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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 06:48
@jeanmarcgelin

@jeanmarcgelin

Au bout de deux jours de compétition, en marge du festival Jazz à Saint Germain des Près, le tremplin Jeunes Talents où 6 groupes se sont affrontés, a vu le jeune trio Joran Cariou remporter sa 15ème édition.

Une musique épurée dans la pure tradition des trios et un groove élégant aux lignes modales powerful. Un pianiste de haute volée, impressionnant dans ses improvisations, un contrebassiste énorme et un batteur au drive fin.

Que du bon !

Joran Cariou (p)

Damien Varaillon ( cb)

Stéphane Adsuar (dms)

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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 12:05
MADELEINE ET SALOMON  : « a woman’s journey »


Clotilde Rullaud (vc, fl), Alexandre Saada (p, fder, clvte)
Promise land 2016


La chanteuse Clotilde Rullaud et le pianiste Alexandre Saada ont l’habitude de jouer ensemble. Ils sont comme complémentaires. Ils sont les deux faces d’une même pièce. lls sont Madeleine et Salomon.

Avec « Woman’s journey » ils signent, à deux un hommage magnifique aux grandes chanteuses engagées. Aux grandes voix féminines. Un hommage finalement à la féminité qu'elle soit enfantine, adolescente ou femme accomplie et toujours libre. Un hommage à ces grandes voix, pour beaucoup venues de ce grand moment de liberté que furent les années 60 où ces grandes chanteuses portaient en elle la fierté.
Et c’est une sorte de voyage intérieur porté par la voix voix ténébreuse et prenante de Clotilde Rullaud qui apporte à cette oeuvre toute son émotion et sa gravité profonde.
Les arrangements qu’ils signent ensemble sont d’une grande richesse.
A l’image de ce Swallow Song de Mimi et Joan Baez et qui reste dans une veine très pop seventy ( comme par ailleurs sur Les Fleurs).
Des moments de vibrations intenses nous parcourent avec cette voix caverneuse et sensuelle qui bouleverse non seulement par ce qu’elle va chercher loin au tréfonds de nous même mais aussi par cette façon de chérir le texte. All the pretty horses nous embarque ainsi et charrie avec elle la réfection de la beauté pure. Quelque chose de tellurique. Du chamanisme aussi. Clotilde va chercher sa voix dans de sublimes profondeurs qu'elle module et élève à son gré. Une voix à nulle autre pareil. Parfois son registre évoque Nina Simone ( dont elle reprend Four Women) et sa version de Seventeen est absolument poignante et fait renaître autrement cette très belle chanson de Janis Ian.
L’engagement de ces voix de femmes s’entend aussi dans sa version de Strange Fruit de Billie Holiday et Little girl blue est un autre moment de grâce où entre les mots, dans les interstices du chant, le silence devient aussi part entière de l'arrangement. Et le blues de Janis Joplin, ou celui d’une black panther comme Elaine Brown prennent dans la voix de Clotilde Rullaud l’actualité d’une lutte jamais achevée.

La chanteuse parvient à marier une forme de sensualité presque soul à une très grande élégance du chant ( Save the children). Aucun pathos dans les arrangements ni dans la voix de Clotilde mais au contraire un sens aigu du texte et de son intelligibilité.
L’accompagnement classique et très beau de Saada met toujours en valeur son sujet allant chercher les harmonies justes, l’exact réplique. Toujours dans la précision très soulful de l’accompagnement. Il est à Clotilde Rullaud ce que Teddy Wilson était à Billie Holiday.

S’il est des albums qui possèdent un supplément d’âme, qui possède cet art de vous bouleverser et de vous prendre par la main pour ne plus vous lâcher, s’il est des albums qui vous prennent au plexus et vous portent au delà de ces quelques minutes où tout semble avoir été dit et tout reste encore à dire, s’il est des albums qui ne vous laissent pas totalement indemnes, s’il est des albums qui écorchent tauant qu’ils caressent, s’il est des albums qui ne ressemblent à aucun autre alors "Woman’ journey" est assurément de ceux-là.
Jean-Marc Gelin

MADELEINE ET SALOMON seront au New Morning le 15 juin . A ne pas manquer

http://www.newmorning.com/20160615-3445-Madeleine-Salomon.html

Published by Dernières Nouvelles du Jazz
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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 08:28
Jazz à Saint Germain, ça commence aujourd'hui !!!

