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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 16:57
KURT ELLING AU NICE JAZZ FESTIVAL 2015

Le Maître du jazz vocal officiait le jeudi 9 juillet au Nice Jazz Festival. Sous une chaleur écrasante, et néanmoins vêtu d’un costume, le chanteur a délivré un concert de toute beauté.

Il était accompagné par son guitariste et son contrebassiste attitrés, respectivement John Mclean et Clark Sommers, ainsi que par Bryan Carter à la batterie. Gary Versace était au piano et à l’orgue, remplaçant le talentueux Laurence Hobgood, qui partageait la musique de Kurt depuis plusieurs années.

Alors que son dernier album « Passion World » est loin de refléter l’âme et le génie de Kurt Elling, il est époustouflant sur scène. Arrivant le sourire aux lèvres, il démarre avec « Come Fly With Me » qu’il enregistra en 2012 dans l’album « 1619 Broadway – The Brill Building Project ». Il regarde son public avec amour, l’invitant à le rejoindre dans cette envolée. Rien ne peut le distraire de cette magie, même pas le réglage défectueux de la grosse caisse qui fait des « clacs », ce dont il s’amuse en mimant un golfeur frappant sa balle.

Le magnifique titre « The Waking » paraissant sur l’album « Nightmoves » fera également partie de la playlist. Sur ce morceau, Kurt Elling a transformé le poème de Theodore Roethke pour l’adapter à son phrasé et sa voix. Les texte final et son interprétation sont l’œuvre d’un grand parolier, qu’il est incontestablement puisqu’il a déjà composé ses paroles sur des morceaux de John Coltrane ou de Jaco Pastorius, entre autres (nous avons évidemment en tête la version magistrale et inégalable de « Resolution » de John Coltrane, qui figure sur l’album « Man in the Air »).

Le quintet interprètera également deux grands tubes de Kurt Elling, sous les applaudissements d’un public ému parfois jusqu’aux larmes. Tout d’abord « April in Paris » qu’il démarre avec un scat « percussion », art dans lequel il excelle. Puis le final : « Nature Boy », que Kurt aime bien placer en clôture de ses performances. Dès les premières notes, le Théâtre de Verdure s’enflamme, certains se lèvent, d’autres, comme l’auteure de cet article, sont envahis par une émotion qui les cloue sur leur chaise.

Sous l’ovation du rappel, le quintet tentera « La Vie en Rose », qui fait partie du dernier album. Un essai qui plait bien sûr au public français mais qui froisse un peu l’oreille des jazzophiles, tant l’atmosphère de ce morceau se marie difficilement avec la voix et le style de Kurt Elling, malgré les paroles additionnelles qu’il a écrites pour se l’approprier.

« Du grand Kurt ». Nous dirions même un concert « Kurtissime ».

Yaël Angel

Plus d’informations sur la discographie et l’agenda des concerts de Kurt Elling sur http://kurtelling.com/

Site du Nice Jazz Festival : http://www.nicejazzfestival.fr/

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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 16:50
@philippe.meziat

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Published by Sophie Chambon - dans Compte-rendus de concerts
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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 10:00
Robert Glasper : " Covered"

Robert Glasper (p), Vincent Archer (b), Damion Reid (dms)

Blue Note 2015

Pour ceux qui avaient dans l'oreille le très iconoclaste " Black radio", précédent album du pianiste, il faudra faire "reset" et repartir à zéro.

Black Radio avait surpris son monde en se situant à la croisée des chemins des musiques populaires actuelles et du R&B avec une telle originalité qu'elle lui valut quelques critiques acerbes de certains gardiens d'un temple du jazz peu habitué à se faire bousculer de la sorte.

Dans le nouvel album enregistré en public au Capitol Studio , peu de temps après avoir recueilli un grammy pour justement " Black Radio", Robert Glasper montre au contraire son souhait d'en revenir à des bases "straight" comme il le dit lui-même dans ses quelques mots d'introduction et repartir sur un format classique de trio piano-basse-batterie. Sans toutefois se départir de son souci de la modernité qui semble le poursuivre dans une vraie démarche artistique. Et ce n'est donc pas un hasard si Glasper va chercher dans le répertoire actuel depuis Kendrick Lammar (le formidable chanteur de hip-ho jusqu’à Radiohead ( Reckoner) véritable inspiration de toute une génération de pianistes ( Brad Meldhau en croque et Yaron Herman s'en inspire).

Alors que Glasper jouait de l'électrique dans ses précédentes prestations, tant comme leader qu'aux côtés de stars internationales comme Rihana ou Justin Timberlake par exemple, ce retour au piano marque non pas un retour en arrière mais l'affirmation de son identité très moderne par des voies plus classiques. C’est pourquoi on l’entend dans un morceau d’impro libre à l’inspiration très « Monk » ( In case you forgot qui passe par tous les stades possibles jusqu’à évoquer Cindy Lauper) ou encore dans une très très belle et élégante reprise de Stella by Starlight. Quelques textes engagés scandent cette prestation avec une affirmation d’un black power fier et apaisé ( I’m dying of thirst ou Got over, texte d’Harry Belafonte).

