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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 10:16
Les UZ-topies de Bernard Lubat

Les Uz-topies de Bernard Lubat

Dialogiques

Collection Jazz en France

232 pages.

84 photos, Documents. Bibliographie, discographie, vidéo-filmographie, index.

21 euros.

Voilà encore un projet abouti et formidable qui sort aux éditions Outre Mesure de Claude Fabre, l’une des plus sérieuses maisons de la jazzosphère, un livre sur le parcours incroyable du musicien et de l’homme, Bernard Lubat. Le cas Lubat, si on paraphrasait le livre-thèse d’Alain Gerber sur Coltrane, il y a bien longtemps déjà. Chaque livre de la maison d’édition est un nouveau plaisir de découverte et dans ce cas, de lecture. Car Les Uztopies de Bernard Lubat se lit comme un roman… Que l’on aime le jazz, le free, l’improvisation, que l’on soit un soixante-huitard nostalgique de sa jeunesse et de la flambée révolutionnaire ou un jeune des années 2000, que l’on soit de gauche, situationniste ou communiste, régionaliste, occitan, éducateur….

Extrêmement bien écrit à partir des entretiens (et même de l’enquête) menés pendant quinze ans par le sociologue-universitaire Fabien Granjon, le livre parvient à faire le tour de ce personnage hors du commun dont le langage à lui seul vaut la peine d’être considéré. Chacun de ces quatorze chapitres constitue la plus complète des biographies, traitant de l’engagement, de l’Amusique, de la politique. Des titres clairs Uzesticité & Histoire(s), Estaminet & Hestejadas , Des industries culturelles, Art et Politique, l’Educ’action Populaire, la Créolisation ( Edouard Glissant et sa Politique de la Relation a fait lui aussi escale à Uzeste)…

Emaillé de longs extraits passionnants, entrelardé de citations ( Jazz Magazine y est abondamment mentionné), d’improvisations de ce bateleur génial qui use des mots comme de ses mailloches ou baguettes, le texte se lit avec une gourmandise rare : on plonge dans la langue ainsi créée, sur le champ, et les expressions se précipitent sur le bout de la langue, se pressent pour être entendues. Pas de hasard si le Gascon, le grand Claude Nougaro, fut aussi un familier, partageant en poète ce goût des des mots roulés en bouche. Rythme, Improvisation et Commencements est sans doute l‘un des chapitres les plus aboutis sur la pratique de la musique. Le livre est savant, sans que cela soit jamais embarrassant, ouvrant des passages, des ponts vers les sociologues ( Bourdieu), les philosophes( Deleuze, Badiou), les linguistes ( Meschonnic, Bakhtine), les écrivains comme Fernando Pessoa et son «intranquillité»…

Comment, après avoir connu une vie et des « années ébouriffantes », ces années fastes d’engagement et de musiques aux côtés des Jeff Gilson, René Thomas, Eddy Louiss, Jean-François Jenny Clark… des rencontres avec toutes les générations qui ont compté dans le jazz, du bop au free, sans oublier les grands Américains qui tournaient en France, a-t-il pu se retirer du monde, en quelque sorte, revenir au village, dans ses Landes girondines autour de l’Estaminet parental ? Comment a-t-il réussi à faire venir et garder autour de lui une compagnie ( l’artificier Patrick Auzier, André Minvielle, Marc Perrone…), sans compter les fidèles musiciens ou intellectuels qui reviennent (presque chaque année) aux Hestejadas pour les « soli sauvages » ou les débats combattifs et combattants, François Corneloup, Michel Portal, Louis Sclavis, Archie Shepp, Francis Marmande?

En fait, il a créé une véritable utopie permanente (est-ce encore une utopie d’ailleurs ?), il a recentré et recomposé autour de lui et de son ombilic, tout un petit monde, une garde rapprochée « à la vie à la mort » ? On s’habitue vite à déchiffrer langage et expressions, parfois un peu agaçantes comme « Transarticité et Mozique » qui sous-tendent cependant un discours toujours très construit et pertinent. Derrière l’étendard de l’éternelle révolte, il est encore et toujours question d’un jazz « vif » dans ses « Improvisions ». Sa démarche est peut être celle d’un inventeur permanent, toujours en recherche d’autre chose.