« Paris est une fête » disait Hemingway , le plus germanopratin des écrivains américains.


S’il vivait encore, il serait certainement l’un des piliers les plus fidèles de ce beau festival de Jazz à Saint Germain des Près que depuis 16 ans Frederic Charbaut et Donatienne Hantin nous concoctent avec amour.
Et du jazz sous toutes ses formes, du jazz à vous réveiller les écoutilles, à vous faire trémousser les gambettes, à vous faire rentrer tôt ou tard (c’est selon) avec le même sourire content, vous allez en avoir durant une 10 aine de jours.

« Paris est une fête » disait Hemingway , le plus germanopratin des écrivains américains.

Côté concerts, excusez du peu : la transe du pianiste suisse Nick Bärtsch ( rare en France), Yaron Herman avec Michel Portal ( and friends….?), Stéphane Belmondo autour de son album Love for Chet, le pianiste Pierre Sibille, Sarah Lanka ou Lucy Dixon ( pour la journée Jazz au féminin), les grandissimes Golden Gate Quartet pour un concert très gospel à l’église St Sulpice, Ray Lema qui, avec un groupe de folie va mettre un feu que China Moses, la fille de Dee Dee Bridgewater va certainement attiser jusqu’à l’embrasement.
Franchement si après ça il vous reste un soir de libre !

Mais attendez partez pas tout de suite, on ne vous a pas tout dit.
Les jeunes comme tous les ans viennent jouer dans le cadre du tremplin au Sunside. Finale le dimanche 22. Gratos en plus ! Et croyez en un membre du jury : ça joue grave !
D’ailleurs nul doute qu’on retrouvera ces musiciens déjà talentueux au Lucernaire pour la jam session.

Cette année on va faire aussi dans la palabre avec de belles séances de bavardages autour de plusieurs thèmes animés par Ray Lema, par la journaliste Fara C ( la place des femmes dans le jazz…. ), Yaron Herman ( qui parle si bien de sa, de LA musique) ou encore Laurent Mignard qui délaissera la Maison du Duke pour venir parler de l’évènement littéraire de cette année, la traduction en français de « Music is My Mistress", l’autobiographie de Duke Ellington.


Jazz à Saint Germain c’est aussi une certaine conception de la place de la musique dans nos vies citoyennes et solidaires. Le jazz s’invitera à l’école St Benoit pour les petits marmots de maternels ( trop de chance) mais aussi comme chaque année pour amener la musique là où elle n’est pas, dans les prisons.

Les groupes de chanteurs amateurs ( attention, y a du très bon et j’en connais même des qui !) chanteront au Centre André Malraux.

Expérience inédite qu’il me tarde de tester : jazz et méditation avec Frédéric Charbaut : programming et Elisabeth Petit-Lizop : therapist specialized in Mindfulness Based Stress Réduction. Un truc à vous ouvrir les chakras.

Et puis, comme Paris est une fête, que soleil soit clément, qu’il pleuve ou qu’il vente nous irons tous guincher au traditionnel Grand bal Swing, samedi 28 au Centre Culturel Irlandais.

Alors, elle est pas belle la saison des festivals ?

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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 22:12
@sophie chambon
@sophie chambon


