Les Dernières Nouvelles du Jazz
Ed. Allia 2009 ( rééd. 2001)
126 p, 9 euros



« C’était l’époque où un noir disait mon cul à un public blanc et le montrait. »

Pour beaucoup ce petit ouvrage de David Margolick ne sera pas une surprise puisqu’il s’agit de la réédition d’un livre publié en 2001 en France aux éditions 10/18. La réédition aujourd’hui est liée à une nouvelle traduction en français    ( les différences n’échapperont certainement pas aux fins linguistes).
L’occasion de se replonger dans ce petit ouvrage passionnant d’à peine 126 pages qui entreprend la démarche assez originale en jazz de faire la monographie d’une chanson cultissime, le Strange Fruit de Billie Holiday qu’elle enregistra pour la première fois en 1939. Cette chanson dont la chanteuse s’était à tort attribué la paternité et qui dénonce la pratique du lynchage des noirs dans le Sud des Etats-Unis est en réalité l’oeuvre d’un professeur de lettre juif, blanc et de gauche, Abel Meeropol ( alias Lewis Allen).
Cette chanson deviendra très rapidement un symbole à la fois du combat des noirs et de la prise de conscience d’une partie de la société américaine mais aussi l’étendard de Billie Holiday. Bien que reprises un nombre incalculable de fois la version que Billie Holiday incarnait et avec laquellle elle semblait faire corps et âme semble aujourd’hui encore insurpassable.
David Margolick ancien journaliste juridique au New York Times, collaborateur à Vanity fair et 4 fois nominé pour le prix Sulitzer entreprend de faire l’histoire de cette chanson à la manière d’un reporter. Et c’est absolument captivant de bout en bout. Elle permet d’entrer dans le processus de la création d’un mythe avec ses admirateurs ( les cercles progressistes de la gauche new-yorkaise), ses détracteurs pour qui la chanson était censée éveiller la haine raciale, ou ses mythes et ses vraies fausses-histoires (certains disent qu’au premier abord Billie Holiday n’avait absolument pas compris le texte de la chanson). Et c’est bien une mise en perspective et en histoire de l’un des plus grands thèmes du jazz auquel se livre avec une grande fluidité David Margolick. Par ce biais là il donne un éclairage passionnant sur la chanteuse et sur le tournant de sa carrière mais aussi sur l’évolution lente de la société américaine,sur le processus d’éveil des consciences.
A lire absolument.
Jean-Marc Gelin

Southern trees bear strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root,
Black bodies swinging in the southern breeze,
Strange fruit hanging from the poplar trees.
Pastoral scene of the gallant south,
The bulging eyes and the twisted mouth,
Scent of magnolias, sweet and fresh,
Then the sudden smell of burning flesh.

Here is fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck,
For the sun to rot, for the trees to drop,
Here is a strange and bitter crop.
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Alefa 2006

 Comme c’est le cas bien souvent,  c’est par le bouche à oreille et notamment sur les conseils de notre excellent confrère Jacques Chesnel ( l'excellent site Culture jazz   http://culturejazz2.free.fr) que nous avons découvert cette jeune saxophoniste pour le moment relativement inconnue au bataillon mais qui, gageons le, ne tardera pas à faire parler d’elle. Elle n’a d’ailleurs pas manqué paraît-il d’enflammer récemment le public lors de sa prestation en juin de cette année au festival Jazz à Vienne. Son premier et, pour autant qu’on le sache, seul album date de 2006 soit un an avant qu’elle ne décroche le 3ème prix du Tremplin de la Défense. Passé au travers des radars cet album donne pourtant à découvrir une jeune saxophoniste bourrée de talent, d’énergie et surtout d’une immense envie de jouer. Généreuse assurément, Céline Bonacina ne se ménage pas et passe sans complexe d’un extrême à l’autre, du baryton au soprano dans le même élan. Portée par une furieuse envie de jouer et de s’amuser sur le swing et le groove, elle emporte une fois n’est pas coutume, toute la rythmique derrière elle avec une belle assurance. Si la musique semble parfois assez formatée « post-fusion », elle y démontre néanmoins un phrasé totalement libéré et aérien à la fois. Toute en grâce Celine Bonacina survole toutes les difficultés harmoniques et rythmiques avec une façon de jouer qui la porte à l’exaltation heureuse. Ca fonctionne remarquablement. Danseuse de l’instrument, légère,fuyante et assurément un brin espiègle. Une belle bouffée d’air frais. Jean-Marc Gelin

