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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 23:22
JOEY ALEXANDER : « My Favourite things »
JOEY ALEXANDER : « My Favourite things »

Motema 2015

Joey Alaxander (p), Larry Grenadier ( cb), Ulysses Owens Jr., Russell Hall (cb), Sammy Miller (dms), Alphonso Horne (tp)

On voudrait en chroniquant cet album du pianiste balinais Joey Alexander, évacuer une bonne fois pour toute la question de son âge et toutes les notions d’enfant prodige qui vont avec. Car, disons le tout de suite la claque est d’autant plus grande à l’écoute de cet album que l’on apprend que ce jeune garçon n’est qu’un enfant de 12 ans à peine déjà doté au bout de ses doigts touts les ingrédients du génie en herbe. Né à Bali en 2003 le jeune pianiste qui dès l’âge de 6 ans pouvait rejouer des thèmes de Monk juste entendu dans la discothèque de papa, est en effet une vraie révélation.

On voudrait évacuer cette question de l’âge, se dire qu’il n’est pas l’exception, que d’autres à l’instar d’une Jacques Thollot en firent tout autant et que Keith Jarrett avait déjà donné son premier concert 5 ans avant cet âge là. Comme quoi finalement, le génie, c’est d’un banal !

N’empêche, on aimerait faire abstraction de toutes ces contingences pour aller droit à l’essentiel et vous dire que l’on est quand même restés abasourdis devant cet album assez époustouflant. Mais ne vous méprenez pas. On a pas affaire ici à ce genre de virtuoses, comme ces jeunes pianistes japonais(es) qui font sans cesse et à tout bout de champ état d’une brillante et clinquante maestria qui en fout plein la vue à chacune des phrases ( je pense à Hiromi par exemple). Ici, autre chose. Le jeune garçon, à qui l’on pourra reprocher parfois d’en mettre un peu trop, fait surtout montre non seulement d’une maîtrise exceptionnelle mais surtout d’un sens hors norme de l’improvisation où les idées harmoniques semblent jaillir à chaque phrase. Il faut entendre les détours avec lesquels il aborde les standards à l’image de cette introduction de Giant Step, déjà un modèle du genre. Car non content de maîtriser parfaitement son sujet, Joey Alexander le survole littéralement. Tout y est : la gravité lorsqu’il la faut ( Over the rainbow), la légèreté d’un Michel Petrucianni ( It might as well be spring), le sens du groove et du placement ( superbe impro sur Ma Blues au harmonies détonantes), le sens de développements aussi ou encore, justement le ménagement de ces espaces sensibles que l’on croyait pourtant réservé aux plus anciens, à ceux qui ont déjà tout dit. Tout est étonnant chez ce jeune garçon capable de surprendre constamment en émaillant son discours de mille pépites inattendues. Il déroule parfois comme Art Tatum puis l’instant d’après se fait prolixe comme Oscar Peterson mais sans jamais pourtant donner l’idée de plagier ses aînés.

Et c’est là que survient le malaise et que l’on revient à la question de départ : comment est il possible si jeune et donner l’impression d’avoir autant vécu musicalement.

Mais après tout peu importe le flacon et peu importe l’âge du capitaine dont finalement on se fout comme de l’an quarante (que d’ailleurs il n’a pas connu), le temps ne faisant décidemment rien à l’affaire, reste juste le plaisir entier et immense de cet album absolument jouissif de bout en bout et , par ailleurs assez magistral.

Jean-Marc Gelin

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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 23:00
Jazz in Arles ..... (suite)

Vingtième édition (13 au 23 mai 2015)

Soirée du jeudi 21 mai

Misja Fitzgerald Michel (guitare solo)