Mercredi 18 Mai 2016, Arles.
Stephan OLIVA (p) et Jean Marc Foltz (cl, bcl)
21 ème édition du 11 au 21 mai 2016
Retour à Arles, chapelle du Méjan sur les bords du Rhône pour un festival que l’on aime, Jazz in Arles au Méjan, à la programmation originale et pertinente de Jean Paul Ricard.
Cette année, le festival présente le tout nouveau programme, sobrement intitulé Gershwin du clarinettiste Jean Marc Foltz et du pianiste Stéphan Oliva, le lendemain de leur premier concert au Sunside, enregistré par TSF. L’album, déjà chroniqué aux DNJ par Xavier Prévost fut enregistré à la Buissonne, mixé en novembre dernier, et il sort sur le label Vision fugitive le 27 mai.
Hommage, tribut à l’élégance,l’énergie et la modernité de Gershwin ? Certes, mais pas au sens habituel du terme, me semble-t-il, tant la vision de ce duo est personnelle et intime. Ils retricotent avec toute leur sensibilité un répertoire aimé depuis longtemps, «voyageant librement d’une improvisation à une page de répertoire ». Gershwin éclaire la nuit de nos souvenirs d’une mélancolie douce et insistante, à la manière des films de Woody Allen, metteur en scène génial et clarinettiste jazz éclairé, à qui est d’ailleurs dédié l’un des thèmes « Fascinating Rhythm /Someone To Watch Over Me », tant il a créé des Bo inoubliables, inspirées du jazz « classique» dont il raffole.
On suit les chemins d’un compagnonnage peu balisé, assistant à la composition d’un patchwork de textures, de matières et de couleurs. Le duo nous fait «entendre» des scènes d’un film imaginaire où George Gershwin pressé par le temps, avide de tout connaître, s’attelle à plusieurs chantiers, composant furieusement les chefs d’œuvre symphoniques, la Rhapsody in Blue, Un Américain à Paris, le Concerto en Fa tout en écrivant pour les « musicals » de Broadway, le cinéma des studios, les films de Fred Astaire qui lui apporteront la gloire.
Ne faut-il pas alors une certaine assurance pour se lancer dans la traversée de l’œuvre d’un compositeur des plus prolifiques ? Les deux amis n’ont pas eu à l’apprivoiser longtemps tant ils s’y sentent chez eux. Foltz et Oliva savent comment ils vont parvenir à leur but : en insistant sur la clarté, l’élégance du phrasé, avec une façon très particulière, non d’étirer le temps, comme il me semblait au début, mais de jouer hors temps. Ils créent des intermezzi rêveurs, emboîtent des thèmes qui se répondent, « relisant » les morceaux comme ce « Gershwin‘s Dream », toujours dans un souci de cohérence ... Le résultat plonge dans le clair obscur d’une musique de rêve éveillé, qui reprend les standards au plus près, tout contre, dans leur substance même : « The man I love », « Somehow » (composition d’Oliva), « A Foggy Date/ Rhapsody in Blue theme »( JM Foltz), de l’opéra Porgy and Bess, « My Man Gone’s Now », « Summertime » jusqu’à l’aria final, « I Love (s) You Porgy » si poignant que les larmes vous viennent aux yeux. L’étonnante complicité qui les lie explique une interaction prodigieuse « télépathique » : ils n’ont jamais à (se) chercher trop longtemps, chacun s’élance à tour de rôle sur une voie, certain de la réponse de l’autre. D’où la finesse et l’évidence lumineuse qui ponctue et conclut chaque composition. Le public, des plus attentifs, embarque pour la première partie de ce concert, dans le vaisseau de la chapelle servi par le Steinway préparé comme il se doit par Alain Massonneau et la prise de son soignée de Bruno Rumen qui sculpte silences et suspens, conduisant doucement vers l’acoustique.
Pour le dernier set, remplaçant au pied levé la pianiste Kris Davis souffrante, notre duo enchaîne sans problème avec le programme de leur CD Visions Fugitives (qui donna le titre au label) en jouant ce thème de Prokofiev, Vitold Lutoslawski, Francis Poulenc ( Sonate pour clarinette et piano), des Variations d’Alban Berg, un thème d’Oliva intrigant, le tango Duke /Stravinsky, très cadencé, presque martial ( mais après tout, il existe bien un «Turkish Mambo » me souffle Stephan Oliva ), une sublime version de Naïma et une autre variation de la berceuse « Summertime » plus chaloupée, qui roule dans les graves du piano, mixée à leur façon avec un thème « Stereoscope ».Tout se déroule harmonieusement jusqu’au rappel même, souvenir de leur projet Soffio di Scelsi (concert de la Minoterie à Marseille en 2005), qui soulignait déjà le rapport étroit entre musique improvisée et contemporain, dédié à Scelsi, « l’homme du son » dont on peut trouver à la librairie Actes sud toute proche, des livres-référence.
Voilà un concert inoubliable où dans une même soirée, se joue une musique intense, travaillée par toutes sortes d’émotions : du jazz, du contemporain, du classique, des compositions où la technique sait pourtant se faire oublier, dans les mouvements les plus virtuoses ou les pièces les plus tendres. Un travail dans les marges, sur le souffle, en franchissant la ligne ténue, de démarcation entre composition et improvisation. On est à l’intérieur du son, du piano et des clarinettes (la clarinette basse plus moelleuse), ouvert à un au-delà dont ces musiciens, gardiens de l’éphémère, ont le secret.