Voilà pourquoi Lubat, musicien exceptionnel, a une discographie, somme toute modeste, sur plus de quarante ans , de son premier Vibraphones en 1970 (Tele Music ) à son dernier, paru chez Cristal en duo avec le guitariste basque Sylvain Luc, en 2016. Mais Lubat n’oublie rien et nous montre ainsi sa place et ... le chemin. Un livre indispensable pour qui s’intéresse à la musique. Mais pas seulement.

Encore un cadeau que vous nous offrez, merci Monsieur Fabre !

NB : Bibliographie, discographie exhaustive, vidéo-filmographie et index précis ; des documents photographiques rares et formidables, souvent tirés des archives de la Compagnie Lubat et de Laure Duthilleul qui partagea longtemps la vie et l’aventure lubatienne.

Sophie Chambon

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 10:04
L’OEUF : «  Petits plats pour grand ensemble »

L’OEUF : « Petits plats pour grand ensemble »
http://www.inouiedistribution.org
http://www.loeufbigband.fr/accueil_OEUF.html

Forcément lorsque l’on vient de la cité des gaules et que l’on a grandit en plein coeur de Lyon, l’art culinaire ça vous est comme qui dirait, une seconde nature. Et quand on fait du jazz…. aussi.

Mettre les petits plats dans les grands (ensembles), voilà bien le menu que propose ce superbe big band Lyonnais pour un nouvel album au menu plus qu’alléchant. Jugez-en par la carte : Mise en embouchure, velouténor au bugle forestier, salade de croches, cuisses de coulisses, trois pâtes et un canard, filet de sol et baryton mayonnaise et pour finir, douceur du jour.
Et surtout au menu plus que complet. Car mes amis, si vous vous asseyez à leur table vous pourrez tout gouter à satiété : du swing, du groove, du funk, de la musique avec tout plein de tiroirs à ouvrir. Les cuivres et l’électrique fondent en bouche. Des saveurs oubliées vous reviennent avec l’apparition d’un banjo et la musique festoie sur un gros funk un peu crade. Dans leur cuisine tout le monde joue ensemble, circule, les uns passant devant les autres dans des contre-chants superbes alors qu’à certain fourneaux (pupitres) ils travaillent à l’unisson avec l’attention au liant que l’on apporte aux meilleurs sauces. Le plus toqué c’est Pierre Baldy-Moulinier véritable orfèvre en surprises qui éclatent non pas en bouche mais derrière vos ouïes. Une musique qui évite les pièges d’une fade linéarité pour offrir des goûts et des arrière-goûts et tout plein de surprise cachées dans cette cuisine légère et souple qui parfois vous bouscule même un peu. Avec un zeste de Mingus et un pincée de Thad Jones en voilà un qui sait relever ses plats.
Et voilà un big band où les cuivres laissent entendre le piano et la guitare dans un fourmillement constant et toujours surprenant. Et je peux vous dire que si vous entrez dans leur restaurant vous ne pourrez pas y être mieux servis. 18 musiciens de grande classe (mais pas du tout pompeux ni pompants) et quelques solistes de haute volée y font monter les sauces.
Asseyez vous à leur table, fermez les yeux et dégustez et surtout ne vous inquiétez de rien, ils s’occupent de tout ! Pour le plus grand plaisir de vos sens éveillés.
Jean-Marc Gelin

Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 09:26
Niels Petter Molvaer, ou la relation Nord-Sud


Il affiche une décontraction qui fait plaisir à voir, Nils Petter Molvaer en ces premiers jours de septembre. Tout à la joie de retrouver ses comparses norvégiens pour donner la musique de Buoyancy (flottement en français), album qui vient de sortir dans les bacs, mais qu’ils n’ont guère eu l’opportunité de jouer sur scène. Le lendemain, le 9 septembre, sur la scène de La Villette, le trompettiste enchaînera les titres avec sérénité et cette légèreté qui constitue sa signature depuis deux décennies.
Les DNJ : Ici même à La Villette, Miles Davis donnait son dernier concert européen voici 25 ans. Ecoutez-vous encore sa musique ?


