en apparence, alors que la réalité physique du son, et l'étirement de l'espace et du temps, sont omniprésents. Pour l'écouter, il suffit de choisir un moment de calme et de disponibilité, et de s'immerger, sans réserve. La beauté est à ce prix.

Xavier Prévost

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 09:09
BAPTISTE HERBIN « Interférences »

Baptiste Herbin (saxophones alto, ténor & soprano, valiha), Renaud Gensane (trompette & bugle), Maxime Fougères (guitare), Sylvain Romano (contrebasse), Benjamin Henocq (batterie)

Invités : Pierre de Bethmann (pianos acoustique & électrique), André Ceccarelli (batterie), Dolly Ratefinjanahary (voix)

Meudon, septembre 2014

Just Looking Productions JLP 12 / Harmonia Mundi

Pour son second disque en leader, Baptiste Herbin a choisi pour la plupart des plages la formule du quintette avec guitare. La tradition (les traditions, celles des années 50 – 60, et plus si affinités) se trouve revisitée, exaltée, parfois restituée dans des standards de jazzmen (Monk, Jackie McLean, Jimmy Raney). L'esprit est celui du hard bop rénové dans les années 50 par des ambitions musicales nouvelles (tendance Gigi Gryce, Art Farmer....), et l'équipe rassemblée autour du saxophoniste en connaît un fameux rayon dans ce domaine. Il faut entendre dès la première plage les souffleurs qui soutiennent et relance de leur riffs un très aérien solo du guitariste. Au saxophone alto, Baptiste Herbin avoue l'influence parkérienne, tendance Phil Woods parfois. C'est fluide, maîtrisé, et l'association avec le trompettiste est exemplaire (l'échange en contrepoint improvisé sur My Friends). Sur une ballade, les phrases improvisées respirent, une citation de Laura permet de rebondir vers une autre idée. Côté batterie, Benjamin Henocq officie avec tact et souplesse, le rebond est toujours assuré, et sur quatre plages c'est André Ceccarelli, batteur du premier disque (« Brother Stoon », publié voici plus de 3 ans) qui donne la réplique, sans ostentation mais avec le souci de mettre en valeur un jeune musicien pour lequel il n'a pas caché son admiration. Le pianiste Pierre de Bethmann, également titulaire sur le premier CD, vient ici en renfort sur 3 plages, au piano acoustique, et aussi à l'historique Wurlitzer pour le thème conclusif, Interférences, où le discours musical dérive vers les seventies. La plage précédente, qui tenait lieu de prélude, était en solo, et c'est sans filet que Baptiste Herbin s'est lancé à l'assaut de Ask Me Know de Thelonious Monk : gonflé, et convaincant. Avant cela, c'est au soprano (et au ténor par la magie du réenregistrement) que le saxophoniste s'est évadé, sur un rythme des îles, et je suppose que c'est lui le flûtiste mystère dont le nom ne figure pas sur le CD.... Sur ce même titre il joue de surcroît de la valiha, une sorte de cithare malgache. Au soprano également, il a parcouru une belle ballade, progressivement rejoint par la guitare, puis par la basse et la batterie. Sylvain Romano tenait déjà la contrebasse dans le premier disque du saxophoniste, et il marque celui-ci par la force tranquille qu'il injecte dans chaque intervention. L'album culmine peut-être avec les références déclarées : Parker 51, de Jimmy Raney, concentré de bebop de la plus fine énergie, et là tout le monde s'en donne à cœur joie ; et aussi avec la double évocation de Jackie McLean, par la reprise de son thème Appointment in Ghana d'abord, puis par une ballade à lui dédiée (Renaud Gensane impérial au bugle). Maxime Fougères est comme toujours le partenaire idéal pour cette esthétique, et c'est un vrai plaisir que d'entendre ces jeunes musiciens (Baptiste Herbin et Renaud Gensane) qui, parallèlement au « métier » qui les conduit aux côtés de Charles Aznavour ou Christophe Maé, s'affirment comme d'authentiques jazzmen, comme avant eux Dédé Ceccarelli, ici présent, et beaucoup d'autres dans les générations qui les ont précédés.