Capable de transcender les m »lodies les plus actuelles et d’en souligner toute l’essence magnifique, Robert Glasper est un inventeur du clavier. Il sort de son piano des sons larges et variés comme sur ce I don’t even care qui résonne presque comme s’il était à l’électrique. Avec beaucoup de relâchement et une vraie classe de dandy, Robert Glasper cherche, se promène sur son piano, évolue avec beaucoup de grâce et d’inventivité maîtrisée. Comme une sorte de seconde peau.

Certes on a parfois tendance à se méfier de ce phénomène de mode qui entoure Robert Glasper qui tendrait à devenir l'archétype de l'artiste emblématique et cross-over. Et pourtant ce soir là au mythique Capitol Studio se vivait un vrai moment de jazz, en toute plénitude. Robert Glasper y apportait la démonstration sereine que la modernité se trouvait là en plein cœur de la tradition. C'est cela être Cross-over !

Jean-Marc Gelin

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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 22:12
Têtes de Jazz ! Avignon Jazz Focus

3ème édition AJMI /La Manutention

07-18 Juillet 2015

http://www.tetesdejazz.eu/

www.jazzalajmi.com

www.triojournalintime.com

www.lamourduloup.net

Le jazz et les musiques actuelles reviennent pour la 3ème année consécutive faire de la résistance dans l’ilôt privilégié de l’AJMI et de La Manutention (cinémas Utopia), derrière le Palais des Papes en face du Théâtre (belge) des Doms, l’un des nombreux partenaires de l’opération. Car, au cœur de l’une des plus importantes manifestations de spectacle vivant, Têtes de Jazz est la vitrine d’exposition de ces musiques qui propose pas moins de quarante concerts (à 12H30, 15h30, 18h30 et 21h30 chaque jour), du 8 au 16 juillet, ainsi que des rencontres professionnelles autour de tables rondes. Ce festival de musique ne serait pas possible sans les bonnes volontés coopératives de tous les partenaires qui coproduisent les spectacles de ce marché des musiques à venir. Pour le grand public, voilà l’occasion rêvée de découvrir la cité papale autrement et d’appliquer la recette de l’AJMI à savoir que «la meilleure façon d’écouter du jazz c’est d’en voir».

Passons donc à la pratique :

AmbreOzChristopheJodet Purcell

La Compagnie de l’Amour du Loup propose un duo voix/contrebasse, basse électrique, loop station, sur quelques airs célèbres du compositeur baroque Henry Purcell, popularisé entre autre par le travail du Deller Consort. Cette forme ouverte et souple a demandé un sérieux travail d’arrangement au contrebassiste. La basse continue sur laquelle la voix improvise, est, pour citer Pascal Quignard dans L’origine de la danse : Quelque chose « sous le plancher » appelle le corps qui marche... le ground en anglais c’est la basse continue, le rythme de fond chez Purcell.

La basse électrique est comme une guitare baryton. Les loops de Christophe Jodet servent à enregistrer et à faire jouer en boucle ses deux basses, et il peut à loisir ajouter des effets d’archet. Ce dispositif ingénieux jette un autre éclairage sur les textes forts et les mélodies d’ «O Solitude » de « La Mort de Didon » ou de «Music for a While». Le résultat, organique plus encore que lyrique, souligne le talent de conteuse d’Ambre Oz, qui s’étant déjà frottée aux chants ethniques et trad, fait rouler en bouche les fragments choisis « O solitude, my sweetest choice », ou « My soul has never known delight», plongeant au plus près de ces chants de déploration et d’introspection.

Journal intime Lips on fire suivi du Bal des Faux Frères

Sylvain Bardiau (tp), Frédéric Gastard (saxophone basse), Matthias Mahler (tb)

http://www.lesdnj.com/article-journal-intime-lips-on-fire-67941798.html

Quel plaisir de retrouver le trio de cuivres si original (sax basse, trompette et trombone) de Journal Intime. Ces formidables musiciens, très impliqués dans le travail artistique, de la production à la distribution, recherchent une indépendance musicale qui leur permette de vivre leur exigence musicale. Depuis leur création, il y a déjà dix ans, le trio qui fonctionne plaisamment sur un mode collégial, a renforcé sa cohésion : le programme autour de Jimi Hendrix s’est étoffé. Cette «mise en oreille de leur vision fantasmée» de la musique du génial gaucher enchaîne avec le plus grand sérieux des élucubrations musicales vraiment acrobatiques : une introduction délirante de Fred Gastard sur « Odysseus Praeludium » nous prépare à plonger dans ces reprises très spéciales de «Hey Babe», «Lover Man» (d’après Muddy Waters) et enfin «All Along The Watchtower », chanson «empruntée» à Bob Dylan qui, bon prince, reconnut la version d’Hendrix indépassable. Le plus extraordinaire est que l’on finit par entendre Hendrix, l’essence même de son chant, au cœur des distorsions et autres bruits de tuyauterie. La transposition est extravagante mais elle réussit à merveille. Quel régal de les voir évoluer sur scène : attaques franches, impeccables unissons, solos fougueux, tout est réglé avec un enthousiasme ébouriffant et une précision orchestrale. La beauté de cet alliage inusité de timbres ne le dispute en rien à la ferveur de « grooves » qui feraient se dresser une assemblée de paralytiques en pèlerinage à Lourdes. Leur musique est une création très travaillée, à la recherche d’un équilibre souvent instable. Généreusement expansionniste parce qu’elle ne prend pas le pouvoir, elle se développe au contraire à perte d’ouïe.

