
Enja 2009
Myspace
Roberto Fonseca (p), Javier Zalba (bs, fl, cl), Mercedes Cortes Alfaro (voc), Raul Midon (voc, g), Mayra Andrade (voc), Joel Hierrezuelo (perc), Omar Gonzàlez (cb), Ramsés Rodriguez
(dr)
En témoignent ses très nombreux concerts en Europe pour les mois d'été, dont Marciac,
Roberto Fonseca est un pianiste cubain très apprécié.
Akokan est son sixième cd et à son
écoute, quelque chose nous titille: qui est ce pianiste qui parvient à trouver un toucher sur son instrument si sensible en le combinant à de belles mélodies et aux rythmes savoureux des cultures
latines et africaines? Qui est ce musicien qui mêle si habilement les chansons, chantées en espagnol, yoruba et anglais, et les parties instrumentales inspirées du continent sud-américain?
Présentons en quelques mots le monsieur. Ne zappez pas ce cv de Roberto Fonseca, c'est édifiant!
Né à la Havane en 1975, cet enfant de musiciens est aujourd'hui considéré par ses pairs comme le musicien cubain le plus prometteur. Ces influences principales sont évidemment culturelles mais
proviennent aussi de la soul américaine et du jazz américain, en particulier Keith
Jarrett et Herbie
Hancock.
Dans les années 90, il marque ses débuts avec un premier cd au titre annonciateur
En el Comienzo. Puis il enregistre deux cds solo en 1999 et 2000 (
Tiene que Ver
&
No Limit). Il écrit la musique du film français "Black" de P.
Maraval, devient le producteur du groupe Hip Hop
Obsesión et arrange, produit et joue sur les cds
d'
Augusto Enriquez. En même temps, il joue avec des légendes cubaines comme Rubén
González, Cachaíto
López, Guajiro
Mirabal, Omara
Portuondo, Ibrahim
Ferrer... En 2002, il partage la scène du Tokyo Jazz Festival avec …
Herbie Hancock,
Michael Brecker et
Wayne Shorter. En 2006 à Paris, il joue live pour la présentation
d'été de la collection d'
Agnès B (qui a fourni la garde-robe de monsieur pour les photos du livret de ce cd). En 2007, il produit le dernier cd de Ferrer (Mi Sueño) et se produit à
Marciac avec Bebo et Chucho
Valdes et compose pour le festival le titre "Latin in Marciac" qui est utilisé à l'ouverture et à la fermeture des concerts sous le chapiteau de Marciac. En 2008,
Columbia Pictures choisit "Llego Cachaito", tiré de son cd
Zamazu, pour le film "Hancock" avec
Will Smith. En 2009, il sort
Akokan qui veut dire " coeur " en
yoruba.
Mises à part les deux pièces vocales courtes en introduction et en conclusion du cd chantées par
Mercedes Cortes Alfaro et le pianiste, la musique est jouée par un groupe à géométrie
variable allant du trio au quintet de la voix à la clarinette en passant par la flûte et le sax baryton joués par le multi-instrumentiste
Javier Zalba. Le noyau dur est constitué du
pianiste,
Omar Gonzàlez à la contrebasse et
Ramsés Rodriguez à la batterie auxquels se joint sur six pièces le percussionniste cubain
Joel Hierrezuelo. Ce trio/quartet est
intimement soudé dans le jeu et il n'existe pas un moment de doute ni d'incertitude sur le sujet. A partir de là, beaucoup de musiciens se seraient lancés dans un jeu touffu, rapide et démonstratif
pour aficionados du genre. Pas de ça chez Fonseca, son expression artistique prend son envol ailleurs. Les musiciens mettent leur complicité au service de la justesse, de l'émotion et de
l'expression de l'âme. En témoigne "Cuando Uno Crece" sur laquelle le jeu sinueux, mais pas tortueux, de Fonseca nous régale d'impressions cubaines qui nous rappellent délicatement Ray
Bryant et son "Con Alma". Puis le quartet s'agrandit avec la chanteuse à la voix suave et nostagique
Mayra Andrade du Cap Vert sur " Siete potencias ", dédiée aux saints et
aux esprits et à ceux qui font appellent au mystique, qui chante en yoruba. Fonseca fait appel aussi à
Raul Midon, le chanteur américain d'origine brésilienne, qui signe un titre ("Everyone
Deserves a Second Chance") et qui chante jazz pour clôturer le cd instrumental. Toute une esthétique qui mélange virtuosité et émotion et qui nous donne alternativement vague à l'âme et joie de
vivre.
Enfin ces musiques font corps. En fait,
Akokan fait penser à un scénario de cinéma. Comme dans les bons films, on y raconte une histoire, des éléments de la culture yoruba d'Améeique du
sud dans Akokan, et il est parsemé de moments forts qu'on se rappelle à loisirs, qui nous font vibrer et donnent l'envie de réécouter le cd. Tenez, écoutez "El Ritmo De Tus Hombros", "Everyone
Deserves a Second Chance" ou "Bulgarian" pour vous en convaincre.
Jérôme Gransac
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