Xavier Prévost

Baptiste Herbin jouera en quintette à Paris, au Sunside, les 19 & 20 février 2016, pour fêter la parution de ce disque.

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 14:09
DANIEL SCHLÄPPI - MARC COPLAND « More Essentials »

Daniel Schläppi (contrebasse), Marc Copland (piano)

Zürich, 26 janvier 2014

Catwalk CW 150013-2 / Distrart Musique

Sous le label que le contrebassiste suisse partage avec le guitariste Tomas Sauter, voici le prolongement d'un opus publié en 2012 (« Essentials », Catwalk CW 120010-2 : voir la chronique de Sophie Chambon sur le site http://www.lesdnj.com/article-daniel-schlappi-et-marc-copland-110777699.html ). Le principe est le même : des duos entre-plagés d'improvisations qui introduisent, commentent ou environnent avec pertinence. Le duo est évidemment le cœur de l'objet. Il se déploie sur des standards (du jazz, beaucoup ; de Broadway, un peu). On ne peut contourner l'évocation du tropisme evansien : une reprise de Gloria's Step de Scott LaFaro ; All Of You, gravé comme le précédent par Bill Evans et Lafaro lors des mythiques sessions du Village Vanguard. Sans oublier Blue In Green, enregistré par Bill Evans avec Mile Davis, et repris par lui en trio.... avec LaFaro quelques mois plus tard. Hormis ces références explicites à la communauté Evans-LaFaro, le disque propose aussi une plage composée par Marc Copland, LST, dans laquelle l'interaction entre le piano et la contrebasse renvoie immanquablement à cette parenté. À quoi s'ajoutent d'autres répertoires absolument compatibles avec le tropisme initial : Estate, harmonisé dans l'esprit qui convient ; Rainy Night House, de Joni Mitchell ; et Yesterdays, pétri d'un recueillement qui ne peut qu'émouvoir. Comme pour révéler mieux encore la couleur dominante, et par contraste, deux plages issues du hard bop et du bop (Song For My Father, signé Horace Siver, et My Little Suede Shoes, de Charlie Parker), soulignent s'il en était besoin l'infinie musicalité de ce duo. De Marc Copland, on connaît le goût des nuances, des silences mesurés, des harmonies diaphanes. On doit aussi relever, chez Daniel Schläppi, outre une maîtrise instrumentale peu commune (surtout chez un musicien dont la principale activité est d'enseigner l'histoire à l'université....), un sens du dialogue et de l'écoute qui fait merveille dans ce duo. Magnifique, sans aucun doute !

Xavier Prévost

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 06:50
MONNIOT, CHEVILLON, VAILLANT : «  Free styles »

Live au Triton 2016
Christophe Monniot ( saxs), Bruno Chevillon (b), Franck Vaillant (dms)

Qu'on se le dise, Christophe Monniot est un très très grand. Vous vous souvenez de ce que nous disions, dans ces colonnes même de son précédent album( "Station Mir") et comment nous en étions restés esbaudis. Et bien voilà que Monniot nous refait le coup dans une séance enregistrée (fort bien ma foi) en live au Triton avec deux de ses complices et non des moindres, Bruno Chevillon et Franck Vaillant.
Si l'on dit d'un grand saxophoniste qu'il a son propre son, qu’il est reconnaissable entre milles, alors Christophe Monniot relève assurément de cette catégorie. De la trempe des Steve Coleman, des Antony Braxton ou même des Rudresh Mahantappa. Chez Christophe Monniot il n'est pas seulement question du flux, du flow ( comme sur ce free funky) mais de l'énergie de l'improvisation qui, toujours va puiser aux racines du jazz allant chercher des bouts de standards par-ci, par -là au gré du vent et du souffle impétueux. On jurerait que dans ses albums préférés qui figurent au pie de sa platine il y a autant de Benny Carter que d’Ornette Coleman et Thomas Chapin. Et c'est cela qui impressionne chez lui, cette façon de naviguer allègrement entre tous les jazz avec toujours cette formidable maîtrise du son. Immense je vous dis !
Il faut l'écouter sur Freething mackiemesser: absolument irrésistible. Si l'on n’ est pas toujours convaincus par les composition qui semblent parfois se chercher un peu à la façon de géniaux laborantins, il n’empêche que la musique tourne sacrément entre ces trois là. Toujours à l'affut des inventions sonores, des sons distordus, d‘incises délicates.
Libres comme l'air ces trois musiciens s’éclatent devant nos oreilles toujours en éveil.
Un pied communicatif.
Jean-Marc Gelin