La bonne idée est d’enchaîner, après les reprises hendrixiennes, un autre programme tout autant jubilatoire, mis au point avec la même rigueur, avec le trio des « faux frères », composé du saxophoniste ténor (Fabien Kisoka) et de 2 batteurs Fabrice Lerigab et Laurent Di Carlo. Leur rencontre, il y a une quinzaine d’années sur la caravane du Tour, constituait un début original, très formateur pour comprendre ce qu’est le spectacle vivant. Ils ont continué par une pratique plus raisonnable mais non moins ardue, celle de la déambulation, de la fanfare de rue, reprenant ainsi la tradition des « marching bands » de La Nouvelle Orleans. Le répertoire de cet album dont on fête la sortie aux Têtes de Jazz, emprunte autant aux Rita Mitsouko (Le petit train), à Buckshot leFonque (Brandford Marsalis) qu’à ACDC. Et c’est littéralement aphone que finit Fred Gastard dans « I wanna be your dog » des Stooges, s’improvisant en un Iggy Pop halluciné.

Le public de l’Ajmi s’est levé spontanément pour danser, dans une exaltation joliment fraternelle. Et ce n’est pas si souvent que l’on retrouve ce plaisir du corps qui fait sens.

https://www.youtube.com/watch?v=igUhlH5GlQQ

Sophie Chambon

A venir :

Paysage, avec bruits : sortie CD 2015/2016 avec et sur des compositions originales de Marc Ducret qui fait suite à leur Extension des feux avec Marc Ducret et Vincent Peirani.

Lips on fire II avec Guillaume Magne (guitare) et chant et Emiliano Turi ( batterie)

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 20:28
Charlie Jazz Festival  (dix-huitième édition) Deuxième soirée  samedi 4 juillet 2015

« On est tous Charlie » me dit un ami, quand je lui annonce que je vais au Charlie Jazz Festival...Mais au-delà de la boutade, quelque chose, assurément, demeure de l’esprit des débuts, frondeur et opposant à la politique qui se menait à Vitrolles. D’ailleurs, dans la vaillante équipe de bénévoles, le noyau dur a une moyenne d‘âge respectable, ce qui tendrait à prouver que le maillage associatif est solide. Des potes qui se retrouvent pour oeuvrer utile au bar, à la billetterie, au catering pro. Même si la restauration est encore un peu difficile à mettre en place, avec des roulottes ou « foodtrucks » dans la prairie qui servent à flux tendu wok minute ou hamburgers et qui n’ont plus rien à proposer dès le premier entracte. Le bar lui, résiste et par ces températures extrêmes, le blanc ou rosé de la Vénus de Pinchinat a moins de succès que la bière qui coule à flot. Le petit glacier, nouveau venu cette année, n’a aucun mal à écouler sa production en un temps record.

Depuis le temps que je suis le festival, je n’avais encore jamais vu autant de public, y compris un samedi soir. Je me souviens d’années pus ou moins fastes, en particulier de 2003, sur fond de canicule et de grève des intermittents... C’est la première fois que la jauge explose littéralement. On dépasse les 1350 personnes pour cette deuxième soirée et une noria de chaises processionne, occupant les derniers espaces disponibles. La tonnelle derrière la régie est prise d’assaut. Le livret de présentation du festival annonce près de 3000 spectateurs sur les 3 jours, la politique tarifaire est raisonnable, un pass de 3 jours à 60 euros, quand il est acheté acheté sur place et de seulement 51 euros en prévente, avec des tarifs très avantageux pour les moins de 25 ans.

Arrivée juste à temps pour le concert du trio de Renaud Garcia Fons, je me propose d’aller voir plus tard, comme chaque année, les photos de Gérard Tissier, fidèle de l’association et du Moulin à Jazz, exposées dans la galerie, non loin des JAZZBOX de Céline Léna et de l’ami Philippe Méziat. Sont présentées 8 fictions, 8 lieux fantasmés du jazz de Cuba à Tokyo, Chicago, New York, Paris, Detroit ou La Nouvelle Orleans. Un périple sur l’histoire du jazz à travers le temps et les continents qui prend tout son intérêt dans le contexte de ce festival, ouvert sur le monde.