www.misjafitzgeraldmichel.com

Dans un rond de lumière apparaît un grand escogriffe à la chemise à carreaux bleus. Misja Fitzgerald Michel[i] commence à jouer un solo de guitare qui nous fera parcourir le plus doux des trajets, du sensible «Ornettish» à une ballade «Heat», de « Don’t explain » de Billie Holiday à « Lonely Woman » (retour à Ornette Coleman), de « Pink Moon» du folk songwriter Nick Drake à «Nardis» en rappel (composition du guitariste Chuck Wayne qu’a su s’approprier Bill Evans). Tout est surprise, changements de ton, d’accords, avec des phrases complexifiées à souhait. Ce qui n’enlève rien à la finesse, à l’imprévisibilité attachante que le guitariste insuffle à l’ensemble. C’est dans un contexte aussi particulier, strictement libre, tout simplement étonnant que l’on peut apprécier la beauté insensée d’une mélodie et sa capacité à durer. Misja célèbre la guitare plurielle, l’essaie à toutes les pluralités. Il connaît les chansons, les reprend puisqu’il les aime et nous les fait découvrir autrement. Ce sont bien elles et pourtant, en se glissant dans le répertoire, il se fait une place avec sa guitare qui sonne et donne tout leur espace à ces « petits » morceaux qu’il éclaire, autrement, à sa manière, simplement et avec talent. Voilà ce que c’est que d’être doué, inspiré. Libre. On reparlera, au cours de la soirée, de ses sources d’inspiration, de Nick Drake, ce troubadour disparu trop tôt, en 1974 auquel il a consacré son dernier album Time of No Reply, en 2012. Tout comme de la malédiction qui a frappé les Buckley. Car le succès foudroyant du fils, Jeff avec l’album Grace, sorti en 1994, a quelque peu éclipsé le travail du père, Tim, plus orienté folk, mais profondément éclectique dans ses goûts et orientations musicales.

Il faut décidément louer l’esprit avisé du directeur artistique Jean Paul Ricard qui sait programmer des talents rares, trop peu entendus. C’est toute la grâce de ce festival arlésien, unique, de faire découvrir chaque année des choses rares, de programmer des concerts que l’on n’entendra plus dans les grosses machines estivales, ou même dans le réseau plus pointu de l’AJC, ex Afijma.

@philippe.meziat

@philippe.meziat

80 years BARRE PHILLIPS « Listening »

Urs Leimgruber, saxophones/Jacques Demierre, piano / Barre Phillips, contrebasse

www.barrephillips.com-emir.org

Changement de ton après l’entracte avec LDP: on attend le contrebassiste Barre Philips en trio avec Urs Leimgruber au saxophone et Jacques Demierre au piano, un alliage qui a déjà une quinzaine d’années, se produisant sur le label allemand, de qualité, Jazzwerkstatt. Contre toute attente, il y a un point commun avec le concert précédent : si l’on ne peut, cette fois, fredonner la mélodie, on retiendra cette recherche exigeante du son, dans sa qualité la plus pure. Barre Phillips est un artiste véritable qui suit son propre fil. Et ce, depuis longtemps, depuis Music from Two Basses avec Dave Holland ou son solo, Journal Violone en musique improvisée. Avec ce trio, c’est la surprise et la découverte dans l’instant, un entrelacs de figures dans l’espace, une chorégraphie gestuelle et un abandon à l’instant-ané. On se laisse conduire par ce mixage de fragments sonores reliés à une écoute intime, des stridences et vrilles exacerbées du saxophoniste et autres grincements du piano plus ou moins préparé ; parfois c’est un ostinato de basse, un bourdonnement continu qui s’harmoniserait presque avec la soufflerie aléatoire de la tireuse de bière ou de la machine à café. Au fond, derrière le plateau technique, les conditions d’écoute sont parfaites. Le trio est de plus, visuellement intéressant, au sens pictural, un tableau de groupe flamand. Il faudrait un peintre, plus encore qu’un photographe, pour saisir ce qui se joue là, entre les trois : des emportements incontrôlés d’Urs aux gestes menus de Barre, délicat quand il enlace, retourne, frotte, tapote la basse.

Cette capacité de création immédiate résulte t- elle de la seule virtuosité ? Quand il s’agit de rentrer en soi même, à l’écoute de soi et des autres, de faire remonter des réminiscences. Une création « live », dans l’instant, d’après des choix imposés de l’extérieur, comme de jouer entre les notes. Une expérience à trois, partagée, où « l’écoute comme matériau », selon les mots même de Jacques Demierre[i] est « à chaque nouveau concert plus présente... Une réactivation continuelle de la totalité des possibles...quand tous ces sons produits et échangés ne semblent résulter d’aucun travail et naître spontanément de leur propagation dans l’espace ».

C‘est la marque d’un beau concert quand le souvenir que l‘on en garde s’accompagne de sérénité. Quelques personnes sont malgré tout un peu surprises, mais la majeure partie du public, constituée de fidèles, connaît le parcours sensationnel et transdisciplinaire de cet octogénaire toujours vaillant, qui a accompagné la chorégraphe Carolyn Carlson, composé des musiques de films, de Jacques Rivette et du documentariste Robert Kramer.