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 20:22

Le pianiste Paul Lay a obtenu - par une large majorité (devant Cécile Mac Lorin Salvant et Andy Emler)- le prix Django Reinhardt décerné par l’Académie du Jazz au musicien français de l’année. Le trophée lui a été remis le 8 février au cours d’un grand concert organisé au Théâtre du Châtelet par la vénérable (et exigeante) institution qui célébrait ses 60 ans.

Prix Django Reinhardt en 2008 (récompense alors partagée avec Méderic Collignon), la saxophoniste alto Géraldine Laurent a reçu des mains du président de l’Académie François Lacharme le prix du disque français 2015 pour At Work (Gazebo-l’autre distribution).

Paul Lay, qui a offert un solo lumineux au large public (1600 spectateurs) du Châtelet, peut être entendu sur deux récents disques qui ont eu l’honneur de la critique des DNJ, At Work et Life on Mars (Moods-L’autre distribution) d’Eric Le Lann. Il avait déjà conquis les amateurs les plus éclairés avec Mikado, album publié en 2014 sous son nom pour le label Laborie.

La soirée de gala de l’Académie du Jazz aura permis de découvrir un octette (1)constitué uniquement de Prix Django Reinhardt- de René Urtreger (lauréat en 1961) à Airelle Besson, primée en 2014) qui a régalé le public avec un répertoire de standards des années 50-60 dont Django et un Milestones pris sur un tempo d’enfer.

En seconde partie, toute dédiée à Duke Ellington par le Duke Orchestra de Laurent Mignard, mention spéciale à John Surman (lauréat du prix du musicien européen de l’Académie 2015) pour son interprétation de Passion Flower et succès pour la gouailleuse version scattée de Take the A Train par Sanseverino. Prix Django Reinhardt 1966, Jean-Luc Ponty a confirmé avec deux titres qu’il fallait toujours compter sur lui parmi les légendes du violon.

Jean-Louis Lemarchand

  1. :René Urtreger, piano, Henri Texier, basse, Simon Goubert, batterie, Géraldine Laurent et Pierrick Pedron, saxophone alto, Stéphane Guillaume, saxophones ténor et soprano, Eric Le Lann et Airelle Besson, trompette.
@jean-louis Lemarchand
@jean-louis Lemarchand

PALMARÈS 2015

Prix Django Reinhardt (musicien français de l’année) :

PAUL LAY

Finalistes : Cécile McLorin Salvant, Andy Emler

Grand Prix de l’Académie du Jazz (meilleur disque de l’année) :

FRED HERSCH « SOLO » (Palmetto)

Finalistes : Stanley Cowell « Juneteenth » (Vision Fugitive/Harmonia Mundi), John Scofield « Past Present » (Impulse !/Universal), Ryan Truesdell/Gil Evans Project « Lines of Color » (ArtistShare)

Prix du Disque Français (meilleur disque enregistré par un musicien français) :

GÉRALDINE LAURENT « AT WORK » (Gazebo/L’Autre Distribution)

Finalistes : Eric Le Lann « Life on Mars » (Moods Recordings/L’Autre Distribution), André Villéger/Philippe Milanta « For Duke and Paul » (Camille Productions/Socadisc)

Prix du Musicien Européen (récompensé pour son œuvre ou son actualité récente) :

JOHN SURMAN

Finalistes : Samuel Blaser, Evan Parker

Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit :

ERROLL GARNER « THE COMPLETE CONCERT BY THE SEA » (Columbia Legacy/Sony Music)

Finalistes : Daniel Richard pour son travail sur le coffret de Joe Castro « Lush Life » (Sunnyside/Naïve), Fred Thomas pour l’ensemble de ses rééditions sur son label Sam Records.