 

Myspace de Céline Bonacina

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ECM Jazz 2009

Louis Sclavis (cl, ss), Mathieu Metzger (ss, as), Maxime Delpierre (g), Olivier Lété (b), François Merville (dm)

 Le dernier album de Louis Sclavis est assez surprenant. Il ne manquera pas en tout cas, d’étonner ceux qui suivent de près son travail et qui n’avaient pas manqué de saluer comme il se doit le précédent album, « L’imparfait des langues ». Car il y a dans ce nouvel opus un travail beaucoup plus épuré qu’à l’accoutumée. Sclavis y semble en effet beaucoup plus apaisé, moins nerveux. Ce qui doit se comprendre dans la thématique de cet album autour de l’Odyssée d’Homère. Il y est en effet question, comme le dit Sclavis lui-même, de se perdre et de s’égarer. Comme il nous le disait en interview, il y a deux façons de se perdre : perdre sa route et se perdre soi-même. D’où un sentiment qui prédomine à l’écoute du disque, de flottement et de no man’s land. Avec cette formation de jeunes musiciens qui l’accompagne depuis quelques temps il parvient ainsi à créer un climat qui évoque à la fois l’absence et l’ancrage dans les racines très terriennes où vient se greffer la notion de rites païens en référence aux chants antiques ( Bain d’or) . Dans Lost on the way, l’attaque sauvage des tambours évoque ainsi des scènes tribales résonnant au loin, alors que le jeu de Sclavis nous ramène à une plainte inquiète et à l’angoisse de la solitude lointaine. C’est une épopée qui nous est racontée avec ses moments de doutes, ses phases de calme qui précèdent la tempête sauvage, le paroxysme des éléments déchaînés, l’absence d’Ulysse et surtout la prédominance du voyage. Avec une très grande expressivité, Sclavis convoque dans sa musique les notion de temps qui s’écoule lentement et d’espace, l’horizon proche et lointain.

Pas de claviers ici mais un personnel en partie renouvelé. Mathieu Metzger (que l’on entend aussi dans le formidable album de Ducret – cf. ci-dessus) vient avec talent remplacer Marc Baron et Olivier Lété prend la contrebasse. François Merville (associé depuis des années à Sclavis) et Maxime Delpierre (dont la collaboration est plus récente), poursuivent leur collaboration avec Louis Sclavis, pièces essentielles de son nouveau dispositif où il est question de créer une pâte sonore, une couleur qui n’est pas sans rappeler à certains égards le magnifique travail que le guitariste avait signé il  y a quelques années avec Limousine.

Louis Sclavis laisse beaucoup de place au jeu et aux sons que les musiciens trament en contrepoints et en écheveau subtils ( la patiente pénélope devient muse dans les Bruits à tisser) et dans l’écoute collective de la musique et du silence à l’image de ce Abord Ulysse’s boat où l’on comprend tout le soin porté à fabriquer le son et à créer un climat parfois inquiétant. Dans cet exercice-là, Sclavis effectivement s’expose moins laisse beaucoup plus de place à Metzger qu’il ne le faisait avec baron. Il nous emmène finalement vers une tragédie à l’antique dans un double corps à corps, celui d’Ulysse avec les éléments mais aussi peut-être celui de Sclavis avec lui-même. Jean-marc Gelin

 
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