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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 21:30
Le jazz selon les Obama (Barack et Michelle)

Les Obama « adorent » le jazz. C’est Michelle qui l’a dit le 30 avril en accueillant un plateau de rêve à la Maison Blanche pour la Journée internationale du jazz : Dee Dee Bridgewater, Aretha Franklin, Herbie Hancock, Terence Blanchard, Chick Corea, Esperanza Spalding, Wayne Shorter, Al Jarreau, Diana Krall, Pat Metheny, Bobby Watson.
"Ce soir nous transformons ce lieu en Blues House", a lancé le président américain en reprenant les propos de Dizzy Gillespie qui candidat à la présidence en 1964 avait déclaré : « Ma première décision en tant que Président sera de nommer la White House, Blues House ».
"Le jazz est peut-être la réflexion la plus honnête de ce que nous sommes comme nation. Parce que après tout, y-a-t-il eu jamais une plus grande improvisation que l’Amérique elle-même ?. » a souligné Barack Obama. Né à la Nouvelle-Orléans, le président des Etats-Unis a évoqué son premier concert-donné à Honolulu par Dave Brubeck en 1971, auquel son père l’avait emmené, (« J’avais dix ans. J’étais scotché »).
Sur la même longueur d’ondes, Michelle Obama », née dans les quartiers sud de Chicago a rappelé qu’elle avait « grandi dans une famille de jazz ». "Chaque matin, mon grand-père démarrait la journée avec du jazz. Mon père était fou de jazz-à Noël on écoutait Miles Davis pour ouvrir les cadeaux et Charlie Parker pour célébrer un anniversaire. Et je me suis marié avec un homme qui adore aussi le jazz".
On peut consulter l’intégralité des déclarations de Barack et Michelle Obama sur le site officiel de la Maison Blanche. www.whitehouse.gov; Le concert a été diffusé le 30 avril sur la chaîne ABC.
Jean-Louis Lemarchand

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 20:21
Le roi René, René Urtreger par Agnès Desarthe

Le roi René, René Urtreger par Agnès Desarthe
Ed.Odile Jacob. Avril 2016. 262 pages.21,90 euros.
Il dirigeait son trio (Pierre Michelot, basse, Christian Garros, batterie) qui en 1956 accompagnait lors d’une tournée européenne Lester Young et Miles Davis. Soixante ans plus tard, il participait à un septette de rêve (Texier, Goubert, Guillaume, Besson, Pedron, Laurent, Le Lann) pour les 60 ans (eh oui ! aussi) de l’Académie du Jazz le 8 février au Chatelet. Que s’est-il passé entre temps dans la vie de René Urtreger ? C’est ce parcours pas du tout académique qui nous est conté dans « Le roi René », ouvrage signé par l’essayiste Agnès Desarthe. Fruit d’une collaboration avec le pianiste, le livre évoque une vie tourmentée sur le plan professionnel et aussi personnel, sans céder au travers de l’hagiographie. En confiance avec son interlocutrice, René Urtreger se livre. Jacqueline Urtreger, son épouse, confie à Agnès Desarthe (p.244) : « Ce livre que tu écris, c’est comme un testament pour lui. Un message pour ceux qu’il aime, pour ceux qui l’aiment, mais aussi pour ceux qui ne l’aiment pas ».
On découvre cette jeunesse parisienne des années 40, ses jeux avec son cousin Georges Kiejman, sa fuite dans les Pyrénées, sa mère, Sarah, déportée (et qui ne reviendra pas), son retour à Paris, son échec au Conservatoire, son travail chez un tailleur trotskyste (boutonnières de manteaux pour dames). On retrouve une carrière d’exception, marquée par un succès précoce (avec comme symbole Ascenseur pour l’échafaud en 1957 (1)), une auto-destruction (excès en tous genres), une période yé-yé (dont il garde de bons souvenirs, notamment auprès de Claude François), un retour flamboyant, libéré de ses démons personnels, et une sérénité actuelle toujours empreinte de cette remise en question, marque des Grands du jazz. La lecture est facile, les anecdotes ne manquent pas mais on referme cette biographie avec le sentiment d’avoir approché de près un artiste dans ses joies, ses peines, ses doutes, un jazzman -il revendique l’appellation avec fierté- qui n’a jamais baissé les bras.
(1). La photographie de couverture signée Jean-Pierre Leloir présente René Urtreger le 4 décembre 1957 au Poste Parisien lors de l’enregistrement de la bande-son d’Ascenseur pour l’échafaud, de Louis Malle. L’original du cliché publié dans le livret du CD édité en 1988 par Fontana -Polygram, montre René debout aux côtés de Miles Davis, auteur de la musique du film, et de Barney Wilen, assis à la console du studio.