Avec cet aparté avec le chroniqueur du Monde, Francis Marmande, dont le chapeau, ce soir là, m’évoque irrésistiblement « le Doulos » de Melville, un film qu’il connaît bien, la transition avec la soirée suivante est toute trouvée, puisqu’ il s’agira de Cinéma et de musiques de films, ceux de La Nouvelle Vague. J’aime ces moments en immersion, où l’on est là, captif et libre. De méditer et rêver. De penser à tout et à rien. Prêt à lire et à écrire.

Sophie Chambon

NB : les photos qui illustrent l’article sont de l’ami Philippe Méziat dont vous pouvez lire le compte rendu sur le blog de jazzmagazine.


[1] Misja Fitzgerald Michel tourne dans des contextes différents, des formations différentes : proche de Jim Hall, il a joué avec Ravi Coltrane, Chris Potter, Drew Gress, pratiquant avec aisance une gymnastique totalement acrobatique, un grand écart des formes

[i] J’irai voir après le concert, sur les conseils de Luc Bouquet, le carnet de route du trio proposé par l’initiateur du son du Grisli, Guillaume Belhomme. www.grisli.canalblog.com

@philippe.meziat

@philippe.meziat

@philippe.meziat

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 22:06
ALEXANDRE SAADA : «  Portraits »

Alexandre Saada (p)

Il faut bien sûr oser. Oser franchir le pas si impudique du solo. Oser l'exercice de se mettre totalement à nu dans cet exercice ultime où l'improvisation est fondamentale. Oser exprimer la profondeur de son être, dévoiler les contours de son âme. Et même plus ici puisqu’il ne s’agit pas de lui même mais des autres, des émotions qu’il ressent à leur encontre, de ces portraits en musique tendres et parfois nostalgiques.

Il y a à entendre cette galerie de portraits comme du roman Russe où chacun des hommes et des femmes sont ici imaginés dans tout leur être.

Dans cet exercice si difficile, Alexandre Saada nous montre qu'il est un très grand pianiste. Un explorateur du clavier, de ses résonances harmoniques et de son lyrisme très poétique. Il se dégage de ce solo, non pas quelque chose d'introspectif comme c'est souvent le cas, mais le témoignage d'un romantisme particulièrement tendre et bouleversant.

On entend bien sûr qu'Alexandre Saada a dû beaucoup écouter Keith Jarrett auquel on ne peut s'empêcher de penser et à qui il rend quelques hommages appuyés. On y entend aussi et surtout ses écoles classiques, celles des maîtres français du XIXéme qui prennent ici le jazz par l'impro. L'album est conçu autour de 13 petites pièces, qui sont autant de visages imaginés. De qui ? seul Alexandre Saada le sait et nous laisse en deviner les contours et les courbures, respirer les parfums et même imaginer leurs regards. Il y a alors des élans. Il y a de la respiration. Il y a de la retenue mais aussi parfois des effusions de sentiments. On a parfois le sentiment d'être plongé dans un film de Mikhalkov.

Avec beaucoup de liberté Alexandre Saada s'autorise aussi un morceau au piano préparé aux accents orientalisants. Certes, un peu comme un cheveu sur la soupe dans cette galerie de portraits. Mais pourquoi pas. C’est après tout un peu l’oncle ou la tante d’orient que l’on ignorait et qui revient à l’improviste dans cette réunion de famille ouvrir sa malle de mystères.

On entre alors dans les réminiscences de Saada pour les faire nôtres. Avec un brin de nostalgie et une poésie très touchante. Comme un roman. Une galerie de portraits en somme.

Jean-Marc Gelin

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 09:28
JAZZ IN ARLES

Jazz in Arles : une soirée en duos

Andy Emler (piano), Claude Tchamitchian (contrebasse)

Anja Lechner (violoncelle), François Couturier (piano)

Festival Jazz in Arles au Méjan, chapelle du Méjan, Arles, 20 mai 2015.

Dix neuf ans révolus et vingt éditions pour ce festival hors du commun, accueilli dans l'espace culturel des éditions Actes Sud au Méjan : une ancienne chapelle, vendue à la Révolution comme bien national, et devenue ensuite le dépôt de laine de la Coopérative du syndicat des éleveurs du Mérinos d'Arles (la raison sociale est gravée dans la pierre du fronton !). Ici pas de moutons à tondre (c'est le rejeton d'une famille d'éleveurs de la race Texel qui vous le dit....), seulement des oreilles et des consciences à combler de beautés sonores. Le piano a toujours eu en ces lieux la part belle : il faut dire que l'instrument de l'endroit, Steinway modèle D, est incontestablement l'un des plus remarquables que l'on puisse trouver dans ce pays, Ile de France et toutes régions confondues. Il est de surcroît préparé, réglé, harmonisé et accordé par l'irremplaçable Alain Massonneau (studio de la Buissonne, concerts de jazz du festival de Radio France et Montpellier....) ; les pianistes de jazz l'adorent, et lui rendent souvent sur scène, ici et ailleurs, l'hommage qu'il mérite.