Il fait encore chaud quand le concert commence, et la colophane fond, collante comme un sparadrap alors que le trio du contrebassiste joue son nouveau programme Revoir Paris ( qui sortira bientôt sur le label de son dernier duo Silk Moon avec Derya Türkan, l’Autre distribution).

Revoir Paris évidemment c’est en référence à Trénet, non pas l’hommage spleenétique et mollasson de reprises parlées par Benjamin Biolay. Le premier titre, nous annonce le contrebassiste, s’inspire de la chanson sans en reprendre la mélodie. Il m’avouera hors scène que dans le disque, figure un arrangement chanté de la chanson de Trénet . Je n’en saurai pas plus, c’est le «teasing» de bonne guerre avant la sortie du disque. Avec ce nouveau trio, composé de l’accordéoniste David Venitucci, autre voyageur infatigable et du vibraphoniste marseillais Stephan Caracci, à la batterie pour ce concert, il emprunte encore une nouvelle direction, tout en dévoilant ses souvenirs. C’est une vision du Paris tendre et nostalgique, populaire et musette, avec valse et tango, que traversent des images de films, comme « Monsieur Taxi » avec Michel Simon tourné en 1952 par le très oublié André Hunebelle. On entendrait bien alors la ritournelle si prenante de Jean Constantin dans les Quatre Cents Coups illustrant les frasques et cavalcades du petit Léaud. Car Renaud Garcia Fons nous entraîne sur les hauteurs de Montmartre et « les escaliers de la butte si durs aux miséreux ».

C’est le retour aux origines de sa musique et de son existence qu’il exprime de façon originale, dans un univers baroque qui suit le pourtour méditerranéen, depuis la Catalogne familiale. Ses racines, il les promeut avec efficacité mais il ne limite pas à elles. Avec la qualité des accords et la spécificité de sa contrebasse, il tend vers un jazz de chambre. Ce musicien, au début classique, a évolué, devenant l’un des chantres du «cross over» entre classique, jazz et musiques du monde. Et ainsi apparaissent les couleurs orientalisantes, quand quittant Montmartre et la rue Championnet, ses pas le rapprochent de Barbès. Voilà des rythmes arabo-andalous qui tordent le répertoire plus classique de l’instrument, une cinq cordes de belle facture du luthier Jean Auray. Il a coutume en solo de s’aider de boucles, tapis moelleux sur lequel il imagine ses figures de styles toutes en courbes et contrecourbes. Ses lignes de basse intenses sont augmentées des effets du « delay » et autres « devices » électroniques. Il manie l’archet avec une élégance rare, et l’électrification fait résonner l’instrument comme un violon, une guitare, voire un oud selon le contexte. Tout un univers de cordes sensibles que l’on entend ce soir dans sa musique soulignée par la qualité du son.

Après l’entracte, c’est un trio «all star», cosmopolite, qui prend place sur la scène superbement mise en lumière, aux platanes habillés de mille feux : le pianiste cubain tout de blanc vêtu, Omar Sosa, le trompettiste sarde aux pieds nus Paolo Fresu et l’indien Trilok Gurtu à la batterie et aux percussions. De sacrées pointures qui savent échanger et développer une musique du monde. Au sens littéral puisqu’ils reforment ici un carrefour de trois continents. La direction de l’ensemble garde cohérence, malgré le mélange de rythmes. C’est encore de retour aux sources qu’il est question (le continent africain d’où partirent les esclaves déportés) avec la musique d’Omar Sosa qui met en jeu ses racines latines en introduisant des rythmes urbains, afro-caribéens et de l’électro. Le Cubain est adepte de la santeria, religion syncrétique qui allie le vaudou d’origine yoruba (Benin-Nigeria) à un catholicisme animiste, pour faire court. Et une certaine spiritualité baigne sa musique qui n’exclut pas la sensualité dans les ballades ; rimant avec « torrides » et « diaboliques », tournent, dans l’air du soir, les grooves de Trilok Gurtu qui s’emballe dès qu’il touche ses fûts. Quant au trompettiste de Bercchida, adepte de la respiration circulaire, il souffle le vent du jazz, qu’il soit assis ou debout, tendu comme un arc, avec un son toujours impeccable, quelque soit le contexte, avec ou sans sourdine, ou autre effet de la chambre d’écho. «Ce qui nous rappelle que cela fait bien longtemps que le jazz est latin, depuis ses débuts même», écrit Philippe Méziat dans la «Jazz box» sur la Nouvelle Orleans, avec un extrait de Jelly Roll Morton, qui se proclamait l’inventeur de cette musique, écoutant et jouant une musique influencée par les rythmes espagnols et créoles. Après que les musiciens ont émigré vers le nord, l’ouest, ou New York, le jazz a quelque peu oublié ces belles couleurs latines... Jusqu’à la fin des années quarante où il se les réapproprie grâce aux percussionnistes des Caraïbes comme Chano Pozo.