Prix du Jazz Classique :

ANDRÉ VILLÉGER/PHILIPPE MILANTA « FOR DUKE AND PAUL » (Camille Productions/Socadisc)

Finalistes : François Biensan Octet « Jazzin’Brassens » (Autoproduction), Michel Pastre Quintet « Memories of You » (Autoproduction)

Prix du Jazz Vocal :

CÉCILE McLORIN SALVANT « FOR ONE TO LOVE » (Mack Avenue/Harmonia Mundi)

Finalistes : Linx - Fresu - Wissels / Heartland « The Whistleblowers » (Bonsaï/Tŭk Music/Harmonia Mundi), Virginie Teychené « Encore » (Jazz Village/Harmonia Mundi)

Prix Soul :

TAD ROBINSON « DAY INTO NIGHT » (Severn/www.severnrecords.com)

Finalistes : Bettye LaVette « Worthy » (Cherry Red/www.cherryred.com), Mighty Sam McClain & Knut Reiersrud « Tears of the World » (ACT/Harmonia Mundi)

Prix Blues :

HARRISON KENNEDY « THIS IS FROM HERE » (Dixiefrog/Harmonia Mundi)

Finalistes : Shemekia Copeland « Outskirts of Love » (Alligator/Socadisc), Jackie Payne « I Saw the Blues » (Blue Dot/www.bluedotblues.com)

Prix du Livre de Jazz :

JULIA BLACKBURN « LADY IN SATIN » (Rivage Rouge/Payot)

Finalistes : Aldo Romano « Ne joue pas fort, joue loin » (Éditions des Équateurs), Richard Havers « Verve, le son de l’Amérique » (Éditions Textuel)

@jean-louis Lemarchand

@jean-louis Lemarchand

Paul Lay et Géraldine Laurent couronnés par l’Académie du Jazz
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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 10:53
RAN BLAKE : «  Chabrol noir »


Impluse 2016
Ran Blake (p), Ricky Ford (ts), Dominique Eade (vc)

Après l’hommage sublime que Ran Blake avait rendu il y a deux ans à la chanteuse Chris Connor, le pianiste américain nous revient aujourd’hui avec une autre dédicace, celle au cinéma de Claude Chabrol.
Intitulé « Chabrol Noir », c’est logiquement du côté de la force obscure du cinéaste que le pianiste va puiser son inspiration. Moins en marchant sur les traces de Pierre Jansen que sur le propre terrain du pianiste américain. Véritable maître de l’improvisation et du suspens, Ran Blake y tourne autour de cette musique avec des airs de story teller inspiré et introspectif. Car le jeu de Ran Blake qui se situe entre le silence et résonances, a toujours su ménager ses effets et provoquer l’attente.
Que la note grave du fond du clavier résonne lentement et c’est aussitôt un chapelet de triolets venu du haut du piano qui vient aussitôt alléger le propos, comme un personnage insouciant se promenant au milieu des ténèbres.
Ran Blake est un pianiste inquiet et soucieux. Tourmenté aussi. Et l’évocation de Chabrol s’écoute alors ici comme une sorte d’invocation de son fantôme, comme une lecture poétique personnelle et très sombre de l’oeuvre du cinéaste.
Ricky Ford avec le son de son ténor âpre et puissant vient sur quelques morceaux raconter une autre histoire Chabrolienne d’une manière plus Ellingtonienne.