@xavier.prevost

@xavier.prevost

Deux duos donc ce soir là, très contrastés. La paire qui associe Andy Emler et Claude Tchamitchian s'appuie sur quinze années d'incessantes collaborations, du medium band (le MegaOctet) au trio. Mais leur duo est tout neuf : un seul concert avant celui-ci, à l'Uppercut de Marseille, en octobre 2014. Dopés par le confort acoustique (une sono en simple renfort, d'un naturel confondant) et la puissance hors-norme du piano, les deux compères se sont promenés de plaisir en surprise, glissant d'une improvisation sans filet à quelques uns des thèmes du répertoire du trio qui les associe au batteur Éric Échampard. Andy Emler, que la dynamique exceptionnelle de l'instrument pourrait griser au point de le circonscrire au quadruple forte, n'oublie jamais qu'à l'autre extrémité de l'échelle des décibels, ce piano offre un pianissimo presque diaphane ; et il en joue avec délices. Claude Tchamitchian est porté par la qualité du son qui le sert : à l'issue du concert, il remerciera Bruno Levée, le sonorisateur, pour lui avoir offert une écoute idéale ; et manifestement le contrebassiste est porté, et inspiré, par l'excellence du rendu sonore qui lui est offert. A l'archet comme en pizzicato, les idées fusent, et l'expression s'en donne à cœur joie, et quand il le faut jusqu'au paroxysme. La connivence des musiciens est absolue, et absolument confondante. Le temps, pourtant mesure et maître de toute musique, semble s'être dissipé, comme en un rêve éveillé : après une heure de concert, à l'issue du rappel, le chroniqueur épaté aurait juré que cela avait duré à peine une demi-heure !

@xavier.prevost

@xavier.prevost

L'autre duo du jour associe Anja Lechner à François Couturier. La disposition a légèrement changé : le piano est cette fois parallèle au bord de la scène et le pianiste, de profil, dialogue avec la violoncelliste qui se trouve derrière lui, légèrement à sa droite, et plus près de l'avant-scène, face au public. Une disposition chambriste, donc. Mais ne nous y trompons pas : si la musique, en bonne partie écrite, est empruntée à Federico Mompou, Georges Gurdjieff, Komitas, et aux compositions de François Couturier (le répertoire de leur disque « Moderato Cantabile », paru à l'automne 2014 chez ECM), l'expression est forte, parfois exacerbée, et l'espace de l'improvisation s'immisce en clandestin dans l'écriture. La violoncelliste offre une sonorité tout à la fois ronde et rugueuse, façon gambiste, comme si son instrument gardait la mémoire de la viole de gambe qui l'a précédé dans l'histoire. Plus que sur disque, on la sent oser, dans les espaces de liberté que peut offrir le texte, l'improvisation, et l'expressivité intense. Le dialogue est constant avec le pianiste qui, impassible et regardant la partition devant lui (qu'il la suive ou s'offre des libertés....), semble en permanence, tel un sphinx, méditer sur l'inatteignable beauté ; beauté qu'il tutoie cependant constamment, en compagnie de sa partenaire. Et plus question ici de se demander si c'est encore du jazz, ou déjà du jazz, ou seulement peut-être : qu'importe. Dans ce lieu unique qu'est le Méjan, idéal pour de tels formats instrumentaux, la musique et la beauté sont les seules mesures possibles. Écoles, styles, genres, idiomes et chapelles, allez au diable : la chapelle du Méjan vous offrira l'absolution !

Xavier Prévost

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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 12:43
LAURENT COQ : " The Lafayette suite"

Jazz & People 2015

Laurent Coq (p), Walter Smith III (ts), Joe Sanders (cb), Damion reid (dms)

Laurent Coq, c’est certainement le plus américain de nos french jazzmen. Imprégné de ce jazz New-Yorkais actuel qui fait école un peu partout dans le monde, le pianiste s’est forgé outre-atlantique une solide réputation et de très sérieuses amitiés musicales. On le sait auditeur attentif de tout ce qui se joue là-bas, admirateur des groupes aussi mythiques que Fly (et donc aussi du trio de Mark Turner),de Kneebody ou encore de la musique d’ Ambrose Akinmusire. Mais il n’en est pas un simple spectateur. En fait Laurent Coq ne cesse de jeter des ponts entre les deux continents. C’est en quelque sorte notre Lafayette du jazz.