Ainsi, aux sons enivrants et parfumés d’une musique populaire de qualité, la soirée s’achève, dans une certaine allégresse. Une vraie réussite pour la bande à Charlie...

Sophie Chambon

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 07:03

18ème édition

03/04/05 Juillet

Domaine de Fontblanche

http://charliejazzfestival.com/

Charlie Jazz Festival 2015

Depuis des débuts militants avec l’association Charlie Free, le jazz a sa place à Vitrolles, commune des BdR (13), non loin de l’étang de Berre et de l’aéroport de Marseille Provence. Cette entreprise culturelle n’a cessé de se fortifier et de construire sa programmation sur un jazz actuel, « un jazz en marche » avec des concerts toute l’année au Moulin à Jazz et une grande fête, aux premiers jours de juillet dans le Domaine de Fontblanche. La canicule a provisoirement abandonné un peu de terrain en ce début de soirée, dans le magnifique parc ombragé de platanes centenaires et le public répond présent lors du premier grand week end des vacances.

Le quartet du trompettiste Ambrose Akinmusire ouvre la soirée sur la grande scène des platanes. Il avoue être heureux de découvrir ce festival même s’il a déjà joué dans le sud, à Marseille. Tout de suite, avec ses complices, la section rythmique composée de Harish Raghavan à la contrebasse et de Justin Brown à la batterie, sans oublier le pianiste Sam Harris, énergique et passionné, le concert démarre avec intensité. Ils sont absolument formidables, justes dans leur emportement même, habitués à se frotter à l’urgence de la déclaration musicale de leur leader qui les laisse souvent réagir en trio. Le trompettiste adopte alors une position de retrait, propice à l’écoute et au recueillement. L’écriture des différentes compositions laisse apparaître une structure rigoureuse et dense à laquelle tous se soumettent, en donnant l’impression d’une création continue et imprévisible. Une musique improvisée qui ne devrait jamais se répéter, qui tente de nouveaux contextes, pour se démultiplier, construire et déconstruire, souffler et apaiser. Voilà un jazz porteur de sens et de vertus formelles qui, sans renier ses repères, se révèle libre, dégagé d’influences trop prégnantes. Comme si le musicien voulait inventer un nouveau langage, débarrassé de scories encombrantes. A la trompette, il est bluffant, avec un quelque chose qui n’appartient qu’à lui, un son droit, direct, comme intériorisé. Rare et fulgurant, incisif, vif d’attaque et tout en nuances, brillant sans éclat, vigoureux et tendre à la fois, retenu par moment, très sérieux dans son engagement, on ne peut s’empêcher de le fixer pour essayer de comprendre comment « ça » joue. On écoute absolument sidéré cette musique, ardente dans ses commencements, nerveuse, qui entraîne au-delà de la sensibilité et du lyrisme. Sur une ballade justement, en duo avec le pianiste, il parvient à une émotion intense, d’une douceur qui peut faire mal. Il y a quelque chose de transcendant dans cette musique, faite de recueillement et de spiritualité. Et c’est en ce sens qu’Akinmusire fait penser à Coltrane. Car cette intensité va bien au-delà de l’instrument et l’on se sent emporté dans un maelström fiévreux. S’éloignant de la transparence et du contrôle, on plonge au cœur d’une origine que l’on ne connaît pas. Ambrose Akinmusire poursuit avec ses compagnons un dialogue fervent, construisant une forme plus narrative, très ouverte. Un jazz vif dans une aventure collective qui devrait s’installer tout en se transformant continûment. Un bien beau parcours, peu balisé qui suppose l’engagement d’une écoute attentive et complice. Le jeune trompettiste d’Oakland -il n’a que 33 ans- a déjà joué avec les plus grands, de Joshua Redman à Steve Coleman sans oublier notre « Frenchie » Michel Portal qui, fine mouche, l’avait appelé sur son « Bailador ». Il a signé sur le label Blue Note son dernier album au titre étrange « The Imagined Savior Is Far Easier To Paint ».

Si je suis surprise de ne pas vraiment « reconnaître » l’album que j’avais pourtant chroniqué ici http://www.lesdnj.com/article-ambrose-akinmusire-the-imagined-savior-is-far-easier-to-paint-123396294.html , c’est que le programme du concert ne reprend pas, dans l’ordre établi, le répertoire du disque. La musique a évolué au cours des tournées, en une année. Le groupe joue donc quelques compositions mais donne aussi la primeur de musiques inédites comme si les occasions de jeu offraient un territoire de création, un laboratoire pour recherches à venir. Comme si chaque concert permettait de repousser ses limites vers une nouvelle frontière ; c’est dire que ce quartet ne recherche pas la facilité, ne tient pas même à vendre ses disques après le concert.

Captivé de bout en bout par cette musique sensible, on ressent cette confiance indéfectible dans la musique, l’éternité du jazz, son essence. Ce que démontre paradoxalement l’art de ces musiciens est que plus ça vient de loin, plus cela sonne neuf.