Jean-Louis Lemarchand

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 20:34
FREDERIC CHAUDIERE : TRIBULATIONS D’UN STRADIVARIUS EN AMERIQUE

FREDERIC CHAUDIERE : TRIBULATIONS D’UN STRADIVARIUS EN AMERIQUE
Actes Sud - Babel
Juin, 2008 / 11,0 x 17,6 / 304 pages
Prix indicatif : 8, 70€
Par Yaël Angel

Frédéric Chaudière, luthier de renom à Montpellier et chroniqueur à Radio France nous conte l’histoire d’un chef-d’oeuvre à travers les âges : celui du violon Stradivarius dit « Gibson ». Commandé en 1713 à Antonio Stradivari par Philippe V d’Espagne mais refusé par l’émissaire de celui-ci en raison de sa couleur « troppo rosso », le violon va traverser 300 ans d’histoire. Une histoire chaotique et passionnante, qui commence, pour le lecteur, par le vol du violon dans les loges du Carneghie Hall. Nous sommes en 1936. Le « Gibson » appartient alors au célèbre violoniste Bronislaw Huberman, juif fuyant l’Europe nazie et fondateur de l’Orchestre Philarmonique d’Israël. C’est Julian Altman, jazzman névrotique en quête d’ascension sociale, qui est l’auteur du larcin. Julian Altman maquillera l’instrument au cirage noir pour en jouer contre un salaire de misère sur la scène des clubs de jazz bondés et enfumés, et lors de ses crises éthyliques, s’en servira comme cendrier et souffre-douleur. Ce vol, qui défraya la chronique à l’époque et donna lieu à des enquêtes de détectives privés, est l’occasion pour Frédéric Chaudière de faire un grand retour en arrière dans le temps pour nous raconter la vie de ce violon. Nous voilà plongés dans l’âge d’or de la lutherie de Cremone, en Italie, où officièrent notamment Antonio Stradivari et ses fils. Nous assistons à l’abattage des arbres, leur tri et leur tronçonnage en fonction de l’instrument à cordes souhaité. Dans les ateliers, on dessine, on coupe, on scie, on vernit, on colle, et le style de Frédéric Chaudière est tellement nourri de ses propres connaissances techniques sur ce sujet que les poussières et l’odeur des résines semblent parvenir jusqu’à nos narines. Nous suivons le violon qui pérégrine entre différentes mains, parfois celles de musiciens, parfois celles de collectionneurs, jusqu’à ce que Bronislaw Huberman en fasse l’acquisition pour se le faire voler à New York. Restitué plusieurs dizaines d’années plus tard contre hautes finances et en piteux état par la veuve de Julian Altman, le violon, dont la sonorité est restée magnifique, appartient aujourd’hui à Joshua Bell. Ce dernier l’enregistra pour la première fois sur son émouvant album « Romance of the Violin » (Sony Classical Records 2003). L’histoire de ce Stradivarius laisse imaginer celle d’autres instruments anciens qui, eux aussi, ont forcément eu leurs « tribulations ». Elle est touchante parce qu’elle ressemble à nos vies, faites de bonheurs et d’épreuves, et dont les aspérités rendent le son de « l’âme » encore plus vibrant.
Yael Angel

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 16:40
SÉBASTIEN TEXIER QUARTET  « Dreamers »

Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette, clarinette alto), Pierre Durand (guitare), Olivier Caudron (orgue) Guillaume Dommartin (batterie)

