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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 19:21
RUDRESH MAHANATHAPA : " Bird calls"

ACT 2015

Rudresh Mahanthapa (AS), Adam O'Farrill (tp), LMatt Mitchell (p), Francois Moutin (cb), Rudy Royston (dms)

On a coutume de dire que le jazz est affaire d'énergie. Si tel est le cas ( ce que je crois pour ma part) alors nous avons ici une belle illustration de ce que le jazz peut produire de meilleur. Et l'on dit souvent aussi que les grands jazzmen s'illustrent par les formations qu'ils fédèrent autour d'eux. Là encore, le saxphoniste indien réussit un coup magistral en réunissant autour de lui un véritable quintet de feu. Du genre à faire exploser les limites, à se dépenser sans compter comme des boxeurs sur un ring, avec autant de débauche d'énergie que de talents fusionnés.

Rudresh, on le suit dans ces colonnes depuis longtemps. Inventeur d'un language du saxophone mais dans le même temps héritier de Charlie Parker et de Jackie Mc lean, il est le pur produit de ce que le jazz engendre de métissage heureux. Sans aculturation et sans revendicaton identitaire. Simplement par le mélange d'une culture propre avec les idiomes d'un jazz acoustique bop, hard bop ou d'essence coltranienne. Ce sont des créateurs. De ceux qui inventent ainsi un nouveau language et ouvrent de nouvelles portes au jazz. Vijay Yyer, Miguel Zenon ou ...Rudresh Mahanthapa sont ainsi l'illustration de ces nouvelles formes créatrices du jazz qu'ils font naître au pays d'un Oncle Sam ouvert sur le monde.



Avec cet album Rudresh franchit une nouvelle étape. Le quintet y joue à un niveau exceptionnel tout au long de l'album.

Le saxophoniste, inventeur (on l'a dit) d'un nouveau language, réalise des trucs incroyables sur son alto capable de surfer, avec un lyrisme ébouriffant sur une sonorité parkerienne ou de passer dans la foulée à des sonorités et tonalités indiennes auxquelles il est par culture, attaché. Ses sinuosités reptiliennes contrechantent alors avec les flèches brillantes décochées par un Adam O'Farrill ébouissant à la trompette. L'entente entre les deux est étincellante et, même s'ils ne parlent pas exactement le même language ( c'est justement cela qui est passionant !) ils donnent le sentiment d'avoir trouvé un terrain de jeu propice aux émulations les plus riches. Il ya presque quelque chose d'un esprit New orleans d'un autre temps dans cette rencontre-là.



Derrière, la rythmique est galvanisante, survoltée notamment par un François Moutin qui comme à son habitude porte la baraque à bout de bras et la place sur orbite.



"Bid calls" ? L'envol de l'oiseau qui déchire le ciel ou bien hommage moderne à Charlie Parker ?

Dans les deux cas, on prend, et on en redemande ! Ca part dans tous les sens, ça explose, ça brille ! ça feu d'artifice.



Jean-Marc Gelin

RUDRESH MAHANATHAPA : " Bird calls"

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 09:36

1CD et 1DVD ( a film by Klemens Schiess)

Label BMC www.bmcrecords.hu

Enregistré au Be Jazz Winterfestival 2014 ( Bâle)

Autre expérience pour notre petit Suisse préféré qui, après avoir joué en duo avec son compatriote Lucas Niggli rencontre cette fois une autre équipe, un quartet de cuivres avec presque le même instrumentarium que dans son cher Hildegarde lernt fliegen, le formidable quartet Arte. Ajoutons un bassiste électrique dans cette formation sans batterie, où Andreas fait les rythmes, à sa façon, mais sans « drum beat ». Avec Beat Kappeler au tubax et baryton sax, et Wolfgang Zwiauer à la basse, ils constituent une section rythmique « grooving like hell », sortant un véritable « Klang » (« son »).

Car le quartet est une formation hermétique qui s’enrichit de l’apport de nouveaux membres, même occasionnels et ici de l’apport exceptionnel de ce formidable chanteur, compositeur. La première rencontre qui engendra cette collaboration remonte à 2011 où le quartet « engage » Andreas comme chanteur, fasciné par ses acrobaties vocales et artistiques, la plasticité de sa voix. Il utilise sa voix comme un instrument à part entière, en magnifiant son micro...