Et c’est un peu dans cet esprit que Laurent Coq a réuni un superbe quartet franco-américain pour aller enregistrer dans les studios du New Jersey, sur le tout nouveau label Jazz & People ( Leila Olivesi, Yonathan Avishai etc…).

C’est que Laurent Coq a des choses à dire et à partager. Au point que sa musique est chez lui comme une sorte d'art de la conversation avec les musiciens qui se succèdent autour de lui. On avait aimé la façon qu’il avait de faire jouer Olivier Zanot ( dans « The things to share » http://www.lesdnj.com/article-5900776.html) ou encore d’échanger l’an dernier avec le guitariste Ralph Lavital ( « Dialogue » http://www.lesdnj.com/article-laurent-coq-dialogue-120052083.html) voire avec cet immense alto qu’est Miguel Zenon.

Ici c’est avec trois très grands du jazz qu’il poursuit cet art de la discussion. Son entente avec Walter Smith III y est tellement remarquable qu’elle s'écoute comme le témoignage d’une parfaite symbiose. Le saxophoniste y est éblouissant . Le ténor, par ailleurs pilier du quintet d’ Akinmusire et que l’on a pu entendre récemment avec un autre ténor Jan Harbeck, est assurément l‘un des saxs le plus subtil du moment. Perpétuant une tradition du ténor mais en la modernisant il se montre aérien. Walter Smith c'est de l'orfèvrerie, ciselée avec précision et avec ce supplément d'âme si expressif. Portant au plus haut degré d’intensité le lyrisme épique de ce Lafayette Suite.

Les compositions sont signées pour moitié par le pianiste et pour l’autre par le saxophoniste. Pour ma part coup de cœur pour deux compos de Laurent Coq, ce Comte de Rochambeau au lyrisme gracieux et dans une toute autre inspiration , plus hard bop, ce Battle of Brandywine de feu. Où il est question tout au long de l’album d’une épopée racontée par quatre chevaliers élégants et animé par la flamme de leurs convictions valeureuses.

Si les compositions sont magnifiques avec des mouvements très fluides et aériens il fallait pour les servir une belle rythmique. Et dans ce quintet-là il faut aussi donner une mention toute particulière au batteur Damion Reid qui s’y montre réellement exceptionnel.

Jean-Marc Gelin

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 21:51
Concert évenement samedi prochain  : VIJAY IYER TRIO en concert à Paris

Le samedi 23 mai dans le cadre du superbe Festival Jazz à Sant Germain ,

le pianiste américain Vijay Iyer donnera un concert en trio à la Maison des Océans, 195 rue Saint Jacques à Paris.

L'occasion de revenir sur l'album de la nouvelle star d'ECM, Certainement l'un des pianistes les plus prometeurs de sa génération. Foisonnant d'idées neuves et modernes.

L'étoffe d'un très grand.

A ne pas louper

L'occasion aussi de retrouver la nouvelle édition de ce magnifique festival porté haut par Fred Charbaut et Donatienne Hantin qui cette année encore nous réservent du 21 au 29 mai quelques pépites et quelques recettes magiques dont ils ont le secret : Shai Maestro, Kyle Eastwood, Eric Bibb et Ablaye Cissoko, Lars Danielsson et j'en passe et non des moindres vont nous faire vivre des heures de jazz durant cette semaine qui s'annonce magique. Une fois encore.

Concert évenement samedi prochain  : VIJAY IYER TRIO en concert à Paris

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 09:09
ORCHESTRE NATIONAL  :  Europa BERLIN

ORCHESTRE NATIONAL DE JAZZ OLIVIER BENOIT

Europa BERLIN

ONJAZZ records/ l’autre distribution

Sortie nationale le 27 avril

www.onjazz.org

Voilà l’ONJ reparti pour son tour des capitales européennes : après l’hommage à Paris, l’onzetet découvre Berlin. Le choix était évident tant la ville est unique dans son évolution et activité artistiques. Une évocation très personnelle où l’on sent, dès les photos du livret réalisées par le chef lui-même, une vision empreinte de ce recyclage urbain, où la nature boisée disparaît dans les friches industrielles, le no man’s land de conglomérats, gravats et sables. Un Berlin étranger plus qu’étrange, encore marqué de l’histoire tumultueuse et violente du XXè siècle, attentif à un présent omniprésent. Plus que jamais dédié à l’architecture et à l’accumulation/destruction des différentes strates historiques. Ce n’est vraiment pas un itinéraire touristique auquel nous sommes conviés même si le travail de mémoire est constant. Ou alors un tourisme de mémoire qui ne cesse de jouer à cache-cache avec les vestiges, de surexposer des fragments, obsédé par cette réunification autour d’un mur mythique, aujourd’hui démantelé.

