Les Dernières Nouvelles du Jazz

DVD jazz


Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /2010 15:33

ALEXIS TCHOLAKIAN TRIO PLAY TIME  Live at the SWAN ****

1DVD  Aphrodite records /Scène TV Paris 2009

Alexis Tcholakian,Claude Mouton et Thierry Tardieu

tcholakian

La scène TV et Aphrodite records produisent et distribuent ce DVD PLAY TIME qui devrait  attirer votre attention sur le travail du pianiste Alexis Tcholakian que nous avons découvert pour notre part.

Voilà un concert enregistré live, au club parisien THE SWAN par le pianiste d’origine italo-arménienne, en trio, formule à laquelle il revient avec bonheur avec ses complices, absolument épatants, le contrebassiste Claude Mouton qu’il connaît depuis plus de dix ans et le batteur  Therry Tardieu. Le pianiste qui assure aussi la programmation du club depuis juillet 2008 (il a programmé près de 600 concerts) avoue qu’être de l’autre côté n’est pas inintéressant, même si c’est plus anecdotique d’une certaine façon, pour un musicien qui est supposé  « vivre pour jouer ». Mais Alexis Tcholakian  a créé autrefois une école de jazz  « Paris Jazz School » aujourd’hui disparue, preuve qu’il s’est intéressé  à autre chose, qu’il a aimé passer de l’autre côté du décor, avoir une vision différente, savoir comment la machine  fonctionne . C’est aussi apprendre à dire non ( le souci de tous les programmateurs),  mais aussi avoir la chance de faire de belles rencontres, donc des découvertes . La musique du trio se déguste d’un bout à l’autre de ce Dvd et l’on apprécie l’ambiance resserrée du Club, au plus près des musiciens. Ce qui frappe, dès les toutes premières notes du premier thème « You don’t know what love is » c’est le côté chantant, groovy, la façon de reprendre et revisiter les standards avec une belle énergie, une évidence lumineuse. Alexis Tcholakian avoue avoir été frappé, séduit par des versions inoubliables de certaines compositions, par exemple de la version de Jarrett du « With a song in my heart » de Rodgers et Hart.Avoir ensuite le désir de reprendre à sa façon ce standard, de se frotter à la musique, de choisir un chemin différent  répond à une véritable exigence et s’avère une tâche particulièrement audacieuse. C’est un enjeu déterminant dans la tradition jazz : Bill Evans, inlassablement, jouait plusieurs soirs de suite le même thème pour l’ « épuiser », pour se surprendre, pour arriver à le jouer autrement. Sur « I remember Clifford » du « fort en thème » Benny Golson (glisse malicieusement Pascal Anquetil qui nous livre en bonus une très intéressante conversation avec Alexis Tcholakian) c’est la version énergisante de Tete Montoliu qui avait retenu l’attention du musicien. Alexis Tcholakian en fait à son tour une ballade vivante, chaleureuse, moins nostalgique. De surcroît, le micro placé près du piano droit révèle comment Alexis Tcholakian accompagne de la voix (la proximité rend la voix très présente)son jeu au piano. Ceci dans une tradition du piano jazz qui va d’Oscar Peterson à Bud Powell sans oublier les râles et autres grognements inévitable du sieur Jarrett.

Les six thèmes sur ce DVD sont donc des standards, à l’exception d’un seul titre de Tcholakian  « E & Y » (en hommage à ses enfants ), tous plus groovy, et  « soulful », même les ballades « You Dont’know… ». Quant à la chanson de Billie Holiday  « God bless the Child » qui termine l’enregistrement , le trio en donne une version stupéfiante qui nous fait oublier (et c’est ma foi un compliment), l’interprétation de Billie. Les musiciens jouent cette chanson autrement, avec une fougue rare sur ce thème plutôt mélancolique.

Pour le titre de l’album, Alexis Tcholakian avait pensé à  « Here and Now » qui illustre l’ idée du jazz comme  musique de l’instant mais le titre  était déjà pris par une autre formation celle de Goubert-Ferris-Bex .Un autre titre Play Time s’est imposé rapidement, très adéquat lui aussi avec une notion sensuelle, presqu’érotique qui éclaire l’interprétation décomplexée de « With a Song in my Heart » ou  « For all we know ». Quel  bonheur de jouer  aujourd’hui ces superbes mélodies en les revivifant : les interventions de Claude Mouton sont particulièrement éclairantes à cet égard, soulignant autrement la qualité de ces compositions qui ont gardé leur potentiel de séduction aujourd’hui comme à l’époque de leur création..

