A l'occasion de la sortie du film de Walter Selles le 23 mai....
A découvrir au Musée des Lettres et du Manuscrit, 222 boulevard Saint Germain à Paris
l'exposition :
" SUR LA ROUTE, l'épopée, de l'écrit à l'écran"
A l'occasion de la sortie du film de Walter Selles le 23 mai....
A découvrir au Musée des Lettres et du Manuscrit, 222 boulevard Saint Germain à Paris
l'exposition :
" SUR LA ROUTE, l'épopée, de l'écrit à l'écran"
Nico Gori & Fred Hersch : « Da Vinci »
Bee Jazz 2012
Bruno Angelini & Giovani Falzone
If Songs- Vol 2
Abalone 2012-05-12
3 italiens et un Américain pour deux duos d’exception. Dans les deux cas, le même exercice où se révèle, lorsque les talents sont réunis et grands, la même belle complicité avec ce que cela suppose d’exigence de l’écoute mutuelle, de sens de l’harmonie et de l’anticipation du geste de l’autre. Car il n’y a pas d’écrit qui tienne ici. Chaque acteur de ce 1+1 se laisse aller à l’improvisation errante entraînant l’autre dans son sillage.
Qu’il s’agisse de Nico Gori à la clarinette ou de Giovani Falzone à la trompette, les deux acteurs sont ici lyriques avec cette faconde qui donne vie, qui anime, qui fait vibrer la musique et celui qui l’écoute.
Quant aux deux pianistes, là aussi exceptionnels, l’attention parallèle à ces deux albums révèle une conception radicalement différente de l’accompagnement, l’affirmation de deux présences distinctes. Fred Hersch lui s’inscrit toujours dans le prolongement du clarinettiste, dans la même intention, prolongeant dans son accompagnement ou ses impros celles de Nico Gori. A l’inverse, Bruno Angelini s’efface plus, joue parfois en clair obscur, en attente ou en résonance harmonique et rythmiques dont il drape les propos du trompettiste.
Dans les deux cas, c’est la même envie de faire que ces duos soient autre chose que la rencontre de deux musiciens. Faire que la musique sonne « riche » et ample avec le même souci de la poésie, de la poétique. Celle de Angelini et Falzone est plus intellectuelle, allant chercher parfois dans des incursions free. C’est une vraie réflexion avec ce que cela suppose d’intériorité ( Revolutions) et même de drôlerie comme ces comédies à l’italienne ( Il fanfarone)
Celle De Nico Gori et Fred Hersh est plus traditionnelle et s’inscrit dans une tradition jazzistique plus classique où l’avant scène est occupée par la mise en évidence des lignes mélodiques. Il y a de vrais moments de romantisme comme sur ce 2-5 ou de belles effusions de tendresse comme sur Doce de Coco où Gori a des accents qui évoquent Bechet. La marque des très grands clarinettistes, à l’instar d’un Eddie Daniels : lignes droites et courbes, puissance et clarté du son, placement rythmique exceptionnel. Rajoutez à cela la nonchalance élégante d’un Fred Hersch soyeux et gracile et surtout sa précision rythmique diabolique qui en font aujourd’hui l’un des plus grands pianiste de notre époque.
Ces deux albums sont de purs moments de grâce. Ils font partie de cet art exigeant si particulier au jazz, celui des duos. Cet exercice fait de partage et de respect d’où émerge la plus belle musique qui soit.
Jean-Marc Gelin
La Buissonne RJAL 397013/Harmonia mundi
Sortie le 17 avril 2012
On se souvient de Carlos Maza et de sa joyeuse troupe de musiciens cubains entendus en Avignon il y a juste dix ans :
il fut question de métissage, d’amitié et de générosité pour une musique amérindienne et sudaméricaine, fièvreuse et très inventive.
Le pianiste nous revient en solo, ou plutôt en homme orchestre, jouant d’ une guitare dix cordes, du merveilleux piano de
la Buissonne et de sa voix pour accompagner sa musique toujours itinérante.
Car à Cuba, tous les enfants, même les plus pauvres, reçoivent une sérieuse éducation musicale, le destin et le talent
feront la sélection. C’est ainsi que Carlos joue non seulement du piano, mais d’instruments à vent dont flûtes et charanga, sans compter le chant qui s’intègre à sa culture.