Album envoutant comme le sont toujours les albums du pianiste, « Chabrol noir » est une magnifique oeuvre d’appropriation à la limite de l’intime, au coeur d’un processus créatif dense, et toujours émouvant.

Jean-Marc Gelin

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 09:01
MEDERIC COLLIGON  : «  MoOvies »

MEDERIC COLLIGON : « MoOvies »
Mederic Collignon ( cnt, vc), Emmanuel Harang (b), yvan Robillard (fder), Philippe Gleizes (dms), , ensemble Eutépé.
Just Looking 2016 - Dist. Harmonia Mundi


« De toutes façons c’était couru, il est un peu barré Méderic, non ? »

« Mais non, tu comprends pas. Médo c’est un comédien, un acteur de série B genre pantalon pat’ d’eph’, grosses ray ban et bagnoles genre Serpico,Manix, Starsky ou Bullitt. Alors tu penses, les thèmes de Lalo Schiffrin, de David Shire et de Quincy Jones, c’est carrément son truc. Sa came. Toute une époque j’te dis »

« Oui mais t’as vu ce qu’il en fait. Ecoute le thème de Money Runner. Son arrangement ça confine au génie. Fallait être couillu pour oser des trucs pareils. Ou alors, complètement barré, je le répète »

« T’as raison il assure avec ce truc genre « suite ». D’un côté il a l’air de respecter à mort les thèmes originaux et de l’autre il s’en empare pour les détourner façon puzzle »

« Comment ça ? »

« Ben un truc un peu hybride qui n’est pas vraiment du jazz et pas vraiment de la pop mais quand même un peu des deux. Un peu comme le fruit d’une touze ou King Crimson se retrouve dans le même pieu que Miles et les Floyds. Tu vois ce que je veux dire. Enfin bon le genre de plans qu’il aime »

« Oui, et aussi un gros gros travail sur le son »

« Oui mais pas que. Sur les arrangements aussi. Médo se transforme en vrai chef d’orchestre qui prend parfois des allures symphoniques. Et il ménage ses effets et le suspens des évolutions comme sur ce The Pellam's moving again blues. Cet album est ultra riche. Fucking rich album, comme dirait Harry ! Tiens d’ailleurs t’as qu’à te mettre au casque End title genre cigarette du flic vainqueur, tout cassé après la bagarre et déambulant dans les ruelles mouillées. Et il peut tout se permettre le Médo. Il joue du tambourin, il fait venir un ensemble de trompettes, le batteur joue de la guitare. Et tout cela fourmille de 20.000 petits trucs, de choses cachées, de revirement, de changements.
Et puis derrière t’as vu comme ça assure. C’est qui aux claviers ? »

« Yvan Robillard »

« Putain, comment il joue grave ! Encore un qu’est totalement parti, lui. Barré et génial »

« Yes , man ! Et Médo mine de rien. Lui chaque fois qu’il prend son biniou t’as l’impression qu’il déchire l’espace. Il y a du Miles dans son jeu mais aussi du Don Cherry ou encore parfois des trucs qui tranchent dans le vif comme chez les frères Markovic. Tu les connais ? »

« Oui. T’as raison il a carrément géré le Médo ! »

« Sauf parfois quand il chante. Il est là aussi génial. Quelle voix ! Mais ça serait bien qu’il a pose de temps en temps. Genre un peu moins trublion énervé. Médo a quand une belle chanson d'amoooouuuur »

« Moi je trouve ça terrible mais bon, chacun son truc. En tous cas dès qu’ils passent vers chez moi j’y vais ventre à terre. J’espère qu’ils y ajouteront le diffusion de quelques extraits »

« Carrement, moi aussi. Je louperai ça pour rien au monde. Médo je te le dis, si tu viens, j’annule tout ! »


Jean-marc Gelin

A écouter le 1er et 2 mars au Duc des Lombards et le 17 mars à Jazz à l’Etage à Rennes

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 18:07
ARUÁN ORTIZ TRIO « Hidden Voices »