@Forence Ducommun

@Forence Ducommun

Changement de set et contraste absolu avec le groupe suivant, co-animé par un duo chaleureux et bon enfant, le Sylvain Luc et Stefano Di Battista  Quartet. Sans transition, on revient à une musique européenne, mélodique et lyrique. Accentuant encore leur versant naturel pour ce style, le guitariste basque et le saxophoniste romain ont choisi de reprendre des thèmes connus d’Ennio Morricone, de Michel Legrand, de Nino Rota...Ils jouent le répertoire de leur dernier album Giu’ La Testa sorti chez Just Looking productions l’an dernier. 

S’entend alors une musique plus lisse sans être facile, qui fait la joie du public qui en redemande, soulagé  peut-être après la tension du concert précédent, incandescent. D’autant que le duo fait le show avec simplicité et gentillesse. Les deux gaillards peuvent tout jouer : du jazz funk avec une reprise de Ray Charles, du jazz rock avec le «Dingo Rock » de l’incontournable Michel Legrand, du trad, des ballades.  Certains des thèmes choisis font partie de notre mémoire collective  comme « La Chanson des Jumelles » ou les compositions de Morricone pour le cinéma, toujours émouvantes que ce soit « Love Theme For Nata » ( Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore) ou «Giu’La Testa» d’ «Il était une fois la révolution» de Sergio Leone. Tout invite à la danse dans cette musique sans prétention qui coule sans effort avec une rythmique irrrésistiblement entraînante, le chevelu Pierre François Dufour à la batterie et l’élégant Daniele Sorrentino à la basse électrique.  Ces musiques se transforment au gré des variations tout en se parant des couleurs de la nostalgie, comme dans « Touch Her Soft Lips And Part » de William Walton où l’on pourrait entendre des effluves des Beatles, avec un sax soprano délicat. Ainsi se finit avec un rappel chaudement acclamé, la première soirée du festival. On ne boudera pas son plaisir, le jazz est aussi une musique de divertissement et de plaisir qui se consomme sur place et dans l’instant ; surtout quand elle est interprétée par des virtuoses qui ne se prennent pas au sérieux et jouent en jouant.

Sophie Chambon

Florence Ducommun

Florence Ducommun

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 19:09
Pascal SCHUMACHER : "Left Tokyo Right"

www.laboriejazz.fr

www.pascalschumacher.com

https://www.youtube.com/watch?v=0RDtAAhW3h8

Pascal Schumacher (vibraphone, compositions)

Pol Belardi (basse, contrebasse)

Franz von Chossy (piano, fender)

Jens Düppe (batterie)

Sylvain Rifflet (saxophone)

Verniri Pohjola (trompette)

Guests : Magic Malik (flûtes) et Aliénor Mancip (harpe)

Ce LTR album du vibraphoniste Pascal Schumacher ne signifie pas « Long term relationship » mais LEFT TOKYO RIGHT. D’une voix douce, dans le petit film promotionnel du label Laborie, il explique la genèse de cet album à 8, conçu après une résidence au Japon. En bon occidental, il a vite été fasciné par la dualité de la civilisation japonaise prise entre tradition et modernité. Ce qu’il exprime dans un travail sur les contrastes dans le titre éponyme « Left Tokyo Right » au juste milieu de l’album. « Left » représentant les quartiers modernes de Tokyo, ceux des néons et du J pop, alors que « Right » fait référence aux temples, aux femmes en kimono, aux joueurs de taiko. Vraiment séduit, le vibraphoniste a ensuite fait des séjours privés reliant Tokyo à Kyoto et Nagano dans une découverte plus approfondie de l’âme de ce pays.

Après cinq disques sous le nom du Pascal Schumacher quartet, il était temps de faire évoluer sa musique : aussi au quartet belge initial, composé du batteur de Cologne Jens Düppe et du pianiste allemand Franz Von Chossy, s’est rajouté le bassiste électrique luxembourgeois Paul Belardi. Voulant ouvrir encore davantage à d’autres influences, Pascal Schumacher a fait venir le trompettiste finnois Verneri Pohjola, emblématique pour lui d’un renouveau de l’instrument, un son feutré mais moderne ; ayant déjà travaillé en duo avec le saxophoniste français Sylvain Rifflet, il lui demanda son concours pour alimenter en tant que souffleur mais aussi « percussionniste » la machine à jazz qui se créait.

Enfin deux invités, le flûtiste Magic Malik indispensable pour donner cette coloration japonaise de la flûte shinobue sur « Lilia » par exemple et la harpiste Alienor Mancip dont l’introduction de «Sakura -San » nous immerge dans une pluie de fleurs de cerisiers.

Ainsi aux commandes d’un nouvel équipage, Pascal Schumacher mène à bien un projet ambitieux, dévoilant un arrière-pays attachant, qui ne cache en rien un authentique travail de recherche, de placement et de répartition des rôles. On sent bien cette volonté délibérée de bousculer certaines lois du genre et d’imposer doucement sa manière mélancolique, parfois contrariée d’un entrain rebondissant.

