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Justin Time 2008

Yannick Rieu (ts), Nicolas Rageau (cb), Philippe Soirat (dm)




 

 On pourrait se croire descendant les marches étroites qui descendent à la cave du Smalls à New York et tomber sur ce petit trio qui joue acoustique et straight, du jazz comme on l’aime. C’est d’ailleurs peut être bien là que notre saxophoniste ténor y a rencontré ses compagnons de rythmique, Nicolas Rageau et Philippe Soirat, deux frenchies tous deux habitués des lieux. On s’y croirait d’autant plus que le saxophoniste canadien Yannick Rieu joue une musique qui ne détonnerait pas avec l’endroit, une musique qui vient tout droit de la tradition des trios pianoless. Cette tradition portée jadis haut par Sonny Rollins qui est ici une référence plus qu’évidente. Comment ne pas penser au fameux trio de Way out West ? Sauf que là c’est d’une autre cave qu’il s’agit puisque cet album a été enregistré à l’occasion d’un concert au «  7 lézards à Paris ».  Paris- Montréal- New York ici confondus dans le grand creuset du jazz. Car à l’exception de deux compositions personnelles, ce saxophoniste de Montréal qui fit jadis ses classes avec Jean-Louis Chautemps connaît par cœur son histoire du jazz et navigue avec grande classe entre différents standards butinant ici un Like someone in love, là un Freedom suite 1ère partie de Sonny Rollins (toujours là), I’ll Stop loving you ou encore I hear a rhapsody. Yannick Rieu tient de bout en bout son discours, celui du jazz brut, celui du son, celui de l’énergie, celui de l’inventivité du saxophone totalement libéré, dans la lignée des saxophonistes increvables comme l’étaient Rollins ou Gordon. Marathonien toujours lyrique, toujours maître de la pulse et du tempo, Yannick Rieu nous renvoie à ce jazz jamais mort, ce jazz brut, cette classe suprême du saxophone qui s’enflamme sans jamais brûler. Pas de couacs, pas de cris aigus ici, au contraire le saxophone ténor jusqu’au bout. Totalement assumé. Celui qui vient de l’après bop. Digression toujours cohérente autour d’un thème. Pas de tourneries autour des harmoniques mais ici la mélodie et la pulse qui seuls constituent l’ossature du discours toujours brillant sans donner l’impression de l’être, toujours intelligent et inventif sans jamais se perdre. Nous perdre. Un jazz qui nous fait revivre de belles heures que nous avions un peu oubliées. Que Rollins lui-même a un peu perdu en chemin. On se demande bien pourquoi. Jean-Marc Gelin

Mer 9 jui 2008 Aucun commentaire