 Allez donc au Swan si vous le pouvez, entendre ces vrais musiciens de jazz, tout à fait enthousiasmants.

Mais Alexis Tcholakian a déjà d’autres projets : le prochain objectif de ce pianiste attachant est de revenir à la composition, d’ interpréter en trio avec l’apport d’une chanteuse qui saurait mettre des mots sur ses compositions. Avis aux amatrices ! Sophie Chambon

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Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /2009 07:54

1 DVD Jazz Icons/ Abeille

Art Farmer (bugle), Jim Hall (guitare), Steve Swallow (contrebasse), Pete La Roca (batterie).

 

artfarmerlivein64

 

 

Les vrais amateurs de DVD de jazz, qui aiment que les jazzmen soient filmés avec goût, respect et talent, vont se régaler avec ce « Art Farmer Live in 64 », car une fois de plus, la collection Jazz Icons (c’est déjà la quatrième série), offre ce qui se fait de mieux dans ce domaine (et propose même un superbe livret de 20 pages). Le fabuleux quartette d’Art Farmer (avec Jim Hall) a eu une durée de vie assez courte (deux années), et nous ne remercierons jamais assez l’émission de TV « Jazz 625 » de la BBC, d’avoir immortalisé cette éphémère formation avec des images aussi soignées. Une lumière travaillée spécialement pour le noir et blanc et des cadrages composés avec un souci esthétique permanent et jamais gratuit, car ils proposent une passionnante profondeur de champ qui permet de mettre en perspective les musiciens entre eux. C’est bien vu car la forme colle parfaitement au fond : la musique intime et feutrée du quartette, au swing élégant et raffiné est filmée avec douceur et tact, nous montrant bien le principe de l’interaction musicale, en mettant en relation les musiciens entre eux. Et quels musiciens ! Art Farmer est au sommet, on a rarement entendu un bugle qui sonne aussi juste, tout lui paraît facile, des sensuelles et émouvantes ballades (« Dan That Dream ») aux morceaux plus rapides et véloces (« Bilbao Song »), il amène même une jolie bossa nova qu’il a composée (« Petite Belle »). Quant à Jim Hall, il est toujours replié sur sa guitare et sur lui-même, complètement habité par la musique et s’en donne à cœur joie sur « I’m Getting Sentimental Over You » où Art Farmer se retire, lui laissant tout le champ mélodique. La section rythmique est l’une des meilleurs de l’époque, c’est d’ailleurs celle qui composait le phénoménal trio de Paul Bley, avec un Steve Swalloiw moustachu d’à peine 24 ans assez méconnaissable et un Pete La Roca, de deux ans son aîné, à la fois discret et omniprésent. Un DVD qui vous remplira de bonheur ainsi que vos proches et que je vous conseille de mettre au pied du sapin le soir de noël.

Lionel Eskenazi

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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /2009 07:43

Jazz Icons 2009

Jimmy Smith (org, voc), Eddie McFadden (g), Charles Crosby (dr). « Jazz Icons ».  Naxos 2009.

On ne se souvient peut-être pas assez quelle star du jazz fut Jimmy Smith à partir du milieu des années ’50, n’hésitant d’ailleurs jamais lui-même à faire la promotion de son immense talent : musicien-phare de l’écurie Blue Note, en son volet le plus funky, transfuge-vedette chez Verve au tout début de la décennie suivante avec, à la clé, des hits en même temps que de purs chefs d’œuvre de swing gravés avec Kenny Burrell, Wes Montgomery ou Oliver Nelson, courroie de liaison du jazz vers le son  Motown avant de s’installer confortablement en Californie, auteur enfin d’un come-back remarqué au cours des années ’80. Ce DVD nous le présente dans une formule et sur un répertoire plus qu’éprouvés (« The Sermon », « Got My Mojo Worker » – qui permet d’entendre, ou de se remémorer, sa voix rocailleuse, « See See Rider », etc.), lors d’un concert à la salle Pleyel en 1969. Une partie de la ferveur rageuse des années ’50 s’est estompée et les choruses du guitariste Eddie McFadden, partenaire régulier de l’organiste, sont inégaux mais c’est néanmoins une prestation de belle tenue qui se déroule et qui, même si la qualité sonore pêche sur les ballades (le grand Rudy Van Gelder avait lui-même eu beaucoup de difficultés avant de réussir à capter les nuances d’intensité du son de Jimmy Smith), permet de se concentrer sur son discours harmonique (la poignante introduction de « Days of Wine and Roses ») ou sur des filiations insuffisamment approfondies (notamment, compte tenu de ce que le premier instrument de Jimmy Smith fut le piano, le phrasé petersonien de certains traits). Abordons l’aspect technique du DVD, quitte à encourir les foudres des pros de l’équipe ! Quatre cameramen opèrent ici mais doivent affronter un réel défi, celui de filmer en deux dimensions (pas de profondeur de champ vers le public ou entre les membres du trio, alignés sur un même plan). Ils s’en tirent assez bien quand ils surplombent les mains de l’organiste, dévoilant une technique qui lui était propre (sa main gauche notamment), ou bien, à la faveur de la dynamique musicale, lorsqu’ils divisent astucieusement le plan en deux (cymbale, clavier) ou, mieux encore, en associant par des surimpressions convaincantes les doigts de l’organiste et son visage inspiré et concentré. En revanche quand ils sont contraints de filmer le guitariste sur son épaule ou de dos faute (d’espace et) de travellings suffisamment amples…on souffre avec eux. A l’impossible….