Enregistré à Rochefort en 2015

Cristal Records CR 240 / Harmonia Mundi

Après le quintette Toxic Parasites, et le CD éponyme publié en 2013, le saxophoniste-clarinettiste change d'instrumentation en conservant le même batteur. D'un trio qui associait originellement sax, orgue et batterie, surgit par l'adjonction d'une guitare une formule très marquée par l'histoire du jazz (Jimmy Smith, Brother Jack McDuff, Jimmy McGriff, mais manifestement aussi Larry Young). On est en effet dans un contexte d'effervescence, de groove et de cursivité qui entraîne les pieds et les neurones dans un désir de mouvement perpétuel. Des plages sur tempo rapide, qui cultivent le goût du vertige en mouvement, alternent avec des moments de mélancolie revendiquée, que ce soit aux clarinettes (Smooth Skin, Cape Cod ) ou au sax alto, avec un évidemment tropisme qui entraîne du côté d'Ornette Coleman (Dreaming with Ornette, Silent March ). Sébastien et ses partenaires assument ces bipolarités (groove/ballade ; passé/présent) avec une tranquille assurance, et un sens de l'engagement musical qui force le respect, et même l'admiration. Olivier Caudron, Pierre Durand et Guillaume Dommartin nous prouvent, s'il en était besoin, que les ambiances funky des années cinquante-soixante (Let's Roll ) n'ont aucun secret pour eux, même s'ils sont des musiciens d'aujourd'hui qui gardent les yeux rivés sur demain. Même chose pour Sébastien Texier, qui nous rappelle opportunément que l'amour du jazz englobe Lee Konitz autant d'Ornette Coleman, Phil Woods ou Joe Lovano : liste à compléter évidemment selon les inclinations de chacun....

Xavier Prévost

Extraits sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=_ZvBwRCUCtY

Le quartette jouera les 24-25 mai à Paris au Sunset

Le groupe jouera également le 6 mai au festival Jazz sous les pommiers de Coutances, en première partie du sextette « Sky Dancers » du contrebassiste Henri Texier, groupe auquel participe Sébastien Texier.

On retrouve aussi Sébastien Texier dans un enregistrement de concert avec Henri Texier, en quartette, en Allemagne et en 2015, qui vient d'être publié sur CD : chronique ci-après

SÉBASTIEN TEXIER QUARTET  « Dreamers »

HENRI TEXIER « Dakota Mab , European Jazz Legends vol. 5 »

Henri Texier (contrebasse), Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette, clarinette alto), François Corneloup (saxophone baryton), Louis Moutin (batterie)

Gütersloh (Allemagne), 22 octobre 2015

Intuition INTCHR 71317 / Socadisc

Régulièrement le théâtre de Gütersloh (en Rhénanie du Nord-Westphalie), avec le concours de la revue Jazzthing et de la radio publique WDR de Cologne, organise des concerts qui mettent en valeurs ces musiciens européens qui ont forgé une identité spécifique de la musique de jazz sur notre continent. Henri Texier est du nombre (la série a également accueilli Enrico Pieranunzi, Alexander von Schlippenbach, Jasper Van't Hof....), et la publication de ce concert le rappelle opportunément. Le groupe est le « Hope Quartet », celui du disque « Live at L'Improviste », enregistré en 2012 et publié en 2014 par Label Bleu, mais avec quelques nouvelles compositions, dont le contrebassiste a donné des versions en sextette sur le tout récent « Sky Dancers » (Label Bleu / L'Autre distribution). Tout ça respire la chaleur inimitable d'une captation sur le vif, et si l'on aime Henri Texier, cette nouvelle publication nous devient indispensable. Les sept plages sont complétées par un entretien du contrebassiste, en anglais, avec Götz Bühler pour la radio WDR 3.

Xavier Prévost

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 16:20

AUTOUR DE CHET
Collectif fat. Yael Naïm (vc,g), Hugh Coltman (vc), Eric Truffaz (tp), Charles Pasi (vc, hmca), Sandra Nkaké (vc), Airelle Besson (tp), Bojan Z (p), Ibeyi (vc, perc), Benjamin Biolay ( tp, eh oui !), Camelia Jordana (vc), Elodie Frégé (vc), Alex Tassel (tp), Rosemary Standley (vc), Stéphane Belmondo (tp), José James (vc, Piers Faccini (vc, g), Luca Aquino (tp).
Christophe Mink (cb), Pierre françois Dufour (cello, percus), Cyril Atef (dms)
Verve 2016