Sophie Chambon

@sophie chambon

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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 21:54
JAZZ IN ARLES : Instant Sharings, quartette de Bruno Angelini

Tout commence par un matin de grève de la SNCF : afin de rallier depuis sa banlieue la Gare de Lyon, le chroniqueur francilien a dû, pour pallier les suppressions de RER, anticiper l'abandon du domicile ; et comme transports il y eut, presque à l'heure habituelle, ce premier but fut atteint avec une avance considérable. Occasion rêvée de s'offrir le luxe d'un café dans la décor majestueux du restaurant le Train bleu, et d'entamer la lecture du formidable livre d'Agnès Desarthe sur René Urtreger, Le Roi René (éditions Odile Jacob). Et cette lecture va enchanter les presque quatre heures de TGV jusqu'à l'escale arlésienne.

« INSTANT SHARINGS » : Bruno Angelini (piano, composition),

Régis Huby (violon, violon ténor, effets électroniques), Claude Tchamitchian (contrebasse),

Edward Perraud (batterie & percussions)

Arles, Chapelle du Méjan, 19 mai 2016, 20h30

La chapelle du Méjan demeure l'écrin idéal pour la programmation de Jazz in Arles, et singulièrement du groupe de Bruno Angelini : piano toujours exceptionnel, cadre intime, public motivé, attentif et empathique (sympathique aussi). Le programme est majoritairement celui du disque publié au printemps 2015 ( voir la chronique dans Les DNJ ), mais dans un ordre différent. La plupart des compositions sont signées par le pianiste, et s'y ajoutent des compositeurs admirés par le groupe : Wayne Shorter, Steve Swallow et Paul Motian. C'est le premier cité qui ouvre le set (le concert se joue en deux parties), avec Meridianne, un thème que le saxophoniste avait joué voici une vingtaine d'année en duo avec Herbie Hancock ; suivra Some Echoes de Steve Swallow. Vient ensuite une composition de Bruno Angelini qui figurait aussi sur le CD.

JAZZ IN ARLES : Instant Sharings, quartette de Bruno Angelini

Après l'entracte, et une autre compo extraite du disque, voici un tout nouveau thème. On est frappé d'emblée par la cohésion du groupe, l'adhésion de chacun au répertoire, et le considérable degré d'interaction que suggère l'intitulé : instant sharings, au-delà de la notion de partage, c'est dans l'univers numérique la connectivité instantanée, notion qui rejoint bien la haute connivence où se trouve un groupe de jazz. Car c'est bien de jazz qu'il s'agit : l'esprit de musique de chambre qui régnait sur le disque, et qui n'excluait nulle intensité, se trouve ici sublimé par une formidable expressivité, nuances et violences comprises. Dans ce nouveau thème, les quatre musiciens font entendre successivement (et parfois presque simultanément) l'harmonie des sphères et le chaos originel d'où naît le cosmos. On revient ensuite au répertoire déjà enregistré. Chacun trouve sa place dans cet espace démocratiquement partagé : le bassiste, avec son ancrage solide, et ses libres envolées, en pizzicato ou à l'archet, impressionne par son talent d'écoute qui le fait réagir avec nuance aux sollicitations de chacun ; le pianiste, qui mène la danse sur des indications souples et préalables, lesquelles laissent toujours place au génie de l'instantané ; le batteur-percussionniste, sans cesse à l'affût, pertinent, inventif et imprévisible ; le violoniste, qui privilégie ce soir-là le violon ténor, jouant finement des effets électroniques pour installer des tenues en boucles superposées sur lesquelles s'improvisent une véritable partita, qui sera relayée par la contrebasse à l'archet. On est émerveillé par un tel engagement et une telle connivence. Après un thème de Paul Motian, le concert se conclut provisoirement par une belle composition de Bruno Angelini en hommage à sa grand-mère marseillaise. Le public, comblé, rappelle la bande ; ce qui nous vaudra une toute nouvelle composition (promise à un prochain disque, on l'espère), Jardin perdu, merveille de mélodie nostalgique et de raffinement musical. On est conquis par ce beau voyage en terre de complicité musicale.