D’ailleurs, les titres des compositions (Effacement des traces, Persistance de l’oubli, Métonymie, Oblitération) sont emblématiques du projet d’Olivier Benoît qui se recommande de Berlin, l’effacement des traces, livre de Sonia Combe, Thierry Dufrene et Régine Robin.

On retrouve les points forts du premier volet sur PARIS, ramassés sur un seul CD cette fois. On est saisi d’un bout à l’autre, du faussement doux « Effacement des traces » au vrillant «Détournement» final, par ces compositions toujours denses, alliant l’acier de crescendos puissants à la légèreté d’une chorégraphie aérienne. Un concentré d’énergie pur jus où de jeunes talents résolument actuels dans leurs recherches musicales sont entourés d’aînés confirmés et experts (divine section rythmique). Fruit d’une sélection rigoureuse qui se voulait impartiale, la formation est à mi-chemin entre le big band cuivré et le combo élargi : les instrumentistes jouent parfaitement leur rôle, tour à tour en pleine lumière mais pleinement collectifs dans des tutti orchestraux de belle facture.

C’est une vision éclatée du jazz d’aujourd’hui, où se côtoient rock alternatif, électro, avant-garde, rythmes d’une « asphalt jungle » en mutation, qui correspond à l’ordre séculaire que l’on a plus ou moins déconstruit dans la ville. Le Cd est fait de plusieurs suites qui se suivent, s’emboîtent en un klaxonnement presqu’ ininterrompu jusqu’à un achèvement, jamais épuisé. Une succession de morceaux autonomes avec des respirations brèves, qui favorisent l’improvisation, ou servent de tremplin à des développements plus larges. Dans une urgence convulsive («Métonymie»), les saxophones s’en donnent à cœur joie sur le tempo échevelé d’Eric Echampard et on se demande quand s’arrêtera cette cavalcade. Un grinçant et martelant « Révolution» ? « Réécriture» où violon et claviers s’ajointent sur des accents sourds de batterie, avant le pilonnement des cuivres et vents ?

Bouillon de culture avec toujours la touche avant-gardiste,qui faisait déjà sa force dans les années trente, Berlin continue à surprendre, à mener la danse avec un ONJ exultant dans le paysage musical contemporain.

Sophie Chambon

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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 12:52
Eliane Elias vs Laurence Allison : Les sirènes de Rio

ELIANE ELIAS : « Made in Brazil »

Concord records 2015-0

Eliane Elias(vc, p), Mark Kibble ,Amanda Brecker,Ed Motta, Roberto Menescal (vc), Marcus Teixeira (g), Marcelo Mariano ( bass), Marc Johnson (cb), Edu Riberio (dms), Rafael Barata (dms), Mauro Refosco, Marivaldo dos Santos ( perc), Rob Mathes ( orchestral arrangements)

Eliane Ellias reste sur son terrain, essentiellement celui de la musique brésilienne qui lui va comme un gant sur la peau d’une star hollywodienne.

Elle aligne ainsi quelques saucissons brésiliens ( Vocé, Brasil, aguas de Marços) et quelques thèmes aux arrangements plus pops, le tout avec une réjouissante fraîcheur.

Eliane Ellias c'est l'été ! c'est la pina colada sur la plage ! C’est la farniente et l’amour à l’ombre des persiennes ! Bref c’est glamour à souhait (à l’image de ce sexy cover) ! Eliane Elias chante avec cette voix chaleurese et suave. Placement impeccable, aucun effet superflus. Hyper pro, rien qui dépasse !

Mais Eliane Elias nous ravit aussi par toutes ces petites pépites, ses propres incises lumineuses au piano. Car Eliane Ellias, outre ses talents de compsitrice, de parolières et de chanteuse est aussi une pianiste qui semble s'ignorer tant elle s'y fait trop discrète à notre goût. Il serait peut-être temps que son bassiste de mari, Marc Johnson l’amène à jouer plus. Enfin nous, c’qu’on en dit ….