Clement Ducol n’est pas totalement un inconnu. Ce jeune musicien et arrangeur de talent avait déjà réalisé l’an passé un magnifique hommage à Nina Simone dans l’album « autour de Nina » qui réunissait plusieurs musiciens et chanteurs. Aujourd’hui il récidive avec une autre figure légendaire du jazz, celle de Chet Baker.
Et pour rendre un hommage au trompettiste de l’Oklahoma il lui fallait logiquement réunir les deux pôles de la musique de Chet Baker : le chant et la trompette.
Alors Clément Ducal réunit des chanteurs de la nouvelle génération venus de tous horizons. Et il ne les réunit pas seulement sur l’album. Ils les réunit tous ensemble en même temps dans la studio. Histoire de créer l’osmose. Car autour de la figure de Chet se réunissent ceux et celles qui furent influencés par le chant poignant de Chet dont la dramaturgie a été une véritable école pour un grand nombre. Les chanteurs qui composent cet album viennent du jazz (Hugh Coleman, Sandra Nkaké, José James) de la pop ( Rosemary Stanley chanteuse de Moriarty, Piers Faccini, Charles Pasi) ou encore de la chanson ( Yael Naïm, Elodie Frégé, Camélia Jordana). Tous et toutes sont des voix exceptionnelles et des interprètes inspiés et particulièrement soulful. Magnifiquement accompagnés par des trompettistes à la fibre bakerienne comme Eric Truffaz, Stéphane Belmondo ( qui vient de lui consacrer un album), Airelle Besson, Luca Aquino ou encore, et c’est plus surprenant Benjamin Biolay qui a pour l’occasion préféré l’embouchure à la voix.

Au final cet album de all-stars est superbement produit avec de associations qui confinent au génie comme celle de Sandra Nkaké avec le son crépusculaire d’Airelle Besson sur un Grey december de légende. On marche à fond lorsque la chanteuse franco-cubaine Ibeyi donne un sérieux coup de jeune à Moon and Sand ou lorsque la chanteuse de Moriarty ralentit le tempo à l’extrême sur un Let’s get lost qui confine au désespoir. Tout comme la voix absolument renversante de Camélia Jordan qui tire des larmes sur a Thrill is gone déchiré. Les arrangements, avec ou sans cordes sont magnifiques même si l’on pourrait regretter parfois la tonalité un peu mélodramatique flirtant avec pas mal de clichés autour de Chet Baker. Heureusement Hugh Coltman avec Eric Truffaz au sommet, y mettent un peu de rage ( Born to be blue), Charles Pasi (it could happen to you) emballe le tempo à l’harmonica dans un style plus bluesy et la très très pulpeuse Elodie Frégé affole les compteurs et son auditoire masculin sur un But not for me torride accompagné d’un Axel Tassel réincarnant littéralement Chet Baker dans la musicalité de son improvisation.

De bout en bout de cet album on est pris, on est séduits par ce travail d’orfèvre de Clement Ducol empreint d’amour pour son sujet autant que pour ses interprètes.
Et cet amour-là on vous le dit est aussi communicatif qu’émouvant.
Jean-Marc Gelin

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 09:08
JULIAN LAGE  : «  Arclight »

Mack avenue 2016
Julian Lage (g), Scott Colley (cb), Kenny Wollesen (dms)


Je me souviens d’un jour au Cornelia Café à New-York où nous avions écouté le pianiste Dan Tepfer qui jouait alors avec un jeune guitariste que nous ne connaissions pas. Je suis sorti de là totalement fasciné par le jeu limpide et élégant de ce musicien à l’évidente humilité et dont j’appris plus tard en lisant sa biographie qu’il était un petit génie précoce de la six cordes, déjà repéré à l’âge de 8 ans. Aujourd’hui membre du groupe d’Eric Harland et du vibraphoniste Gary Burton, il joue avec les plus grands de la scène New-Yorkaise.
Et il joue et joue et joue encore comme si cela lui était aussi naturel que respirer. Comme s’il n’y avait rien d’exceptionnel là-dedans. Il joue comme s’il avait appris à tenir une guitare avant de savoir marcher.
Il signe aujourd’hui un album d’une fraîcheur remarquable. Sa sonorité étonne et ses inflexions un peu country semblent parfois sorties du répertoire d’un Bill Frisell ( Harlem blues), . Avec une volonté évidente de se démarquer des guitaristes d’aujourd’hui qui revendiquent leur filiation à Metheny ou à Rosenwinkell. Julian Lage déploie son propre langage. Il joue country on l’a dit mais dans le même temps très jazz ( Activate) avec une aisance et une agilité rare. Parfois il joue aussi avec un sens du picking très old school ( Persian rug) ou avec un sens du blues jouant élégamment avec les réverbes ( Nocturne). Il joue un peu free, un peu rock avec la même évidence. Dans chacune de ses notes, la même intention, la même intensité , le même charme. Il suffit écouter avec quelle classe il se promène sur ce standard, I’ll be seeing you !
11 petits morceaux courts enchaînés dans le même balancement léger de mélodies gracieuses (Presley) avec deux compères d’exception. Scott Colley gardien non seulement du temple rythmique mais affichant lui aussi un sens rare de l’assiste mélodique. Et le très zornien Kenny Wollesen au vibraphone et batterie qui quitte Marc Ribot pour donner à l’ensemble ce son doucereux du rêve éveillé.
Et c’est bien de cela dont il s’agit, d’un véritable groupe à la cohérence parfaite. Un ensemble en mouvement coordonné.