-Nils Petter Molvaer : J’aime bien On the Corner. Mais pour être franc, je n’écoute pas beaucoup de musique et surtout pas mes vieux enregistrements (rires). C’est un peu par périodes et pour cela Spotify est formidable.

Les DNJ : Vous considérez-vous comme un représentant de la culture norvégienne ?

Nils Petter Molvaer : Je ne réfléchis pas en termes de culture norvégienne. Je suis très content de jouer avec des musiciens norvégiens. Mais je suis beaucoup plus intéressé par la rencontre des cultures que par la défense d’une seule culture, même si c’est la mienne.

Les DNJ : Vous êtes fidèle à votre pays natal …

Nils Petter Molvaer : Je vis toujours dans une île, Sula, où je suis né. L’air y est très frais et ma famille est là-bas, mes parents et mes enfants. Quand je ne suis pas en tournée, plus de deux cents jours par an tout de même, j’essaye de vivre comme tout le monde, travailler mon instrument, écrire de la musique de 10 h à 15 h, et aussi marcher dans la campagne, aller à la pêche. J’aime beaucoup cet équilibre entre la vie de musiciens itinérant qui est amené à rencontrer des gens partout dans le monde et la vie à la maison en famille pour penser à la musique, composer.

Les DNJ L’envie de vous installer à New-York, comme nombre de jazzmen européens, ne vous taraude pas ?

Nils Petter Molvaer : Je pourrais vivre à Paris, à Berlin mais à New York, ce serait impossible. Tout simplement parce que ce serait un cauchemar sur le plan financier. Vous savez bien que les jazzmen new yorkais viennent gagner leur vie à Paris (rires).

Les DNJ : Depuis vingt ans, et la sortie de Khmer, vous mariez jazz et électronique. Peut-on encore réaliser des découvertes sur ce terrain ?

Nils Petter Molvaer : Il y a toujours des découvertes à effectuer. Dans mon dernier disque, Buoyancy, nous sommes restés une semaine en studio mais j’ai ajouté des sons par la suite, comme par exemple des bruits entendus la nuit dans une île en Indonésie.

Les DNJ : L’an prochain, vous serez à nouveau à l’affiche à Paris pour un projet avec le danseur-chorégraphe Nicolas Le Riche. Vous composez également pour le cinéma. Vous avez crée votre propre label. C’est un plan de carrière ?

Nils Petter Molvaer : Je n’ai jamais pensé à contrôler ma carrière. J’aime bien cette incertitude, la rencontre de gens, le voyage en général. Mais dans le même temps, je veux me montrer aussi précis que je le peux dans l’expression musicale.

Jean-Louis Lemarchand

Buoyancy. Nils Petter Molvaer (trompette, electronique, voix), Geir Sundstol (guitares, banjo), Jo Berger Myhre (basse, electronique), Erland Dahlen (batterie, piano, xylophone). Sony-Okeh.