Il est un drôle de compositeur qui intègre des parties, des bouts spécifiques du travail des autres musiciens, comme des scans de leurs parties respectives, tous les sons du sopranino au tubax comme un miroir aux différentes facettes de sa voix. Il imagine des effets de trillles, multisons, slaps, effets de respiration ou de souffles. Pas de mélodies à proprement parler, même s’il s’inspire des quartets à cordes de Bartok et Ligeti en tentant de reproduire avec sa voix des effets saxophonistiques ou en imaginant comment sonnait le quartet. Il s’enregistre par fragments sur son téléphone cellulaire et au piano pour les parties harmoniques et les voicings.

Le bonus est particulièrement intéressant car Andreas Schaerer explique avec force détails sa façon de travailler, avouant dans un bonus qu’il a besoin d’une certaine pression pour finir ce processus de création qui ne se réalise qu’en accélérant au fur et à mesure que la date du « live » approche .

N’hésitez pas, écoutez et regardez .... une expérience intense !

Sophie Chambon

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 08:10
Andreas Schaerer’s Hildegarde Lernt fliegen

Live in Goettingen

Concert du 9 octobre 2013 au Jazz Festival Goetlingen

ENJA /YELLOWBIRD 2014

Supported by Swiss Arts Council Pro Helvetia

www.hildegardelerntfliegen.com

On a déjà dit aux DNJ tout le bien que l’on pensait des diverses productions du groupe helvète qui tourne tout de même depuis dix ans. C’est ici l’occasion une fois encore de vous conseiller de les écouter sur cd et surtout d’aller les voir s’ils passent près de chez vous. Ils sont à présent un peu plus reconnus en France et c’est amplement mérité.
J’ai eu la chance de rencontrer cet été aux Têtes de jazz à Avignon pendant le festival de théâtre, le formidable équipage emmené par le génial Andreas Schaerer. Ces petits Suisses sont sympas, simples, sans la prétention parfois très française d’appartenir à une exception culturelle....

Cette fois, vous pouvez vous faire directement une idée de la façon dont ils gèrent un concert, avec générosité et un grand savoir-faire en regardant ce DVD Live in Goettingen. Voilà un spectacle très maîtrisé, car on sait bien que cette folie apparente révèle une virtuosité acquise au prix d’un travail acharné.

Si l’adrénaline reste un meilleur excitant que le café, lors de leur rappel exécuté à la kalimba, aux flûtes à bec, avec les effets de gorge presque aquatiques de ce chanteur prodigieux, on est encore dans autre chose, une berceuse car il est tard... C’est qu’ils ont enchaîné deux concerts ce soir là, passant de Ravensburg à Goettingen après treize heures incluant le voyage. Ils présentent vaillamment leur spectacle dans ce théâtre à l’italienne, rococo, qui sied à merveille à l’aspect cabaret de leur performance Ainsi le live est présenté sur la piste d’un théâtre transformé en cirque avec une jolie écuyère à la Seurat. Les références sont multiples, Zappa évidemment, la formule « Cabaret » des années trente, les formidables excentricités des « Revellers » ou « Comédian harmonists », Nina Hagen et ses bizarreries vocales... même the Rock and Roll Circus des Stones.... C’est dire le meilleur intégré, digéré et adapté à notre actualité. « Don Clemenca » est un morceau très drôle, mise en scène par Maria Sigrist, très « nonsense » , avec un humour sans provocation, des idées à la minute et des musiciens hors pair qui savent aussi jouer et faire les clowns, avec toute l’autodérision que cela implique... Il y a de la diva dans la représentation du chanteur mais aussi du « human beat box ». Non content de savoir chanter, Andreas mêle tous les genres et c’est ce « fourre-tout » baroque qui peut surprendre en France où souvent les musiciens se prennent un peu trop au sérieux.