Cet album est un vrai bonbon. Une véritable sucrerie dans la production actuelle parfois si convenue.

Le jazz, c’est aussi cela !
Jean-Marc Gelin

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 19:43
Michel Petrucciani, Both Worlds Live

Michel Petrucciani
Both Worlds Live, Michel Petrucciani(piano), Anthony Jackson (basse), Steve Gadd (batterie), Flavio Boltro (trompette), Stefano du Battista (saxophone alto et soprano), Denis Leloup (trombone), North Sea Jazz Festival (10 juillet 1998) CD+DVD. et en bonus Live with The Hague Philharmonic (15 septembre 1997) et duo avec Steve Gadd (Montreux 16 juillet 1998) .2CD et 1 DVD. Francis Dreyfus Music-BMG. Avril 2016.

De Michel Petrucciani disparu le 6 janvier 1999 à New York, les amateurs pensaient tout connaître. Tant sa production discographique fut abondante. Ceux qui avaient suivi son parcours fulgurant regrettaient tout de même l’absence de trace physique de cette symphonie entamée et jamais achevée.
Dans un entretien qu’il nous avait accordé au printemps 1997 (et publié dans Paroles de Jazz.Editions.Alter Ego.2014) le pianiste confiait : « Je voudrais m'attaquer à quelque chose de plus européen et faire une expérience avec un orchestre symphonique, sur ma propre composition. C'est une grosse machinerie d'écrire pour un grand orchestre symphonique. Aujourd'hui, je dispose déjà de 25 à 30 minutes de musique. Mais je suis patient. Je me suis fixé comme délai d'achever cette oeuvre pour l'an 2000 ».
Ces 25 minutes sortent aujourd’hui dans les bacs lors d’une captation effectuée à La Haye à la fin de l’été 1997 avec l’orchestre symphonique dirigé par Jurre Haanstra sur des arrangements de Anders Soldh (un élève de Michel Legrand). « En retrouvant l’original de cet enregistrement, j’ai eu l’émotion d’entendre ce que je cherchais depuis longtemps »,témoigne son fils, Alexandre. Michel Petrucciani a fait le choix de ne pas prendre de section rythmique et de se présenter seul face –ou plutôt avec-une grande formation. Grand admirateur d’Arturo Benedetti Michelangeli, le pianiste prodige témoigne d’une profondeur propre à séduire les plus exigeants amateurs de « grande musique ».
Le coffret réalisé sous la direction artistique de Franck Avitabile, dont le premier album fut produit par Petrucciani, exploite le patrimoine de Francis Dreyfus Music aujourd’hui intégré dans BMG. Il propose également un concert donné à cette même époque par un groupe ayant beaucoup tourné baptisé Both Worlds pour refléter sa composition européo-américaine. Percussion et séduction font ici bon ménage. Le visionnage du DVD permet de saisir le style de Michel : « Ce qui m’intéresse, c’est la manière dont il attaque les notes, quel angle de doigt il utilise pour quel type de son », analyse Franck Avitabile.
Plus de quinze ans après l’envol de Michel Petrucciani, cet ensemble de trois galettes nous donne à entendre toute la diversité de la palette d’un interprète qui faisait chanter son instrument quel que soit le format adopté. Laissons le dernier mot au pianiste Franck Avitabile : « Ce sont deux manières de faire du jazz qui suscitent deux types d’émotion différents ».
Jean-Louis Lemarchand

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 10:49
BILL CHARLAP « Notes from New York »

Bill Charlap (piano) , Peter Washington (contrebasse) ,

Kenny Washington (batterie)