Niels Petter Molvaer, ou la relation Nord-Sud
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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 19:19
Jazz sur Seine, 150 concerts du 7 au 22 Octobre

Jazz sur Seine, 150 concerts du 7 au 22 Octobre
Cinquième édition du festival francilien, Jazz sur Seine propose cette année pas moins de 150 concerts dans les clubs et lieux de musique vivante au cours de la deuxième quinzaine d’octobre (7-22 octobre).
Le choix sera spécialement cornélien pour les amateurs éclairés, tous les styles étant présents, du New Orleans au blues en passant par toutes les tendances du jazz contemporain. Pour les néophytes, c’est l’occasion rêvée de découvrir le jazz, dans une proximité idéale, à des tarifs soignés : un pass à 40 euros pour trois concerts.
Une soirée est à inscrire sur les agendas, le 11 octobre avec 18 showcases (concerts petit format et grande intensité) dans six lieux des Halles en accès libre : en tête d’affiche, Grégory Privat, Samy Thiébault, Pierrick Pedron, Manu Codjia, Céline Bonacina, Magic Malik…
A l’origine de cette initiative, l’association Paris Jazz Club (www.parisjazzclub.net), qui réunit plus de 120 structures de diffusion en Ile de France et fête ses dix ans d’existence, mène une action de diffusion qui prend aussi la forme d’ateliers de sensibilisation dans les établissements scolaires (3 cette année, Clichy-sous-Bois, Les Mureaux, Paris 19ème) et promeut le jazz « made in Paris » aux Etats-Unis avec le festival French Quarter-Jazz in NYC en janvier.
Jean-Louis Lemarchand

Tout le programme sur www.jazzsurseine.fr
Notre sélection très personnelle : André Minvielle (7 et 11 octobre), John Surman (8), Edouard Ferlet (9),Awake (10), Lucy Dixon (12), David Krakauer (13), Marquis Hill (14 et 15), Moutin Factory (15), Steve Potts (16), Gregoire Maret (17-18), Dany Doriz (20), Enrico Pieranunzi (21-22), Ramona Horvath (22).

Published by Dernières Nouvelles du Jazz - dans non classé
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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 21:16
Lettres à Miles

Lettres à Miles

En librairie le 15 septembre 2016

174 pages / 18 €


Miles Davis est mort il y a vingt-cinq ans, le 28 septembre 1991.
Il a traversé les mondes multiples de la musique, les terres chaudes du jazz. Il a créé, rêvé, aimé. Les amateurs de jazz le désignent familièrement, amicalement, par son seul prénom : Miles. Il est devenu une légende, la seule star que le jazz ait porté. Du be-bop au hip-hop en passant par le jazz cool, le jazz modal et le jazz-rock, le trompettiste américain a épousé et infléchi avec audace les différentes évolutions du jazz qui, d’un folklore limité au Sud des Etats-Unis, est devenue une musique-monde.
Ils sont 55 auteurs, musiciens, romanciers, poètes, journalistes, réalisateurs, comédiens ou dessinateurs, hommes, femmes, toutes générations confondues. Chacun d’entre eux adresse une lettre à Miles Davis.

Anne-Claire Alvoët, Jackie Berroyer, Zéno Bianu, Randy Brecker, Yves Buin, Xavier Camarasa, Frank Cassenti, Valentin Ceccaldi , René de Ceccaty, Bernard Chambaz, Olivier Charneux, Jerome Charyn, Jean-Louis Chautemps, Médéric Collignon, Thomas Compère-Morel, Steve Dalachinsky, Guy Darol , Jacques Darras, Sylvain Darrifourcq , Bertrand Dicale, Edouard Dor, Delphine Durand, Andy Emler, Jean-Pierre Farkas, Jacques Ferrandez, David Foenkinos, Paolo Fresu, Hubert Haddad, Jimmy Heath, Louis Joos, Jacques Jouet, Sylvie Kandé, Lee Konitz, Marc Lambron, Edouard Launet, Camille Leherpeur, Jean-Louis Lemarchand, Dave Liebman, Bernard Lubat, Rick Margitza, Franck Médioni, Jeanne de Mirbeck , Jean-François Mondot, Bernard Morlino, Nimrod, Sébastien Ortiz, Martin Page, Pia Petersen, Eric Sarner, Ben Sidran, François-René Simon, Tristan Soler, Denis Soula, Olivier Steiner, Christian Tarting, René Urtreger, Marc Villard, Romain Villet.