Les arrangements ne sont pas absolument révolutionnaires loin s’en faut mais suffisamment efficaces pour ratisser un public large. On a aimé par exemple ce ravissant Some enhanted place frais comme tout ou encore ce très funky Driving Ambition !

Et si les arrangements ne renversent pas la table, les accompagnements sont eux impeccablement réalisés qu'il s'agisse de l'ajout de cordes ou de voicing à la façon Real group. 7 des 12 titres s’appuient ainsi sur les arrangements orchestraux de Rob Mathes, arrangeur doué qui a travaillé avec le ghotta du jazz et de la pop américaine et qui en la matière sait y faire dans le genre effficace et qui rapporte gros.

Assurément du bon boulot.

A Déguster en pleine période estivale, le soir après dîner sur la terrasse en fumant un havane la tête perdue dans les étoiles ou en dansant langoureusement avec la femme de ses rêves.

Jean-Marc Gelin

Eliane Elias vs Laurence Allison : Les sirènes de Rio

LAURENCE ALISON : « Claro »

La Baleine 2015

Laurence Allison (vc), Benôit Charlier (p, fdr), Jean-Michel Charbonnel (cb, b) + Carl Schlosser (fl), Eric Zorgnotti (cello), Johan Renard (vl), Jean-Marie Ecay (g), Alain Debiossat (sax), Pauline Chagne (harpe), Laurent Coq (p), Philippe Chagne (sax, cl)

Avec Laurence Allison, qui n'est pas née au pays du pain du pain de sucre mais qui semble s'immerger dans sa culture comme si c'était la sienne, on a affaire à un autre univers, un peu moins connu et moins mielleux en tous cas.

Ici la chanteuse et compositrice entreprend de rendre un magnifique hommage au superbe compositeur brésilien Edu Lobo, contemporain de Jobim, de Buarque et de Vinicius de Moraes mais qui n’a toutefois pas eu la même reconnaissance du grand public. Il faut dire que le répertoire de Lobo est sublime et exigeant à la fois tant sa musique est subtile et riche dharmonie qui se juxtaposent. Il faut ainsi entendre Laurence Allison reprendre cette chanson poignante, Canto Triste ou au contraire cette samba joyeuse Corrida de Jangada pour comprendre la richesse musicale d’Edu Lobo.

Laurence Allison côtoyait au domicile familial ,lorsqu’elle était enfant les disques d’Edu Lobo dont les mélodies lui étaient devenues, à force familières. Il lui a fallu attendre de grandir et de parcourir son propre chemin musical pour redécouvrir ce compositeur qui ne l’a jamais quitté en fait et se sentir prête à lui rendre un hommage très personnel.

Chantant dans un portugais impeccable ( qu’elle a appris à l’université, déjà amoureuse de la langue de Pessoa), Laurence Allison rend hommage à Lobo aussi bien en chantant ses chansons qu’ en composant ( ou lui dédiant ?) quelques titres magnifiques comme celui qui ouvre l’album, Na Minha Cancao ( « c’est ma chanson ») que l’on aurait pu croire composé par le maître lui-même/

Laurence Allison chante dans son registre qui, on l’a dit n’est pas un registre sucré et tout miel mais au contraire avec cette voix au caractère bien plus affirmé, hors format, restituant la mélodie mais aussi les textes avec une élégante précision.

Les arrangements sont à géométrie variable allant quand il le faut jusqu’à l’ajout de cordres discrètes. ET comme toujours, avec Charlier (piano, fender) et Sourisse (dms,percus) on donne dans l’orfèvrerie en matière accompagnement.

On sort ainsi de cet album émerveillés par la beauté exceptionnelle du répertoire d’Edu Lobo, pas l’osmose entre son propre univers et celui de la chanteuse. Avec l’envie irrésistible aussi de se ruer chez notre disquaire préféré pour faire razzia sur les albums du brésilien.

Quel plus bel hommage ?

Jean-Marc Gelin

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 08:58
GHOST RYTHMs : " Madeleine"

LEM 2015

https://fr-fr.facebook.com/GhostRhythms

Il y a peu de chance que vous connaissiez Ghost Rythms. Ce jeune groupe bourré de talent n'est pas forcément ( en tous cas pas encore) dans les radars du jazz hexagonal. Mais de vous à moi, il y a fort à parier qu'il sera bientôt l'un de ses acteurs incontournables. Car en effet ce jeune groupe et ses deux principaux compositeurs ( Xavier Gelard et Camille Petit) cumule les prix de compositions dans tous les tremplins où il passe ( dont notamment La Defense en 2012).