Xavier Prévost

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 19:59
SYLVAIN BEUF / MICHEL PEREZ / DIEGO IMBERT « Triple Entente »

Sylvain Beuf (saxophones ténor & soprano), Michel Perez (guitare), Diego Imbert (contrebasse)

Vannes, avril 2015

Trebim Music TREBMUS 052 / L'autre distribution

Tout commence dans la décontraction d'une ambiance West Coast, mais avec un soupçon de sérénité crispée, façon Lennie Tristano ; cette impression dans l'exposé du thème s'efface dès que Michel Perez part en chorus : il libère la musique, car il est hors de pair pour, sur des harmonies complexes, faire chanter la phrase, et l'instrument. Le titre de l'album ne doit rien à l'alliance franco-britannico-russe de la première guerre mondiale.... C'est ici le prolongement d'un duo, qui associait pour le CD « Double Entente », publié voici trois ans, le guitariste et le contrebassiste Diego Imbert. L'arrivée de Sylvain Beuf nous place d'emblée dans une configuration qui ravit l'amateur : le souvenir une triplette Tristano-Konitz-Billy Bauer, ou encore Tristano-Konitz-Warne Marsh. C'est plus qu'un hasard si, après un démarquage d'un thème bop, on voit surgir Lennie's Pennies, superbe extrapolation de Tristano sur Pennies From Heaven (et l'amie Lennie, et Lee Konitz aussi, en commirent quelques autres sur la même grille....). Tout y passe, dans le domaine des standards de Broadway, voire du Brésil, de All The Things You Are à Tico -Tico en passant par On Green Dolphin Street, chaque fois détournés avec science, raffinement et entrain. Il y a même un transparent Corps et Âmes (sur Body and Soul....) qui nous rappelle que Siegfried Kessler avait aussi intitulé de la sorte en 1982 un très beau thème, et le 33 tours qui l'accueillait. Les saxophones de Sylvain Beuf épousent avec panache les méandres de ces relectures, et Diego Imbert déploie de très belles lignes de basse en toute sérénité, slalomant entre les écueils harmoniques comme un pilote qui guide le vaisseau à bon port. De ces compositions signées par les trois musiciens, il vous reste encore à découvrir celles dont je n'ai pas dévoilés les sources : sublime plaisir de l'amateur, qui ne pourra que vous ravir, tant l'énigme est de haut vol. Cet art du démarcage -ou démarquage- (que je préfère à démarcation qui dit plus la limite-de sinistre mémoire- à franchir que l'action de contrefaire pour sublimer par le talent musical), reste l'un des bonheurs du jazzfan : c'est ce bonheur que je vous souhaite !

Xavier Prévost

Le trio se produira le vendredi 20 mai 2016 à Paris au Sunset

Une avant-goût sur Youtube avec une vidéo du trio réalisée en 2012 au festival de Porquerolles par Frank Cassenti

https://www.youtube.com/watch?v=eEakSNVaMms

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 18:08
BILL EVANS « Some Other Time , The Lost Session From The Black Forest »

Bill Evans (piano), Eddie Gomez (contrebasse), Jack DeJohnette (batterie)