New York, 1-2 juin 2015

Impulse! 477 8388 / Universal

Le premier extrait que j'ai écouté, c'était à la radio, et en voiture : j'allume le récepteur pour écouter Open Jazz sur France Musique, et l'ami Alex Dutilh, et j'entends une improvisation en trio qui, par le voicing de ses accords, et l'accentuation des phrases, me fait penser à Bill Evans. Il y a des inédits qui viennent d'être publiés, ce doit être ça, me dis-je. Arrive la réexposition finale, avec une scénarisation qui me rappelle Ahmad Jamal (bien que sur ce thème, I'll Remember April, Jamal ait conçu une dramaturgie différente). En fait, quand vient ce qu'en radio on appelle la «désannonce», j'apprends que c'est Bill Charlap, avec ce trio qui existe depuis près de vingt ans, et vient de commettre ce nouvel opus. Bill Charlap, c'est une sorte de mémoire du jazz : mémoire du piano, dont il a connu bien des héros ; mémoire des standards, dont il est un expert encyclopédique, comme le fut naguère Jimmy Rowles . Une expertise forgée en accompagnant pas mal de vocalistes, parmi lesquels Tony Bennett. Mais Bill Charlap n'a rien d'un épigone multicarte, qui à la demande vous servirait une once de Flanagan, un zeste de Jamal, ou une belle tranche de Teddy Wilson. Profondément imprégné du songbook américain (ses parents étaient du métier), et des compositions de jazzmen, Bill Charlap est un homme de goût, qui redonne vie à des pans entiers de la tradition pianistique, sans ânonner, sans rabâcher, juste en insufflant ce qu'il faut de nouvelle vie pour que cela vaille la peine de tendre l'oreille. Des accents d'Erik Satie sur l'intro de A Sleepin' Bee (signé Harold Arlen) ; une savante décontraction (magnifiée par les balais de Kenny Washington) sur Make Me Rainbows, standard tardif des années 60 ; une délicatesse bondissante, à la Hank Jones, sur Not A Care In The World ou sur Little Rascal On A Rock ; un vraie pertinence bop sur Tiny's Tempo ; et une version plus que lente de On The Sunny Side Of The Street : tout se joue avec cette élégance qui distingue les Maîtres de l'instrument. Et Bill Charlap, assurément, les rejoint dans l'excellence qui scelle l'histoire.

Xavier Prévost

Courte présentation sur Youtube :

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 08:32
VIJAY IYER et WADADA LEO SMITH « A Cosmic Rhythm with Each Stroke »

Wadada Leo Smith (trompette), Vijay Iyer (piano, piano électrique, effets électroniques)

New York, 17-19 octobre 2015

ECM 4769956/ Universal

En découvrant ce disque, je me souviens de la première fois où j'ai pu écouter sur scène Vijay Iyer : c'était au Festival Banlieues Bleues, en mars 2005, au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers ; il jouait dans le Golden Quartet de Wadada Leo Smith, et j'enregistrais ce concert pour mon émission « Le Jazz, probablement.... » sur France Musique. J'avais été frappé par la singularité de ce pianiste, et chaque fois que je l'ai réécouté depuis, sur disque ou en concert, cette première impression ne s'est jamais démentie. Retrouver le pianiste en duo avec le trompettiste 15 ans plus tard me semble donc aller de soi. Leur collaboration, plus que sur la connivence, paraît reposer sur une sorte d'osmose. Un espace musical se dessine, sans que l'on sache toujours qui l'élabore, et chacun s'y love comme un chat qui découvre l'asile idéal. L'essentiel du disque est une suite en 7 parties, co-écrite par les deux musiciens. Elle est dédiée à Nasreen Mohamedi, plasticienne indienne disparue voici plus de 25 ans, et à laquelle le Metropolitan Museum de New York consacre une exposition jusqu'en juin 2016. Vijay Iyer est artiste en résidence dans ce musée, et c'est là que, voici quelques semaines, cette suite a été créée en concert. C'est un dialogue permanent entre les deux musiciens, entre des accents du jazz le plus libre, une musique modale ou atonale-selon les instants-, une expressivité exacerbée dans le recueillement, ou une segmentation rythmique que n'auraient reniée ni Stravinski ni Bartók. C'est prenant de bout en bout, comme un voyage en terre inconnue, où chaque horizon dévoilerait un monde neuf. Deux pièces encadrent cette suite : la première est signée par le pianiste, et la dernière, composée par Wadada Leo Smith, est une évocation de Marian Anderson, cantatrice pionnière de la communauté afro-américaine dans l'univers de l'opéra états-unien. Une œuvre de Nasreen Mohamedi orne la pochette de ce disque : elle ouvre par le regard l'accès à cette musique qui nous parle d'ailleurs et d'avenir insoupçonnés.