La plupart des compositions sont du vibraphoniste mais il réussit une version envoûtante du thème principal du film Furyo d’Oshima, « Merry Christmas, Mr.Lawrence » (titre original) où la star de la pop japonaise Ryuichi Sakamoto, non seulement composait la B.O et ce tube planétaire à l’époque (1983) tout en affrontant David Bowie à l’écran.

Left Tokyo Right nous fait entendre une musique amoureuse et sérieuse, énergiquement rythmée tout en étant lyrique. Un savoir-faire « maillochique » poétique qui culmine peut-être dans « wabi-sabi », ce concept japonais qui combine harmonie et désordre. Un rêve de musique, sinon de vie.

Sophie Chambon

Pascal SCHUMACHER : "Left Tokyo Right"

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 23:44
CHICAGO REED QUARTET  : "WESTERN AUTOMATIC"

WESTERN AUTOMATIC

Mazzarella / Rempis/ Williams/Vandermark

Label Aerophonic

www.aerophonicrecords.com

www.davidrempis.com

Le label du saxophoniste chicagoan David Rempis, créé en 2013, Aerophonic, est la manifestation d’une indépendance voulue, assumée mais obligée qui pousse les musiciens à exercer un contrôle serré sur toute la chaîne de production musicale, à maîtriser la « fabrique » de leurs albums, surtout quand il ne s’agit pas d’une musique «main stream ».

Cet étonnant Western Automatic réunit en un quartet de saxophones paritaire, quatre générations de musiciens chicagoans, séparé chacun de dix ans, si l’on admet cet intervalle suffisant. Ils ont fourni deux compositions spécifiques, qui, après une série de répétitions et de concerts dans diverses salles de la ville, ont été enregistrées en une seule prise, lors d’un après-midi d’été, le 10 août 2014, au club The Hungry Brain.

On a ainsi l’occasion de découvrir l’étendue des registres de saxophones, du sopranino au baryton, tous, à l’exception de l’altiste Nick Mazzarella, empoignant divers horns et Ken Vandermark jouant aussi des clarinettes. Tout un florilège de styles qui révèlent ces fortes personnalités au travers de leurs compositions : après le « Burning Unit » de Mars Williams qui porte bien son titre, où le quartet démarre en vrombissant, pour virer ensuite à un climat de film noir, survient le délicat et presqu’ellingtonien « Remnants » terriblement velouté, qui contraste avec le « Broken Record Fugue » de Ken Vandermark plein de chausse-trappes, et de pointillismes où se poursuivent au baryton Rempis et Vandermark. Des morceaux qui prennent le temps, sans traîner pour autant, de développer des motifs complexes,au long desquels les quatre voix se répondent. Combinant lyrisme, spontanéité, rigueur et appétit de liberté, cet album nous abreuve d’une musique désirante, sans nostalgie, ouverte au contraire au monde actuel, avec parfois des échos au World Saxophone quartet.

La lecture de la presse spécialisée m’apprend que le quartet est mort-né, rupture due peut-être à des dissensions ou plutôt aux difficultés quasi-insurmontables pour trouver des gigs. C’est vraiment dommage et l’on ne peut que louer le saxophoniste David Rempis d’avoir enregistré cet unique et inoubliable moment musical.

Sophie Chambon

Sophie Chambon

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 23:40
THE REMPIS PERCUSSION QUARTET : " Cash and carry"

Dave Rempis (alto/tenor/baritone saxophones)

Ingebrigt Haker Flaten (contrebasse)

Tim Daisy Frank Rosaly ( drums)

Label Aerophonic records

www.aerophonicrecords.com

www.davidrempis.com

En ce début d’été, canicule annoncée, voilà de quoi se rafraîchir la tête... Suivez mon conseil et posez-vous pour écouter des groupes qui décoiffent...

Comme ce quartet très actif sur la scène des musiques improvisées de la Cité des Vents, fondé par le saxophoniste David Rempis, il y a déjà onze ans, avec les batteurs Tim Daisy et Frank Rosaly et le contrebassiste norvégien Ingebrigt Häker Flaten,

On s’aperçoit très vite qu’avec ces quatre musiciens, les possibilités sont presqu’illimitées, puisqu’ils savent à merveille déconstruire les mélodies de base pour mieux les réarranger en de nouveaux motifs. Et que leur aptitude à l’improvisation peut les conduire à des développements substantiels.

Deux pièces très longues composent donc cet album Cash and Carry, enregistré live, le 31 août 2014 au Club de Chicago The Hungry Brain qui semble bien être leur repaire : de sensibilité différente, la première composition «Water Foul Run Amok» ne fait pas moins de 39’14, alors que la dernière «Better Than Butter» est beaucoup plus ramassée 15’29.