Voilà un DVD réalisé avec soin, avec des bonus extras et une « set list » qui vous permet de revoir directement chaque morceau, dont les titres sont toujours hautement improbables et difficilement compréhensibles pour les Français, comme « Seldom was covered with snow and an old oak »....Certains morceaux sont en effet repris dans le DVD, sous forme de clip avec une vraie mise en scène ingénieuse et « arty » : une vision transdisciplinaire du spectacle et de tous les arts et pratiques artistiques. Sans oublier le formidable travail graphique des affiches, flyers promotionnels, et couvertures des CDS et DVDS. On le répète, c’est une vision complète de l’art du spectacle qui ne néglige aucun « détail ».

Cerise sur le gâteau , un final marrant « Another encore », façon notre « Quatuor » (mis en scène par Alain Sachs en France) où chacun s’acharne gentiment sur la contrebasse.

Ne vous privez pas de ce plaisir....regardez vite ce live de Hildegarde lernt fliegen

Sophie Chambon

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 08:03
AARON GOLDBERG : » The Now »

Sunnyside 2015

Aaron Goldberg (p), Reuben Rogers (cb), Eric Harland (dms)

« The Now » c’est le titre très paradoxal du nouvel album du pianiste Aaaron Goldberg. Paradoxal puisque c’est dans un style très classique qu’il évoque des pianistes de l’âge d’or du trio piano-basse-batterie comme ceux de Bill Evans ou d’Oscar Peterson s'il ne fallait en citer que deux. On est ici dans une musique qui rompt avec les codes des « power trio » actuel pour revenir à une essence du jazz faite de groove, de drive, de phrasé élégant toujours proche des trames mélodiques.

Enregistré en studio à New-York l’album a la saveur et la spontanéité du live. Kurt Rosenwinkell y passe pour jouer sur un titre et Eric Harland et Reuben Rogers qui tiennent la rythmique sans y être particulièrement expansif font admirablement le job.

Même si ce n’est pas le plus abouti et plus personnel des albums du pianiste de Boston, « The now » est marqué par son style délicieusement décalé, un peu hors du temps. Virtuose mais avec cette virtuosité modeste qui ne donne jamais l'impression de vouloir tout écraser, de vouloir la ramener comme sur Background music où l’on croirait entendre ce bon vieil Oscar sortir de sa tombe. Du grand art assurément.

Chez Goldberg il y a toujours cette maîtrise du phrasé et du son qui le rendent extrêmement lyrique et virtuose mais avec une légèreté gracieuse.

Sans révolutionner les codes, sans retourner la table, ce trio aime le jazz, fait aimer le jazz raffiné, efficace, ce jazz de bonheur simple et d'optimisme frais.

Ne manquez pas son concert le 24 Février au New Morning !

Jean-Marc Gelin

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 10:10

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The Duke Ellington/ Billy Strayhorn Songbook

Collection 10h10 by Cristal Records

Distribution Sony Music Entertainment

Sélection musicale et textes de Claude Carrière

www.maisonduduke.com

www.cristalrecords.com

Voilà un coffret qui ravira les amateurs de jazz et rappellera aux moins jeunes qu’à la fin des années soixante dix, sur France Musique, Claude Carrière assurait tous les midis, le feuilleton intitulé TOUT DUKE. Le projet se proposait de raconter en l’illustrant la carrière formidable d’un des plus grands jazzmen. Excellence, élégance, génie, voilà les qualificatifs accolés à cet artiste universellement reconnu et aimé, une icône du jazz comme il n’en existe plus. Son œuvre a fourni l’un des plus grands héritages musicaux du XXè siècle :des musiques sacrées, des suites, des œuvres symphoniques autant que des standards.

Sort aujourd’hui sous la forme d’un coffret classieux et économique question prix, The Duke Ellington/ Billy Strayhorn Songbook. Car il n’est pas question d’ignorer l’alter ego du Duke, un formidable compositeur, auteur de certains des plus beaux standards de l’histoire du jazz. 5 volumes[i] couvrent la longue et fertile discographie du pianiste, compositeur, chef d’orchestre, exceptionnellement créatif et original (1899-1974). L’angle d’approche –car comment traiter de ce monument de l’histoire du jazz, s’intéresse plus particulièrement à l’influence du compositeur sur le Great American Songbook, puisque Duke Ellington a sa place auprès des plus grands : Jérome Kern, Cole Porter, Irving Berlin, George Gershwin....