Aruán Ortiz (piano), Eric Revis (contrebasse), Gerald Cleaver (batterie) ; Arturo Stable & Enildo Rasúa (claves, sur une plage)

New York, 21 mars 2015

Intakt CD 258 / Orkhêstra

Le pianiste et compositeur cubain Aruán Ortiz s'est installé voici près de huit ans à Brooklyn, après un passage par l'Espagne. Il en avait profité pour enregistrer en trio pour le label catalan Fresh Sound (« Aruán Ortiz, Vol. 1 ». C'est donc le second CD en trio, après des enregistrements sous son nom en solo, en quartette, et une série de collaborations avec Steve Turre, Esperanza Spalding, le trompettiste Wallace Roney, et le frère d'icelui, le saxophoniste Antoine Roney. Plus encore que dans le précédent trio, le pianiste prend le parti résolu du jazz contemporain : cela commence entre cellule répétitive, sérialisme adouci et liberté tonale, une oreille vers Bartók et Stravinski, une autre vers Andrew Hill et Paul Bley, le tout avec une vraie pulsation de jazz, tendue, vibrante.... Aruán Ortiz signe une bonne part du répertoire, mais il fait aussi place à deux thèmes d'Ornette Coleman, condensés en une seule plage, et à Skippy, de Thelonious Monk, commué en un tourbillon d'improvisation ouverte. La circularité est l'un des ingrédients de ce disque, où les mouvements de rotation fonctionnent, à l'intérieur des improvisations, dans la construction des plages, et dans le mouvement même de l'ensemble du disque. Mais ces vortex (l'un des morceaux s'intitule Caribbean Vortex) n'engendrent nulle lassitude, car la variété des rebonds, des nuances, fait naître constamment de nouvelles sensations. Les sources cubaines ne sont pas absentes mais, comme les autres composantes, brassées dans des chaudrons inédits. Une impro collective, Joyful Noises, reflète aussi la joyeuse liberté qui s'empare du trio. On est ici en présence d'un pianiste qui, comme par exemple Vijay Iyer ou Craig Taborn (avec lesquels le batteur a joué), sait emmener le trio piano-basse-batterie vers un horizon rénové. À suivre donc, passionnément.

Xavier Prévost

Aruán Ortiz jouera en mars en Autriche, en Slovénie, aux Pays-Bas et en Belgique mais, à ma connaissance, pas en France....

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 15:16
SHAULI EINAV QUARTET « Beam Me Up »

SHAULI EINAV QUARTET « Beam Me Up »

Shaui Einav (saxophones ténor & soprano), Paul Lay (piano, piano électrique), Florent Nisse (contrebasse), Gautier Garrigue (batterie), Pierre Durand (guitare, sur une plage)

Meudon, 4-5 juin 2015

Berthold Records BHT4730025 / DistrArt Musique

Le saxophoniste israélien, établi à Paris depuis quelques années, signe son quatrième disque, avec un quartette de choc : l'irremplaçable Paul Lay au piano, et un tandem rythmique de haut vol, qui est aussi celui du groupe Flash Pig : Florent Nisse à la contrebasse, et Gautier Garrigue à la batterie. Les trois premières plages empruntent aux Visions Fugitives de Prokofiev ses rythmes anguleux, ses dissonances, et quelques fragments mélodiques, pour les métamorphoser dans l'instant en un jazz d'audace et de vigueur. Le saxophone (le plus souvent ténor) mène la danse, s'évadant en volutes parfois rollinsiennes, mais le champ est souvent laissé, plus que libre, aux accompagnateurs, notamment au pianiste qui donne une fois encore l'indiscutable preuve de son art de sideman (car c'est un art singulier, même si Paul Lay brille aussi en leader avec ses propres groupes). Le thème titre de l'album, Beam Me Up, nous embarque, avec cette fois le piano électrique, dans un univers étrange et sinueux où chacun s'exprime richement dans le jeu collectif, par la magie de cette musique démocratique que l'on nomme jazz. Le disque paraît se conclure avec un quartette où la guitare de Pierre Durand a remplacé le piano : méandres encore, richement dessinés, sur des arpèges énigmatiques. Ce devrait être la fin, mais à 11'41'' de la plage 7, après presque huit minutes de silence numérique, surgit un cadeau, une plage fantôme, avec un standard, I Surrender Dear, qui paraît être un hommage indirect au saxophoniste Arnie Lawrence : en effet ce musicien new-yorkais (qui joua chez Duke Pearson, Chico Hamilton, Louie Bellson....) fut en Israël le professeur de Shauli Einav ; Arnie Lawrence avait été une sorte de disciple de Ben Webster, et cette interprétation du standard évoque une très belle version de Webster, en 1944, avec Johnny Guarnieri et Oscar Pettiford, sur un 78 tours Savoy. Bref le disque est une grande réussite, une œuvre riche et variée, où la marque de Shauli Einav se nourrit constamment du talent de ses partenaires, par la magie d'un jeu vraiment collectif.