Stéphane Carini.

 

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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /2009 21:57

Jazz Icons 2009

Art Blakey (dm), Jackie Byard (p), Nathan Davis (ts), Freddie Hubbard (tp), Reggie Workman (cb)

 



La collaboration entre l’éditeur jazz Icons et les archives de la télévision Britannique (BBC) ou Française (INA) permet aux jazz-fans l’accès à une masse documentaire intéressante parmi lesquels on trouve un florilège de concerts donnés en France dans les années 60. Après un précédent DVD consacré aux Jazz Messengers en 1958,  cette nouvelle série de Jazz Icons permet de découvrir notamment ’un concert donné en 1965 à Paris à la Mutualité par cette version des Jazz Messengers (intitulée Art Blakey «  New jazzmen ») qui prenait alors la suite de quelques autres versions dont la fameuse, celle ou Freddie Hubbard soufflait en même temps que Wayne Shorter et Curtis Fuller tandis que Cedar Walton prenait le clavierici occupé par Jackie Byard. Cette captation vidéo de moins d’une heure est donc d’autant plus appréciable que cette version des « New Jazzmen » n’est jamais entrée en studio. C’est autour du répertoire classique des Jazz Messengers que cette formation (les fines bouches diront que ce n'est pas forcément la meilleure mais.... ce sont des fines bouches) s’exprimait ce soir du 3 novembre autour des compositions du plus pur hard bop signées pour l’essentiel Freddie Hubbard (notamment The Hub, Crisis) et que le quintet balançait sur scène, sans répétition avec cette énergie parfaitement contrôlée des grands pros de l’écurie Blue Note. Et comme toujours avec Art Blakey ce que l'on entend d'abord c'est l’urgence de la pulse, c'est cette éclatante et impudique vérité du jazz, celle de l’accouplement sans gêne d'un batteur de génie et d'un contrebassiste pas moins inspiré, cette fornication féconde de la batterie et de la contrebasse devant laquelle les solistes héroïques tentent par un sursaut de pudeur de faire diversion en alignant des chorus qui ne parviennent pas vraiment à cacher que derrière eux une orgie rythmique s'en donne à coeur joie. Et ces solistes sont bels et bien magnifiques. A tout seigneur tout honneur, Freddie Hubbard omniprésent dans ce concert là, se révèle particulièrement en verve. Avec cette pétulance des "sûrs d'eux", cette franche attaque des notes de ceux qui savent qu'ils savent et qui ont l'air de tout entraîner d'une simple claque dans le dos. A ses côtés Nathan Davis fait le job et le fait bien même plutôt bien, avec une pointe de distance. Quand à Jackie Byard, déjà un peu la tête ailleurs, dans la musique d'après, dans l'inspiration qui suit le hard bop, il apporte ici un réjouissant décalage.

Si  ce  document  est plutôt bien filmé et bien construit on pourra néanmoins lui reprocher une image de qualité médiocre, plutôt cotonneuse. Mais on doit à nouveau rendre hommage au merveilleux travail éditorial que, fidèle à son habitude, Jazz  Icons  nous  propose,  allant  chercher  pour  l'occasion parmi les plus belles plumes du jazz pour étoffer ce DVd de liners particulièrement bien documentées. Ici ce n'est pas moins que Michael Cuscuna, célèbre producteur du label qui s'y colle et apporte un éclairage honnête et sans concession sur cette performance du 3 novembre 1965.

Jean-Marc Gelin

 

 


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