Villingen (Allemagne), 20 juin 1968

Resonance Records HCD-2019 / Socadisc

Une exhumation de taille : un double CD avec une séance inédite en Forêt Noire, chez Hans Georg Brunner-Schwer, avec le concours de Joachim-Ernst Berendt. Le premier, industriel de l'électronique (SABA), créateur du label MPS et grand amateur de piano, a enregistré Oscar Peterson, Martial Solal, George Shearing, Friedrich Gulda, Monty Alexander, Joachim Kühn, Hank Jones, Tommy Flanagan.... dans sa villa aménagée en studio. Le second, critique et homme de radio, a produit bien des séances pour ce label. Bill Evans, avec le même trio, s'était produit cinq jours plus tôt en Suisse (concert publié par Verve sous le titre « Bill Evans At The Montreux Jazz Festival »). On le retrouve ici avec un répertoire différent (un seul thème, Walkin' Up, figurait déjà sur l'album de Montreux). Le ton est vif, presque tendu : la plupart des thèmes, même ceux qui sont originellement sur tempo lent, sont joués de manière anguleuse, avec rythme plutôt rapide, et accentuation marquée. Dans cette approche très percussive, certains ont cru déceler une « nouveau » Bill Evans : c'est oublier qu'il fut dans les années 50 un disciple de Lennie Tristano, dont l'influence transparaît dans le phrasé percutant du fameux All About Rosie de George Russell (1957). Il faut dire aussi que MPS avait pour spécialité de capter le piano avec de nombreux micros placés très près des cordes, et que cela accentue le côté percussif de l'instrument. De surcroît, le double parti-pris de laisser la batterie un peu en retrait (ce qui se confirmera avec le batteur qui suivra dans la carrière de Bill Evans, Marty Morrell), et de privilégier délibérément dans le mixage le piano et la contrebasse, rend plus évidente la percussivité du piano. Le premier CD restitue les titres sélectionnés par H.G Brunner-Schwer et J.E. Berendt pour un 33 tours qui ne fut jamais publié, probablement parce qu'à l'époque Bill Evans était sous contrat avec Verve. Le second offre tout ce qui n'avait pas été retenu, mais méritait manifestement de l'être. Un copieux livret relate en partie l'histoire du label MPS, et celle de cet enregistrement, avec également un survol analytique des styles du pianiste. On y trouve aussi les précieux témoignages du contrebassiste et du batteur. L'ensemble offre des plages en solo, en duo et en trio, qui toutes reflètent le considérable talent de Bill Evans. Et si l'on regrette que la batterie soit très sous-entendue on peut, pour se consoler, se reporter au disque « Bill Evans At The Montreux Jazz Festival » qui rend pleinement justice à Jack DeJohnette. Bill flamboie, Eddie lui tient la dragée haute, et malgré la discrétion de Jack ce double CD (qui existe également en double vinyle) est hautement recommandable aux amateurs de Bill Evans.... et à tous ceux qui aiment le jazz !

Xavier Prévost

Pour comparer : « Bill Evans At The Montreux Jazz Festival »sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=DfDYlyQAntk

Présentation du CD sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=I8Di1Y_znmY

Published by Xavier Prévost - dans Chroniques CD
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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 23:13

Sonny Rollins, Le souffle continu, entretiens avec Franck Médioni, postface de Jean-Louis Chautemps. 74 pages. Ed.MF. collection Paroles 8 euros.

« Pour Rollins, il n’est pas question de divertissement. La musique trône à l’évidence, à l’étage au-dessus. Elle est spirituelle et exprime la force positive qui existe dans le monde. » Jean-Louis Chautemps a bien saisi l’esprit de Theodore « Sonny » Rollins. Entre ténors, le courant passe. La lecture de sa postface s’impose, contrairement à l’ordre logique, avant d’entamer celle des deux entretiens avec le géant du saxophone recueillis par Franck Médioni et repris dans un petit (par la taille) ouvrage de poche qui mérite réflexion et apporte un éclairage subtil sur l’art de Rollins.
Sonny Rollins s’est dévoilé d’abord en solo en septembre 1996 (texte destiné aux Inrockuptibles, mais non retenu et finalement publié en 1998 dans la revue Musica Falsa) avant de dialoguer en 2005(par téléphone) avec David S.Ware (1949-2012), ténor qui lui vouait grande admiration (et réciproquement), entretien publié dans Jazz Magazine (n°561).
A l’heure où Rollins -86 ans en septembre- a délaissé la scène, reportons nous en page 54 pour entendre le maître évoquer l’évolution de sa sonorité (lecture pouvant accompagner deux récentes sorties discographiques, Sonny Rollins trio, à Zurich en 1959, The Montreux Jazz Label et Sonny Rollins, Holding the Stage, Road Shows vol 4. Extraits de concerts de 1979 à 2012. Okeh) : « Si mon son a changé au cours des ans, cela à voir avec le fait de procéder à partir d’un corps… ce n’est pas du fer ni de l’acier, c’est fait de chair et d’os. La chair et les os ne sont pas éternels ». C’est simplement dit. Tout comme son explication sur son jeu : « Un jour un critique a écrit à mon propos : Sonny pose une question et puis dans le chorus suivant il y répond. Je sais de quoi il parlait parce que c’est ce que je fais parfois, et en ce sens, je raconte une histoire ».
Jean-Louis Lemarchand