Xavier Prévost

Le groupe est en concert le 5 février à Paris au Duc des Lombards

Un court extrait sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=9c-mk_pLd4k

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 17:14
MAURO GARGANO : «  Suite for Battling Siki »

Mauro Gargano (cb, compo), Jason Palmer (tp), Rucardo Izquierdo (ts,ss), Manu Codjia (g), Jeff Ballard (dms), Adama Adepoju (comédien : narration), Frederic Pierrot (comédien : narration)

Mauro Gargano, le plus français des contrebassistes italiens (installé dans l’Hexagone depuis près de 20 ans), a roulé sa bosse avec le gratin du jazz. On le connaît aux côtés de Riccardo Del Fra, de Christophe Marguet ou de Daniel Humair.

Mais ce que l’on sait moins c’est que Mauro Gargano n’a pas que la passion des cordes de sa contrebasse. Il a aussi celle du ring. Celle de la boxe (qu’il pratique) et de ses inombrables fighting heroes.

A l’instar d’un Miles Davis qui jadis consacrait un album à Jack Johnson, Mauro Gargano dédie ici son album en forme de suite presque ellingtonienne à Battling Siki, premier champion du monde africain de l’histoire de la boxe.

C’est donc en 6 rounds et autant de compositions signées du contrebassiste que Mauro Gargano nous amène dans une véritable suite au gré des villes ayant marquée la vie, la carrière et la fin tragique du boxeur assassiné à New-York. La musique y est séquencée de textes écrits par Gargano en forme de dialogues/monologues du boxeur et de son entraîneur et narrés par deux comédiens.

Avec une formation de très haute volée, Mauro Gargano nous embarque avec des compositions absolument superbes entre univers Shorteriens ( Amsterdam qui évoque beaucoup le fameux quintet de Miles) ou plus post hard bop. Il y a aussi des plages de pure improvisation comme celle, saignante de Jason Palmer sur Jumping with Siki qui sonne ici comme une sorte déambulation urbaine. Où encore des moments d’émotion poignante comme sur Dublin, ville s’il en est importante dans la vie du boxeur.

La musique est riche tout comme sont riches les inspirations et les sons, électriques ou acoustiques qui marquent cet album qui s’écoute un peu comme il se lirait. Réalsé avec autant de soin que d'âme il se révèle passionnant de force évocatrice. Les solistes se surpassent et apportent une rare intelligence de jeu très équilibré. Où Jason Palmer scintille, brille un peu comme le héros fracassé de ce roman biographique. Où Manu Codjia apporte aussi une vraie puissance dramatique. Et où Mauro Gargano, sans jamais chercher à se mettre en valeur y est absolument impérial, sorte gardien du temple, arbitre des limites du ring.

Une vraie réussite. Un hommage qui ne tombe jamais dans le cliché d’un jazz upercut mais qui semble au contraire approcher au plus près la complexité du personnage qu’il nous raconte.

Jean-Marc Gelin

A écouter les 25 et 26 Février au Sunside à Paris

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