C’est à l’ampleur et à la fascination du chant, à l’expression libre que ce quartet se réfère. Sans relâche le saxophoniste attaque, poursuit l’échange, le reprend en passant au baryton par exemple, avec une énergie indéfectible.

Dans la première composition, l’affirmation franche et précise au ténor dure près de 9’, soutenue par le pilonnement des deux batteries chargées à bloc alors que la contrebasse, proche et palpitante, n’est pas en reste. Puis, étonnamment,survient un passage long et méditatif, d’une douceur inquiétante ; car le répit, on le comprend vite, est toujours provisoire. Vers la 23ème minute, la pulsation de la contrebasse re joint le cliquetis-claquettes des batteries, en des motifs complexes influencés par les rythmes africains. Très vite, le saxophone revient tel un sifflet moqueur pour s’entretenir, vers la 31ème minute, avec la basse, avec en fond des interventions nettement plus légères des batteurs.

Quand il passe au baryton, David Rempis semble plus apaisé, rigoureux dans le phrasé, s’étant soulagé ailleurs de torrents de musique incandescente.

Pour la deuxième pièce, qui passe presque trop vite en comparaison, c’est la contrebasse qui attaque sur le crépitement des percussions, alors que le baryton la joue plus blues (pas bluesy, attention !). Vous l’aurez compris, nous sommes au cœur d’un dispositif de « wide open free jazz » avec des fragments de mélodie et des changements de rythmes contrôlés, une vibrante démonstration sans vociférations, plutôt rageuse et rebelle, un flot qui ne manque ni de délicatesse ni de force. Ces quatre là se connaissent depuis longtemps et n’ont aucune difficulté à converser, improvisant de façon si complice, en un élan continu, dans un arrière-pays transgressif. C’est dans de drôles de voies que nous entraîne ces amis qui ont joué et jouent encore dans des contextes très différents (pas moins de quarante groupes pour les batteurs). Ainsi s’entend dans cette musique sans parole, un seul chant qui exprime souvent la colère mais promet aussi la (ré)conciliation. C’est une vérité de « la chose » qui n’est sans doute plus «nouvelle» mais qui continue à se modifier : un projet collectif cohérent, intègre, constamment sous tension, dans une réelle urgence du jeu. A écouter sans modération...

Sophie Chambon

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 06:57
Eddy Louiss, musicien muticolore

Par Jean-Louis Lemarchand

Il avait intitulé l’un de ses groupes les plus ambitieux et pas seulement par son gigantisme-50 interprètes, professionnels et amateurs- Multicolor Feeling. Une définition en forme d’auto-portrait. Décédé à Poitiers le 30 juin à 74 ans, Eddy Louiss était bien un musicien polymorphe, sans œillères, qui se sentait aussi à l’aise dans le be-bop que dans les airs des Caraïbes de sa famille –son père, Pierre Louise, trompettiste, était originaire de Martinique- ou les mélodies africaines.

Cet éclectisme, Eddy Louiss l’a aussi manifesté tout au long d’une carrière débutée à l’adolescence en partageant son activité entre le jazz, sa véritable culture, et la chanson qu’il servit treize ans, à son instrument de prédilection, l’orgue, dans la formation de Claude Nougaro (rappelons le nom de quelques-uns des jazzmen employés par le « petit taureau toulousain », Lubat, Romano, Vander, Gaudry, Portal, Galliano….) . C’est d’ailleurs en chantant que le jeune Eddy fit ses grands débuts discographiques dans le groupe vocal Les Double Six en 1959-60 où il prend les solos de saxophone ténor de Bob Cooper (Sweets) et Bill Holman (Fascinating Rhythm).

Formidable d’énergie et de lyrisme, Eddy Louiss avait séduit Stan Getz qui l’engage au début des années 70 avec Bernard Lubat (batterie) et René Thomas (guitare). Ce sont ces mêmes qualités qui incitèrent le producteur Francis Dreyfus deux décennies plus tard à l’enregistrer en duo avec Michel Petrucciani (Conférence de Presse 1 et 2. 1994, 1995), qui s’avère un gros succès commercial. Il n’était pas moins brillant au sein du trio HLP formé en 1966 avec Jean-Luc Ponty (violon) et Daniel Humair (batterie) reconstitué en 2012 au Théâtre du Chatelet pour un des derniers concerts parisiens de l’organiste. Affaibli par une maladie qui l’avait privé de l’usage de ses jambes, Eddy Louiss avait du en effet réduire sérieusement son activité

Restera de ce musicien gargantuesque une discographie pleine de fougue et de lyrisme et le souvenir d’un artiste engagé qui participait ainsi à la Fête de l’Humanité en 1985 à un concert de soutien à Nelson Mandela aux côtés d’autres éminents témoins de la liberté d’expression musicale, Bernard Lubat et Max Roach.

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Discographie sélective : Les Double Six (1961), So What (1967), Dynasty (1971), Multicolor Feeling Fanfare (1988-89), Conférence de Presse (1994-95), Louissiana (1995), O Toulouse (2004), Taurorque (2010).

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