Franck Médioni est journaliste et écrivain. Il est l’auteur de plusieurs livres sur la musique : John Coltrane, 80 musiciens de jazz témoignent (Actes Sud), Miles Davis, 80 musiciens de jazz témoignent (Actes Sud), Le goût du jazz (Le Mercure de France), Martial Solal, ma vie sur un tabouret (Actes Sud), À voix basse, entretiens avec Joëlle Léandre (Editions MF), Albert Ayler, témoignages sur un Holy Ghost (Le mot et le reste), Jimi Hendrix (Gallimard), My favorite things, le tour du jazz en 80 écrivains (Editions Alter Ego), George Gershwin (Gallimard), Sonny Rollins, le souffle continu (Editions MF).

Lancement le samedi 1er octobre à 20h à la Maison de la Poésie (Passage Molière, 157 rue du Faubourg Saint-Martin Paris 3e) avec les auteurs Z. Bianu, T. Compère-Morel, R. de Ceccatty, J. Darras, D. Durand, F. Médoni, Nimrod, S. Ortiz et des musiciens M. Collignon (trompettiste), Y. Robilliard (pianiste), S. Kerecki (contrebassiste) F.Moreau (batteur).

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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 21:02
DHAFER YOUSSEF : «  Diwan of beauty and odd »

DHAFER YOUSSEF : « Divan of beauty and odd »
Okeh 2016
Dafer Youssef (Oud, vc), Aaron parks (p), Ambrose Akinmusire (tp), Ben Williams (cb), Mark Giuliana (dms)

Il y a parfois de véritables joyaux qui vous arrivent comme tombés du ciel. Des moments de grâce divine qui ne sont que pure beauté.
Le nouvel album Oudiste tunisien Dhafer Youssef est de ceux-là. Il réalise la fusion parfaite des deux mondes en s’accompagnant pour jouer sa propre musique d’un combo composés de vrais jazz stars. Et si la rencontre du jazz et de la musique world avait déjà produit des merveilles ( on pense à Don Cherry), ici c’est tout autre chose. C’est l’art de l’alliage sacré des mélismes orientaux avec le ternaire du jazz. Une sorte de pierre philosophale. Sur cet alliage, les ornements sont de pure beauté. Il y a le chant de Dhafer Youssef (au moins trois octaves) qui résonne comme des prières adressées au ciel et que rejoint les lignes puissantes de la trompette d’Akinmusire au point que les deux ne font presque qu’un seul. Il y a aussi les interventions d’Aaron Parks qui sont comme des véritables enluminures. Et enfin cette rythmique qui donne à cette musique forte son coeur battant. Il y a là un groove quasi hypnotique sur les mélodies magnifiques de Dhafer Youssef qui apportent au blues sa couleur orientale.
C’est beau. Tout simplement beau et poignant. Après le superbe album , « Bird requiem » qu’il avait consacré à la mort de sa mère, Dhafer Youssef semble renaitre ici. Porteur de secrets soufis qu’il nous livre avec grâce. C’est un album dont on écoute la peau vibrer. Un album qui regarde vers le ciel et vous entraîne avec une force vitale irrésistible.
Une pure merveille.
Jean-Marc Gelin

Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 16:26
NEIL COWLEY TRIO  Spacebound Apes

NEIL COWLEY TRIO : « SPACEBOUND APES »
www.neilcowleytrio.com
Neil Cowley – piano ; Evan Jenkins – Drums ; Rex Horan – Basse ; Leo Abrahams – Guitare.