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 23:10
JEAN-MARC FOLTZ - STEPHAN OLIVA « Gershwin »

Jean-Marc Foltz (clarinette, clarinette basse), Stephan Oliva (piano)

Pernes-les-Fontaines, décembre 2015

Vision Fugitive VF 313012 / Harmonia Mundi

On est souvent avec eux du côté d'une musique qui privilégie l'extrême nuance, la mise en suspens, le silence ou le bruissement imperceptible d'un monde en (re)naissance : une sorte de jazz de chambre si l'on veut. Ce qui n'écarte nul éclat, nulle intensité expressive. Le choix est fait ici de s'en remettre pour le répertoire aux frères Gershwin : George bien sûr, mais aussi Ira qui était, seul, signataire d'un texte pour un thème ( I Can't Get Started ) dont la musique est signée Vernon Duke. Mais c'est bien plus qu'une thématique, un concept ou un fil conducteur. C'est une plongée dans l'âme d'une époque, soulignée par un livret iconographique qui fait revivre Gershwin en son temps. Dans l'âme assurément : pas question de mimer les contours de thèmes familier, mais au contraire d'interroger leurs tréfonds et leurs mystères. Car nous sommes bien ici en présence de jazzmen, et le propre du jazz est de transfigurer, de dévoyer, de gauchir ou de sublimer (et parfois tout cela d'un seul geste).

Les musiciens conçoivent aussi quelques courtes séquences de leur cru, pour introduire un thème, installer un climat.... Ainsi fait Stephan Oliva, dès la première plage, en esquissant quelques secondes durant une voie d'accès à l'inoxydable The Man I Love : comme un prélude au renouveau dans l'inconnu. La clarinette étire le thème dans un absolu recueillement, le piano détaille les harmonies en y mettant ce qu'il faut d'altérations pour créer une tension. Ensuite Fascinating Rhythm révèle sa vitalité syncopée, entre clarinette basse et piano, mais les deux musiciens se jouent des accents attendus, et nous emportent vers l'ailleurs : c'est bon signe. It's Wonderful, usuellement donné en version joyeusement dansante, est ici étiré, version plus que lente, comme une introduction idéale au sublime My Man's Gone Now , quintessence de toutes les nostalgies. Une première évocation du thème de la Rhapsody in Blue suit un prélude qui, une fois encore, nous à montré la voie des harmonies célestes.... Et tout se poursuit dans l'intense beauté d'un déroulement cohérent, où pourtant chaque transition garde sa part de mystère. Le ressassé Summertime est donné dans une apparente littéralité par la Jean-Marc Foltz, mais les harmonies distillées par Stephan Oliva le parent de charmes inédits, et la clarinette s'évade à son tour. Et ainsi de suite jusqu'au conclusif I Love(s) You Porgy, qui nous fait aimer ce disque, magnifique, de bout en bout.

Xavier Prévost

.

