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MuSt Records - dist. DG Diffusion - 2008
Une fois le cd en main, on se pose la question: PLM? Ca veut dire quoi? Ca a un rapport avec le prétendu "triangle d'or" footballistique du même sigle? Heureusement, non.
PLM sont les initiales des noms des trois musiciens (Stefan Patry/Bertrand Lusignant/François Morin) qui participent à ce cd. "PLM" : un clin d'œil au trio "BFG" (Bex/Ferris/Goubert) à la configuration instrumentale identique.
La formule proposée ici, orgue/trombone/batterie, est plutôt rare dans le monde de la musique; le dernier en date était le trio BFG, donc, dont l'album "Here and Now" avait eu un écho formidable dans les chaumières jazz... La clin d'œil est sympathique et dénote un certain humour de la part des membres de PLM. Et on est évidemment tenté de faire la comparaison avec BFG puisque la perche est tendue, mais PLM prend le risque ... d'en souffrir. Les trois musiciens de BFG sont des personnalités fortes et emblématiques du jazz français et, dans "Here and Now", il ressortait comme une sorte de confrontation de talents, de foisonnement d’idées. Ici, pas de personnalité qui accapare le terrain musical ou celui de la création. Au contraire, tout le monde est à égalité; chacun des trois musiciens a même proposé une composition personnelle qui figure sur le cd.
Mais la comparaison ne s’arrête pas là. Chez BFG, on se souvient d’Emmanuel Bex, plein d'imagination, contrecarré par un Ferris au répondant vif et pertinent alors que Goubert rentrait dans le jeu par moult finesses délicates. Pour PLM, il en est un peu autrement. Stefan Patry, instigateur du projet, est logiquement plus en avant que ses deux colistiers. Et c'est tant mieux car son jeu à l'orgue Hammond est empreint de justesse et de finesse et ce musicien doué a parfaitement intégré le langage bop, dispose d'une maîtrise totale de son instrument. Au trombone, Lusignant est convaincant et assez véloce. Morin, à la batterie, déplie un tapis rythmique impeccable qui permet à la paire trombone/orgue de foncer sur une autoroute "straight". Le trio est homogène, les instrumentistes sont très bons, jouent terrible et prennent leur pied. La communication et la motricité du trio sont bonnes, le jeu est profond avec ce qu'il faut de dramaturgie et une bonne musicalité ("Stolen Moments", "Question and Answer" ...). Enfin, comme le souligne dans les notes de pochette, un Jean Michel Proust plutôt emphatique, "Stolen Moments" bénéficie d'une prise de son remarquable. L’auditeur peut ainsi jouir véritablement des nuances de jeu des instruments.
Malgré la présence de ces nombreux points techniques, il manque un brin de quelque chose à "Stolen Moments". Comme de la créativité, de la gouaille ou une joie de vivre musicale. De plus, l'album est court et on regrette un peu qu'il n'y ait pas plus de compositions originales… et d’imagination personnelle : le morceau "Stolen Moments", par exemple, est très bien exécuté mais sans surprise. On anticipe même son déroulement à l’écoute.
On est certain que ce trio est capable de véritables prouesses mais, pour l’heure, elles restent à venir. Ce type de musiques, très vivantes parce qu'enregistrées dans les conditions du live, a l'intérêt de livrer le vrai talent des musiciens sans les « à-cotés » d'une post-production généreuse.
Malheureusement, on se demande si le côté "un peu sur sa faim" ressenti ne serait pas lié à une production un peu hâtive, sur le fil.
Jérôme Gransac