Neil Cowley est souvent et à grand renfort de marketing tapageur, présenté comme la grande révélation du jazz et comme le plus trublion des pianistes britannique. Avec une image de pianiste énervé, de jeteur de tables à l’envers et de clavier survitaminé.
Cet album du pianiste britannique Neil Cowley vient en apporter un brillant démenti. Conçu comme une narration autour de l’histoire de Lincoln ( lincolnsdiary.tumblr.com) il ne ressemble en rien aux autres autres qu’il a précédemment enregistré. Neil Cowley évoque en effet lui même un album-concept ( mais que peut bien être un album concept ?) autour de l’histoire de ce personnage qu’il faut lire en parallèle de l’écoute.
Résolument ancrée dans une vision pop du jazz, là encore influencé par une certaine musique aérienne comme celle du groupe de Tom Yorke, Neil Cowley possède à la fois une vraie force dans sa narration mais aussi un sens de notre mise en orbite. A la première écoute j’avoue avoir été très réservé et un peu perplexe face à l’alternance systématique entre des moments qui se voudraient rock-pop à force de martèlement des blockchords et d’autre qui voudraient jouer l’émotion en jouant sur les silences et les structures minimalistes. Pourtant à le réécouter on en perçoit la force brute. Le voyage mental de Lincoln se déroule devant nous. Alors on hésite. On ne sait pas trop si l’on entre dans l’émotion du pianiste ou si l’on passe à travers les astres en spectateur distanciés. Pas convaincant lorsqu’il s’attaque aux pures formes rythmiques ou mélodiques ( Governance, The city and the stars, the sharks of compétition), le pianiste nous embarque en revanche vraiment quand il s’agit d’installer des climats à la charge émotionnelle d’une rare densité ( Grace qui émeut aux larmes ou death of amygdala) voire parfois magistraux.

A la fois conquis et réservé ( bon je sais, ça ne va pas trop vous aider…..) cet album possède à mes yeux un immense mérite : celui de rendre un grand hommage à feu EST. Car les formules musicales visitées par Neil Cowley nous font toucher du doigt l’immensité de l’absence du trio du regretté d’ Esbjorg Svensson jours imité mais jamais au grand jamais égalé.
Neil Cowley marche assurément sur ces traces-là.
Jean-marc Gelin

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 10:56
Madeleine Peyroux   Secular Hymns

Madeleine Peyroux

Secular Hymns

Impulse/ Universal Music

Sortie le 16 septembre 2016

Dans l’émission Open Jazz, intitulée Le temps des Cantiques, Alex Dutilh présentait mercredi dernier le nouvel opus de la chanteuse Madeleine Peyroux. Vingt ans après ses premiers succès autour de Billie Holiday dans Dreamland, sort Secular Hymns, un disque tout à fait original et intime, enregistré en formation resserrée, son trio, Madeleine Peyroux s’accompagnant elle-même à la guitare aux côtés du guitariste/ vocaliste Jon Herington et du contrebassiste également vocaliste, Barak Mori.

L’origine de cet album est assez originale pour être racontée. Raymond Blanc, le chef français ayant acheté près d’Oxford, Belmont, le manoir aux quatre saisons, conviait ses invités à des concerts avant le repas gastronomique : le trio s’était produit dans l’église normande du XIIème du village et pendant les balances, quand Madeleine Peyroux chanta « Guilty » de Randy Newman, elle conçut l’idée d’enregistrer dans ce monument au plafond en bois dont l’acoustique lui paraissait mettre sa voix particulièrement en valeur. L’affaire fut conclue et …pliée en 3 jours. Voilà le Cd sur le label Impulse….«Music has been our spiritual life…songs that are very individual, personal, introverted » dit-elle pour présenter le projet.