La sélection musicale de 105 plages, les références discographiques sont soignées. Le livret est conçu avec soin avec des photographies et documents de collections privées sélectionnés par Claude Carrière. Les textes délicieux, aussi documentés que bien écrits sont du maître et proposent des pistes intéressantes : comment fut mené le travail d’équipe avec ce formidable orchestre, quelles furent les porte-voix de cette musique et enfin les mots des paroliers qui accompagnèrent cette entreprise... On le voit, un labeur d’une vie et «a labour of love» que nous restitue un expert du jazz qui fit beaucoup pour développer le goût du jazz sur les ondes dans les années fastes de cette musique....avec entre autre, son Jazz Club tous les vendredis soirs co-animé avec Jean Delmas. Rappelons enfin que cette production est adoubée par la Maison du Duke et Laurent Mignard qui garde la mémoire et entretient le culte d’une certaine façon, aujourd’hui.

Merci de nous avoir concocté ce petit bijou, ce bel objet, qui rappellera aux jeunes et moins jeunes, amateurs ou néophytes, d’où vient le jazz et ce qu’il représente dans l’imaginaire collectif. Comment l’oeuvre de Duke a enchanté et continue d’enchanter les racines de cette musique.

Hip hip hip hurrah pour la Chanson du Duke, véritable mélodie du bonheur....

[i] Vol.1 It Don’t Mean A Thing

Vol.2 Jump for Joy

Vol.3 Just Squeeze Me

Vol.4 Sophisticated Lady

Vol.5 Satin Doll

Sophie Chambon

LA CHANSON DU DUKE

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 10:05
Le pianiste Laurent Coq sort un nouvel album : PARTICIPEZ !!!

Et si on inventait la musique participative ?

Participez via kisskissbankbank au prochain album de Laurent Coq à paraître sur le nouveau label créé par Vincent Bessieres , "Jazz & People"

Prenez 5 mn de votre temps pour regarder la vidéo de présentation et vous serez convaincus....et conquis

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 18:29
Isabelle olivier : " Dont´t worry, ne harpy !"

Isabelle Olivier : Harpes



Marc Buronfosse/ Larry Gray : Contrebasse/ Basse



Fabrice Moreau/ Paul Wertico : Batterie/ Percussions



Céline Grangey : Electronique



Compositions Isabelle Olivier



Direction artistique version française Bojan Z

Enja / Yellow Bird - distribué par Harmonia Mundi (2015)





De bout en bout, aux ondes de ses cordes, cet album vibre et nous fait vibrer. Nous embarque vers des villes et des rivages. Nous met les sens en éveil. Nous fait nous sentir un peu plus vivants. Jean-Marc Gelin

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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 08:48
Laurent Cugny Une histoire du jazz en France Du milieu du XIXe siècle à 1929

Editions Outre Mesure

Collection Jazz en France

(607pages, 43 euros).

www.outre-mesure.net

Voilà l’étude qui manquait en ce début du XXI e siècle où l’on continue à s’interroger sur le sens du mot jazz et les formes que prend actuellement cette musique. L’excellente maison d’édition OUTRE MESURE dirigée avec passion et compétence par Claude Fabre a sorti en cette fin d’année 2014 une étude transdisciplinaire des plus complètes, parfaitement documentée sur « l’objet jazz » dans toutes ses dimensions : musicale, sociale, culturelle, économique... Ainsi est resituée, dans l’histoire culturelle française, l’évolution de cette forme musicale, tant il est vrai que notre pays occupe une place de choix dans l’histoire du jazz.

La France fille aînée du jazz ? Oui et pour de multiples raisons : les musiciens qu’elle a donnés à cette musique, la diffusion à grande échelle et enfin la mise au point d’une méthodologie reconnue d’analyse, donc de commentaires critiques.

Le projet de cette histoire du jazz en France suit un axe chronologique évident, depuis les débuts jusqu’à la fin du XXè siècle. Un travail de longue haleine qui demandait une réelle expertise. Pour mener à bien cette tâche et déjà un volume introducteur de la première histoire du jazz en France, il fallait un solide chercheur universitaire, musicologue, et musicien évidemment. Tout naturellement c’est Laurent Cugny dont on peut souligner ici les compétences universitaires et l’expérience de chef à l’ONJ, créateur du Big Band Lumière, qui a dirigé les opérations.