Louis Sclavis qui a l’art d’être présent, au bon endroit et au juste moment, écrit un texte sensible, en préambule de ce
Descanso del Saltimbanqui : « la musique de Carlos Maza c’est l’Amérique latine qui s’amuse avec l’Europe, une guitare espagnole qui s’amuse dans les mains d’un Indien, une flûte
inca qui s’introduit dans une sonate de Liszt. »
Il faut absolument s’armer du viatique de l’auteur pour percevoir l’origine de ces petites pièces, dédiées à chaque fois à
un ami : on s’aventure ainsi dans un imaginaire musical qui franchit allégrément les frontières, réunit des cultures différentes, propose des rapprochements impensables pour une oreille
formatée. On prend le livret et la musique fait le reste.
Au piano, Carlos a la virtuosité, l’impétuosité d’un concertiste classique (« Remando hacia del sol » ,
« Rosacolis », « El Amor en tiempos de crisis »). A la guitare, il s’inscrit dans une tradition plus populaire et locale, rendant hommage par exemple au voyage en train
-toute une aventure à Cuba- pour apporter la canne à sucre « El tren de Hershey », ou à sa mère avec cette cueca, danse populaire de couples et danse nationale du Chili (dont il est
originaire) « Cueca a mi Madre »
Le ciel est bon pour rêver, la mer est bonne pour naviguer… nous grandissons comme les plantes et tissons l’arbre de la
vie.
Dans cet hymne à la vie, à l’autre, l’humain, le frère, il est question de soleil, toujours, celui qui efface les
larmes dans le cœur de ce Chilien nomade, de chant évidemment, un chant incantatoire qui en appelle à la tolérance et à la paix entre les hommes, comme dans le final « Magia e ascenso».
Carlos Maza sait que le temps presse, c’est un poète qui écrit et compose ce que le cœur lui inspire, évoluant selon les rencontres et influences. Il célèbre à sa façon la grande île qui l’a
reçue dans une vision mystique, cosmique qui le pousse à transfigurer son art de toutes les façons, en y insufflant une musique inouïe, qu'il doit à son apprentissage classique, à un rythme et un
souffle rares, à l’ardente volonté de faire rendre à sa partition son contenu essentiel. Si la musique passe avant tout, Carlos Maza est sensible à tout le reste, et il ne se laisse pas réduire à
une tradition locale, déploie un univers musical cosmopolite en nettoyant les clichés d’un répertoire connoté, dans une mise en jeu du cœur et de l’âme dans cette musique intense et tendre. Il
garde la nostalgie d‘un âge d’or, sans perdre la lucidité et la réflexion que demandent des temps aussi durs et implacables. Une leçon d’optimisme à prendre … rapidement en méditant sur le
fond et la forme.
Sophie Chambon
Depuis quelques jours, tout le monde m'appelle Henriette….
Pourtant, Bob, le chauffeur d'une des navettes affrétées par le festival, m'indique qu'il y a aussi la potée sarthoise… et
le Jasnières pour faire glisser tout ça.
Me voici donc, débarquant au Mans pour la première fois, et constatant une fois de plus que jazz et gourmandise vont de
pair.
La gourmandise des oreilles d'abord, puisque le festival EUROPA JAZZ résonne au cœur de la ville, où trois lieux
historiques abritent les concerts de cette 33ème édition : la Collégiale Saint-Pierre-la-Cour, la Fonderie et l'Abbaye de l'Epau.
Abbaye de l'Epau - Photo E.
Lacaze
En pénétrant dans la Collégiale pour le premier concert de cette journée du jeudi 3 mai, des ondes sonores étranges me
happent et me chiffonnent les tympans. Au centre d'une petite scène à la dimension du lieu intime, se tient Fanny Lasfargues, la tête penchée sur le manche de sa contrebasse, une
mèche rebelle et pudique lui cachant une grande moitié du visage, comme si elle n'osait pas être vue. A sa droite, une table recouverte d'un tissu noir, où reposent ses accessoires, baguettes,
pinces… A ses pieds, outre le public accroché à sa musique, des pédales de sample qu'elle actionne doucement d'une jambe gainée de bas ajourés.
Fanny Lasfargues - Photo E. Lacaze
Je viens en fait de pénétrer de plain–pied dans une bulle sonore, comme si j'avais plongé dans le Grand Bleu. Les sons lancés par Fanny sont des plaintes de baleine, des murmures de dauphin, le ressac d'une vague tendre. Elle emporte le public dans son monde intérieur, agité parfois de montée puissante, bercé de boucles sonores hypnotisantes. Elle caresse les cordes de sa contrebasse avec le manche d'une baguette, les frôle de ses doigts, les fait grincer, les frappe. Son instrument devient tour à tour une percussion, puis un grand enfant qu'on punit, un amant qu'on cajole.