Il faut dire que Ghost Rythm a définitivement beaucoup d'idées et beaucoup de moyens pour les exprimer.

Après un album remarquable marqué par l'influence de Steve Coleman, le groupe parisien revient aujourd'hui avec un double CD axé autour du film d'Alfred Hitchcock, Vertigo ( ou " Sueurs froides"). Xavier Gelard explique qu'il a été un jour marqué par la légende selon laquelle "The dark side of the moon" l'album des Pink Floyd, pouvait s'entendre comme la bande son du film de Victor Fleming, "Le Magicien D'Oz".

Ici l'album se conçoit aussi comme celle de Vertigo.

C'est dire les qualités expressives de ce projet qui nous embarque en parfaite synchronisation avec les moments forts de ce film dont il faut redécouvrir les qualités hypnotiques ( à l'instar du regard incroyablement fascinant de Jame Stewart !).

L'exercice de Ghost Rythms et de ses deux remarquables compositeurs est ici d'autant plus périlleux qu'il leur fallait s'extraire de la musique inoubliable de Bernard Hermann. Pour ce faire, Gosth Rythms est allé puiser dans le creuset de ses influences modernes. On pense beaucoup à Guillaume Perret, on pense à Ping Machine ou encore au grand ensemble de John Hollenbeck.

L'écriture terriblement efficace et porteuse d'émotions fortes est envisagée comme des traveling ou comme des cadrages de sons et d'image. Il fallait pour réussir ce challenge, une réalisation et une direction de groupe impeccables avec une vraie dimension orchestrale ainsi qu'une place laissée à chacun des musiciens qui le compose (que chacun des solistes porte à merveille).

Et c'est par le biais de l'écriture et de l'engagement total qu'il parviennent alors à nous emmener à l’intérieur de l'écran.

Il y a parfois dans cette musique une dimension kaléidoscopique, comme l'agencement d'un rouage fascinant. La musique y est en mouvement, s'y fait organique, comme la danse de micro- cellules qui s'agencent entre elles.

L'orchestre s'entend alors comme un véritable choeur.

Du début jusqu'à la fin de l'album , on reste captivés par ces moments, ces images suggérées, ces passages de l'effroi à l'émotion dramatique, par la course effrénée rythmée par un groove fort et par ses belles montées paroxystiques.

En fait jamais ce double album ne nous lâche.

Vous ne connaissiez pas Ghost Rythms ?

Vous aviez radicalement tort mais il n'est jamais trop tard. Laissez vous embarquer !

Jean-Marc Gelin

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 21:35
STEPHANE BELMONDO : «  Love for Chet »

Naïve 2015

Stéphane Belmondo ( tp, bgl) ; Jesse Van Ruller (g), Thomas Bramerie (cb), Amin Bouker (vc sur Blame it on my youth)

Après le superbe hommage à Chet Baker rendu en début d'année par Riccardo

del fra, c'est une autre marque d'amitié profonde dont témoigne trompettiste toulonnais Stéphane Belmondo qui fut longtemps un de ses proches. Assez proche en tous cas pour que son aîné le prenne un peu sous son aile ou plus exactement lui en donne des sacrées pour qu’il suive son propre chemin.

On le sait Stéphane Belmondo, incontournable jazzmen de la scène hexagonale se nourrit de rencontres très fortes. De belles personnes comme récemment Yusef Lateef ou encore le pianiste Kirk Lightsey.

Cet hommage à celui dont il fut très proche cet hommage, Belmondo l'a voulu intime, voire intimiste, dans une formation restreinte, en trio avec le contrebassiste de toujours (Thomas Bramerie) et un magnifique guitariste Jesse Van Ruller. Un peu dans la lignée de ce superbe album que Chet avait signé avec Philippe Catherine ( « Strollin’ » notamment dont Belmondo reprend le love for sale).

Ici l'osmose des trois musiciens est totale, portée par une parfaite compréhension de la mélodie dont jamais ils ne cherchent le plagiat mais qu'ils comprennent avec beaucoup de finesse et de tendresse. La marque de Chet, ici prégnante c'est la capacité de Belmondo à mettre en valeur les lignes mélodiques au travers de ses impros un peu à la manière des chansons. Alors, jamais Belmondo ne donne dans le pathos ou dans l'emphase dramatique. On est plutôt au coeur d'une sorte de jam entre trois musiciens de grand talent qui mettent leur coeur sur la table. Tous les trois ensemble.

On ne s'en lasse pas.

Jean-marc Gelin

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