Cet ouvrage de grande tenue intéressera les néophytes comme les amateurs éclairés puisqu’il pose de vraies questions de méthode, s’intéresse à la galaxie jazz dans tous ses prolongements et ramifications, empruntant aussi les chemins périphériques. Il évoque aussi bien le racisme que la place des femmes dans l’histoire du jazz, s’intéresse aux échanges internationaux, aux revues de music hall, aux principaux musiciens afro-américains, à la confrontation du jazz et de la musique savante, aux médiations et médiateurs, à la littérature et au commentaire en français...

Vous l’aurez compris, ce premier tome est passionnant et très complet, dans une présentation claire et efficace. Il est doté d’une savante bibliographie qui inclut les sources les plus récentes, d’un index soigné incluant toutes les rubriques possibles (musiques savantes, morceaux, revues, « musicals », opérettes, formations), d’une iconographie riche de documents rares ou inédits. Il devrait répondre non seulement aux interrogations les plus diverses mais éclairer les lecteurs sur l’importance du jazz en France et dans le monde. Une référence supplémentaire dans le catalogue déjà exceptionnel d’une maison d’édition dont la qualité n’est jamais prise en défaut.

Attendant avec impatience la suite qui traverse deux siècles de notre histoire, vous ne serez pas surpris d’apprendre que ce labeur colossal (« labour of love ») a reçu, et c’est plus que mérité, le prix du Livre de Jazz de la très honorable Académie du Jazz.

Sophie Chambon

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 23:06
Richard Galliano & Sylvain Luc- La vie en rose, rencontres avec Edith Piaf et Gus Viseur.

Milan/Universal. Janvier 2015.

L’accordéon et Edith Piaf ce fut une belle histoire d’amour. En 1940, la jeune parisienne interprétait L’accordéoniste de Michel Emer (1)avec à l’instrument qui était loin du « piano à bretelles » dans les mains de Gus(tave) Viseur. Un belge qui délaissa le musette pour le jazz et donna le meilleur de lui-même avec le Gotha manouche à commencer par Django. C’est justement pour rendre hommage à ces deux artistes de cœur et de caractère, nés il y a exactement cent ans, que Richard Galliano s’est associé au guitariste Sylvain Luc.
Visiblement Richard le méridional a retenu l’ultime conseil que lui donnait le bassiste Jean-François Jenny-Clark (cité dans Jazzman. Décembre 1999) : « Fais attention avec qui tu joues ». Les deux musiciens se connaissent, ne serait-ce que par leur appartenance au label Dreyfus dans les années 1990. Ils s’apprécient et nourrissent la même passion pour ces deux héros de la musique, Edith et Gus. Leur choix se porte sur un répertoire partagé, même si Piaf l’emporte avec douze titres dont les célébrissimes La vie en rose (texte de Piaf et musique de Louguy), Sous le ciel de Paris, La foule ou encore Hymne à l’amour, contre quatre pour Viseur y compris la swingante Flambée Montalbanaise. L’approche est minimale, acoustique, sensible, sans fioritures ni pathos. Ni l’un ni l’autre ne cherche à en rajouter, à étaler sa science. En un mot, le respect mutuel. L’authenticité de Piaf et Viseur nous apparaît dans toute sa force tranquille. L’album devrait plaire aux amateurs de la belle chanson française et aux fans de jazz, ce n’est pas son moindre mérite. Jean-Louis Lemarchand

Richard Galliano et Sylvain Luc en concert le 6 février au Théâtre La Traversière. 75012.
(1). Dans un style différent, on se réfèrera aussi à « Hommage à Edith Piaf » (1994. Barclay-Polygram-Verve) signé par l’accordéoniste Marcel Azzola, qui enregistra en 1954 avec Edith Piaf Sous le ciel de Paris. Dans cet album Azzola donne sa version de L’accordéoniste, La vie en rose, Hymne à l’amour avec des partenaires tels que Stéphane Grappelli, Stéphane Belmondo, Jean-Philippe Viret ou Pierre Michelot.