Le CD paraîtra le 27 mai. Cependant le duo jouera pour sa sortie à Paris le mardi 17 mai 2016 à Paris, au Sunside. Et le lendemain, 18 mai, il est à l'affiche de « Jazz in Arles »

Le festival arlésien a commencé dès le 11 mai, à la Médiathèque, avec le duo Schwab-Soro. Il se poursuit à partir du 17 mai avec un nouveau trio qui associe Louis Sclavis, Dominique Pifarély et Vincent Courtois. Le lieu, la Chapelle du Méjan, est toujours l'endroit idéal pour goûter ces musiques intenses choisies avec talent par Jean-Paul Ricard. Le piano y est toujours d'une qualité exceptionnelle : confirmation dès le 18 mai avec Kris Davis, en solo, et en prélude de Jean-Marc Foltz/Stephan Oliva le même soir. Puis ce sera « Instant Sharings », quartette de Bruno Angelini le 19, et le quartette de Géraldine Laurent le 20 : programme de haut vol, comme l'on voit, qui privilégie les artistes les plus engagés dans l'exigence musicale, mais aussi dans le partage. Conclusion le 21 mai en apothéose avec un trio qui rassemble Vincent Peirani, Émile Parisien et Michel Portal. Des comptes rendus de quelques-unes de ces soirées provençales sont à venir dans ces colonnes.

JEAN-MARC FOLTZ - STEPHAN OLIVA « Gershwin »
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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 17:17
JEAN DOUSTEYSSIER : «  Post K »

ONJ Records 2016
JEAN DOUSTEYSSIER (cl, clb), BENJAMIN DOUSTEYSSIER (as,ts) MATTHIEU NAULLEAU (p), ELIE DURIS (dms)

Vous savez ce que l’on dit : c’est dans les vieux pots etc… Et bien figurez vous qu’en jazz , c’est tout pareil !
C’est cet adage qu’ont fait leur la jeune pousse talentueuse du jazz toute fraîchement sortie du collège de Marciac ou de la classe jazz du CNSM. Ces jeunes garçons que j’aime à côtoyer l’été, dans mon petit village où ils font danser jusqu’à plus d’heures villageois et villageoises au son de John Kirby et de Benny Carter, ces jeunes-là disais-je sont amoureux de la tradition autant que de la modernité et sont capables avec un enthousiasme débordant et un talent immense, de marier le vieux jazz de la Nouvelle-Orléans au vertiges du free jazz. Le tout emballé avec un sens du plaisir de jouer, de faire danser, de s’éclater en jazz.
Jean Dousteyssier est assurément l’une des futures grandes stars de la clarinette ( quand il ne s’ébroue pas sur son baryton ou au ténor au sein du magnifique big band Umalut ( on vous en parlera très bientôt) ou de l’ONJ d’Olivier Benoit où il y joue une musique plus contemporaine. Xa technique et sa sensibilité sont proprement hallucinants. Son frère, Benjamin Dousteyssier, la première fois que je l’ai entendu c’est simple j’ai cru que l’on passait un disque de Lester Young tant il avait au bout des lèvres les sonorité suave et le velours du maître du ténor. Mathieu Naulleau, on vous en parlé très récemment à l‘occasion de la sortie du disque (http://www.lesdnj.com/2016/05/nox-3-nox-tape.html). Là encore un petit génie qui sait à peu près tout jouer et dont je me rappelle très bien le concert sorti de nulle part qu’il avait donné un jour en première partie de je ne sais plus qui au Festival Jazz à la Villette. Et derrière tout ce petit monde, pour les pousser un peu au derrière (comme s’ils en avaient besoin !), Elie Duris avec son feeling et son drive irrésistible.
Et voilà un combo du feu de dieu. De ceux qui ont compris ce que le jazz recelait de merveilles à faire sauter la baraque. De ceux qui prennent un plaisir communicatif à jongler avec du Fats Waller, du Stachmo, du Willie the Lion Smith voire à entamer un Charleston rag d’subie Blake. Et au milieu de tout cela leur propres compositions qui ne font pas parjure. Leur relecture est farouchement sauvage et iconoclaste. Ils sont virtuoses mais toujours drôles. Ils sont géniaux mais avec facétie. Ils brisent les structures mais gardent le groove. Ils maîtrisent et font revivre un répertoire fantastique des années 20. Ils font chanter la clarinette et l’alto à la manière d’un Buddy de Franco, d’un Sydney ou d’un Benny Carter ou d’un Franckie Trumbauer ou le clavier d’un Willie the lion Smith.
Il fallait un toupet énorme, une audace et la liberté de leur 20 ans à peine pour se lancer dans une telle aventure. Le pari est totalement gagné.
Jean-Marc Gelin

Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
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