Une des touches originales de ce festival est la bonne idée qu'a eue Armand Meignan d'instaurer un entracte d'une heure entre les deux concerts du soir à l'Abbaye de l'Epau.
Magic Mirrors - Photo E. Lacaze
Posé comme un OVNI sur la pelouse, le Magic Mirrors sert de cocon à un ciné-concert joliment baptisé "Comme dans un rêve" : Guillaume Hazebrouck (clavier) et Olivier Themines (clarinette) enveloppent de musique les films muets "Sur un air de Charleston" (1926) et "La petite marchande d'allumettes" (1928) de Jean Renoir. Les deux musiciens donnent ainsi aux images une dimension encore plus surréaliste, qui permet de faire une pause hors du temps avant la seconde partie de concert. Le public a ainsi le choix entre se promener dans le parc, palabrer sur la première partie ou se poser dans cette bulle colorée aux lumières tamisées pour déguster un N&B rêveur.
Emmanuelle LACAZE
CD Gazebo/L'Autre distribution.
Laurent De wilde (p,cl), Ira Coleman (cb), Clarence Penn (dm)
Acoustique, le dernier opus de Laurent de Wilde l’est résolument. Né le 23 avril 2012, Over The Clouds, en gestation depuis 6 ans, s’ouvre avec un prélude : celui de Duke Ellington, le prélude au baiser…..Un baiser qui commence par l’amère effleurement chromatique du morceau, s’attendrit et tourne enfin en violente « dévoration », nous projetant non plus au dessus du ciel clair annoncé, mais dans les magmas du rock alternatif, ce qui n’est pas sans rappeler les plages autrefois plus électroniques du pianiste.
Un prélude dont la versatilité augure bien la suite de cette œuvre : une musique riche en émotions, inspiration, métisse de cultures, éthérée mais charnelle pour laquelle il s’est associé non seulement à ses musiciens habituels : Laurent Robin à la batterie et Jérôme Regard à la contrebasse, mais aussi à la verve outre-Atlantique à laquelle on doit la participation du contrebassiste Ira Coleman (avec lequel il enregistra notamment l’album « Spoon-a-rythm en 1997, qui lui vaudra une récompense aux Victoires de la Musique), et de l’illustre batteur Clarence Penn.
La composition éponyme est sans conteste un morceau maj
eur. Sa beauté mélodique et rythmique syncrétise parfaitement l’africanité et la modernité de la musique de Laurent de Wilde, qui excelle encore une fois au « piano balafon ». C’est au Nigeria que le pianiste nous transporte par la suite avec l’excellente reprise du morceau mythique du saxophoniste-chanteur Fela Anikulapo Kuti « Fefe naa efe ». Encore et toujours l’Afrique avec la composition Irafrica, issue de la plume d’Ira Coleman. On retiendra aussi « le bon médicament », une apaisante composition à la lenteur bienvenue après les fulgurations qui précèdent et Edward K, nouveau clin d’œil au Duke : une composition déjà présente sur l’album « Spoon-a-Rythm » mais dont Laurent de Wilde fait ici une version plus rebelle. L’album termine sur un thème d’actualité : New Nuclear Killer, en référence à la récente catastrophe japonaise, pays du soleil levant où le pianiste fit de nombreux concerts.
Pont mouvant entre deux mondes, Over the Clouds ouvre une nouvelle dimension à la discographie de Laurent de Wilde. Dépasser les nuages et accéder à la plénitude demande maturité et générosité, deux vertus que l’artiste-philosophe Laurent de Wilde possède et dont ce dernier album est l’incarnation musicale. Le « Over the Cloud Trio » sera sur la scène de Roland Garros le 6 juin prochain et le lendemain au Sunside. Patience…..`
Yael Angel
--- Envoyez-nous vos disques et maquettes ---
Jean-Marc Gelin
91 rue Villiers de l'Isle Adam
75020 Paris
@: jmgelin AT free.fr
|
Jean-Marc Gelin
|
|
Sophie Chambon
|
|
Julie-Anna Dalay-Schwartz
|
|
Tristan Loriaut |
|
Jérôme Gransac
|
|
Lionel Eskenazi
|
|
Pascal Rozat
|
|
Jean-Louis
Lemarchand
|
|
Patrick Audoux
|
Commentaires