On peut citer « Got you on my mind », ou ce "Shout, Sister, Shout », succès de Sister Rosetta Tharpe dans lequel Madeleine retrouve par instant des inflexions de Billie Holiday : un répertoire de dix titres empreints d’une certaine spiritualité, des standards de l’ «americana » que ne renierait pas le pianiste Bill Carrothers et sa femme chanteuse. L'éventail s’ouvre largement de Tom Waits « Tango Till they’ re sore », Willie Dixon « If the sea was Whiskey », Towne Van Zandt à Linton Kwesi Johnson et son hymne reggae « More Time ». On le voit, Madeleine Peyroux est allée puiser dans les chansons du patrimoine national, un mélange de gospel, funk, de blues et jazz, des valeurs sûres. Sur les traces de la grande Joni Mitchell qui a toujours fait fi des frontières musicales ? Elle reprend par exemple « Everything I Do Gonna Be Funky » d’Allen Toussaint, musicien de rhythm& blues, sorti en 1969, popularisé par James Brown ou encore cette plainte de Stephen Foster, compositeur du XIXè qui résonne étrangement aujourd’hui « Hard Times Come Again No More ». Un rapport très fort à l'histoire musicale du pays, que nous pouvons comprendre, en ce week end des Journées Européennes du Patrimoine, particulièrement suivi en France.

L’âme, le silence, le corps, voilà un album organique, simple et épuré. Qui touche. Une voix chaude, de gorge, languissante parfois sur certaines inflexions, un swing étiré et particulier, un grain sans équivalent actuel. Un côté « vintage » qui peut séduire ou non, un rapport assez direct avec son chant… Un album à écouter en tous les cas.

NB : Autre curiosité qui sort le même jour, l'album New York Rhapsody où la chanteuse est invitée sur « Moon River » par le pianiste chinois classique Lang Lang, un hommage à la ville qu'il aime. La version de la chanteuse est d’un classicisme réussi. Impeccable.

Sophie Chambon

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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 17:49
I AM THREE « Mingus Mingus Mingus »

Silke Eberhard (saxophone alto), Nikolaus Neuseur (trompette), Christian Marien (batterie)

Berlin, 15-16 juin 2016

Leo RecordsCD LR 752 / Orkhêstra

Sous le signe de Mingus, indubitablement. En prenant pour nom l'incipit de son livre Beneath The Underdog : « In other words : I am three », ce groupe de trois berlinoi(se)s annonce la couleur. Cette phrase avait d'ailleurs servi de titre à une ballade du disque d'hommage dirigé par Gunther Schuller en 1989 (« Epitaph », Columbia). Et puis l'intitulé du CD, « Mingus, Mingus, Mingus », ce fut aussi en 1963 le titre d'un album (sous étiquette Impulse) du Grand Charles où figurait Theme For Lester, repris ici sous son titre de 1959 (l'année de la mort de Lester Young) : Goodbye Pork Pie Hat . Cent pour cent Mingus, donc, et c'est une gageure, une folie même : donner en trio, et dans cette instrumentation si particulière, quelques-uns des chefs d'œuvre du grand homme en colère (Better Get Hit in Yo' Soul, Fables of Faubus, Moanin' , Jelly Roll.... ). Et pourtant ça marche, au-delà de toute espérance. D'abord parce qu'en dépit d'un effectif aussi réduit, l'intelligence des arrangements restitue la fougue, la force, et même la violence des œuvres originelles. Le parti pris affiché d'expressivité, et même d'hyper expressivité, colle parfaitement au sujet, et la volubilité virtuose et risquée des solistes restitue cette fraîcheur qui reste en bouche, comme une sensation immarcescible, celle des premières écoutes des originaux par Mingus. Rien de servile dans ces re-créations : le cœur et l'imagination parlent, et leur discours est en parfaite résonance avec le répertoire. Un régal pour les adeptes de Mingus (par prudence les sectaires devront s'abstenir.... ) ; et les néophytes seront séduits, voire convertis !

Xavier Prévost

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 21:24
MUSIC' SPIRIT, une exposition photo de Justine Darmon à ne pas manquer

Découverte dans le milieu de la photographie, d'un tout nouveau talent chez cette photographe passionnée d'argentique, Justine Darmon.

Capteuse de lumière et de mouvement, Justine Darmon parvient à créer une dimension quasi onirique grâce à ses clichés en noir et blanc toujours juste et comme essentiels.

Capteuse d'instants magiques.

A découvrir absolument

GALERIE ROUAN

à partir du 12 Octobre

3 rue Perrée (face au Carreau du Temple)

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