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 08:39
HUBERT DUPONT Vox XL
Label Ultrack / Distribution Musea/UTK 1003

www.ultrabolic.com

Mike Ladd (rap, slam), Ibrahim Diassé (tassou, tama drums), Hubert Dupont (electric bass), Hervé Samb (acoustic guitar), Naïssam Jalal(flute), Maxime Zampieri (drums), Djengo Hartlap (live sound design)

En ces temps plus qu’agités, il est bon d’écouter une musique autre, au delà des frontières géographiques et musicales, se moquant des styles et des genres, les mixant en un mariage des plus heureux. Hubert Dupont est de ces musiciens qui prennent le monde pour un terrain de manœuvres, pacifiquement musicales sans faire cas des classements et autres étiquettes.

Mais au fait est-il si inclassable que cela, ce nouvel album à la voix majuscule, justement intitulé Vox XL, où deux voix magistrales se mêlent en une joute amicale , celles du slammeur blanc, anglophone Mike Ladd et du Sénégalais Ibrahima Diassé qui scande en tassou, slam traditionnel wolof ? On se laisse très vite embarquer (« multi kutsi ») par le chant particulièrement envoûtant, sans dates, références et figures mythiques évoquées- ce qu’a su très bien faire Mike Ladd dans ses expériences précédentes. Cette fois Mike Ladd s’est plongé dans la musique africaine en réponse à Ibrahima Diassé, pour créer un parcours personnel qu’ils égrènent au fil des titres et improvisations des amis qui l’entourent. Ils orientent différemment leur propos, tirant chacun le fil de leur pelote de mots. Slam, rap, sprech gesang, travail dans les marges, comment ne pas plonger dans ce vertige de mots, de sons qui prennent chair ? Le tempo qu’ils installent est stimulant avec les respirations logiques parfaitement marquées, soulignant rythmiquement l’agilité de la pensée qui court. Les parenthèses même sont pleines de vitalité et les pauses bienvenues pour entendre mieux la mélodie comme dans « Baisse la clim », que reprennent les autres musiciens, excellents dans chacune de leurs interventions ; pour les fragments ou fredons de ces musiques populaires retravaillées, c’est un texte de chair, une langue qui s’incarne dans un corps pensant et non dépourvu d’affect.

Après Jasmine qui évoquait les révolutions du monde arabe, nous nous enfonçons plus au sud, non loin du Timbuktou d’Abderrahmane Sissako. Un dialogue magnifique s’engage entre l’Américain devenu Parisien et le Sénégalais, sans pour autant que les cultures des deux mondes s’affrontent. C’est plutôt du côté des ressemblances et des affinités, bien évidemment électives, que se retrouvent les musiciens, pointures singulières choisissant de se présenter en collectif. Hubert Dupont, contrebassiste raffiné, est aux avant-postes accompagné comme dans le disque précédent de la splendide flûtiste Naïssam Jalal. Les tambours tama se joignent aux fûts virtuoses de Maxime Zampieri sans désordre aucun et la basse électrique s’allie à la guitare acoustique, délicate et sinueuse d’Hervé Samb, complice du contrebassiste jusque dans le final « Juska Juska » où pour une fois, on n’essaie pas de comprendre ce qui se dit, même si on capte quelques mots envoyés d’une bouche gourmande. Contrairement à l’expérience précédente de Ladd sur The waste Land de T.S.Eliot, ce ne sont pas les mots mais les rythmes qui prédominent et le flow qui évidemment swingue puisqu’il est réussi. La musique se déploie dans l’espace, vibrant en expansion, poétique et irrésistible, efficace et douce à la fois.

Ajoutons que cet album qui fut enregistré live aux Musiques au Comptoir en banlieue parisienne y sera également présenté en version concert le 6 février prochain. Un bon conseil, allez y nombreux ! Ce spectacle peu ordinaire mérite le détour.

Sophie Chambon Label Ultrack / Distribution Musea/UTK 1003

www.ultrabolic.com

Mike Ladd (rap, slam), Ibrahim Diassé (tassou, tama drums), Hubert Dupont (electric bass), Hervé Samb (acoustic guitar), Naïssam Jalal(flute), Maxime Zampieri (drums), Djengo Hartlap (live sound design)


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