Xavier Prévost

Un extrait sur Youtube :

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 10:22
SONNY ROLLINS « Holding the Stage, Road Shows vol. 4 »

Sonny Rollins (saxophone ténor), Clifton Anderson (trombone), Stephen Scott, Mark Soskin (piano), Peter Bernstein, Bobby Broom, Saul Rubin (guitare), Bob Cranshaw, Jerome Harris (guitare basse), Al Foster, Jerome Jennings, Victor Lewis, Harold Summey Jr, Kobie Watkins, Perry Wilson (batterie), Kimati Dinizulu, Sammy Figueroa, Victor See Yuen (percussions)

Pori (Finlande), 13 juillet 1979 ; Paris, Olympia, 23 octobre 1996 ; Boston, 15 septembre 2001 ; Toulouse, 15 mai 2006 ; Londres, 24 novembre 2007 ; Marseille, 25 juillet 2012 ; Prague, 30 octobre 2012

Doxy Records - Okeh 88875192752 / Sony Music

Le Colosse du saxophone, qui n'est pas venu depuis plusieurs années enchanter dans notre pays les agapes festivalières, nous envoie un message, le quatrième d'une suite ouverte intitulée « Road Shows » et qui connut déjà trois volumes. Cette plongée dans les archives des concerts captés « sur le vif », souvent en Europe, mérite une fois de plus que l'on s'y arrête, pour une bouffée de plaisir ou une longue inhalation de nostalgie.... En ouverture, une ballade, In a Sentimental Mood, captée en 2007 au Barbican Centre de Londres : ballade exposée en toute liberté, à demi déjà dans la paraphrase, avec une ferveur et un recueillement qui va vite déboucher sur des envolées volubiles, mais toujours en vue du thème, car l'impro est ici mélodique ; et cela conduit à un stop chorus de près de deux minutes où le géant s'envole, laissant ses partenaires dans la sphère contingente du groupe qui ronronne parfois un peu trop. Vient ensuite Professor Paul, un thème dédié au saxophoniste Paul Jeffrey (partenaire de Monk, Gillespie, Basie, Mingus...., et qui dirigea les jazz studies à la Duke University de Durham, en Caroline du Nord, où il s'est éteint en 2015) : le thème est un démarcage sinueux de Without a Song, qui évolue ensuite vers un dialogue avec la batterie de Kobbie Watkins et les percussions de Sammy Figueroa, dans une atmosphère oxymorique où tension et décontaction se mêlent et se démêlent sans cesse. Après un court -et très intense- duo avec le guitariste Saul Rubin (Prague, 2012) sur Mixed Emotions, une ballade immortalisée naguère par Dinah Washington, Rollins embarque pour Keep Hold of Yourself, un blues sur tempo médium, en sextette (Paris, 1996) et plein jazz, avec un beau chorus du pianiste Stephen Scott, puis une jubilation du leader qui cite Mr P.C., et dialogue avec le fantôme de Coltrane, comme au bon vieux temps (1956) dans Tenor Madness ! Cette seule plage rendrait le disque indispensable. Une curiosité aussi : une composition de Rollins (Pori, 1979) intitulée Disco Monk, dédiée au Grand Thelonious, et qui assemble en un collage cahoteux (et presque chaotique....) des séquences binaires et des temps suspendus de ballade. On file ainsi de plage en plage, d'étonnement en anamnèse, jusqu'au medley final qui, après un stop chorus incendiaire de cinq minutes, débouchera sur l'inoxydable (et toujours indispensable) Don't Stop the Carnival. Du grand Rollins, une fois de plus, qui nous laisse rêveur : faisons un rêve en effet, et imaginons que, dans leur grande créativité archiviste, l'INA (Institut national de l'audiovisuel) et Radio France proposent au label Doxy de Sonny Rollins de rééditer le fabuleux concert du premier festival de jazz de Paris (celui des années André Francis), le 31 octobre 1980, au Théâtre de la Ville, avec Mark Soskin, Jerome Harris, et Al Foster. Il est toujours permis de rêver....

Xavier Prévost

Des extraits sur le site de Sonny Rollins :

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