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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 07:08

ECM 2009

Tomasz Stanko (tp), Alexis Tuomarila (p), Jakob Bro (g), Anders Christensen (cb), Olavi Louhivuori (dm)

 

On  a  un  peu  d'appréhension avant de se lancer dans le nouvel album de Tomasz Stanko chez ECM. La crainte d’une esthétique archi-rebattue du label allemand. Celle d'entendre encore un trompettiste se perdre dans  les  méandres  davisiens d'une musique éthérée Si le risque avec  le nouvel album de Tomasz Stanko etait évidemment celui-là, force est d’admettre que le résultat final de cet album est plutôt une agréable surprise. Car ce n'est pas le moindre de ses mérites que de parvenir à naviguer autour de tels clichés  tout en les évitant de justesse. En s'adjoignant une nouvelle équipe composée de jeunes musiciens scandinaves (on notera la très belle présence du jeune pianiste finlandais Alexis Tuomarila) le trompettiste polonais s'en écarte clichés  pour  proposer  une  musique  basée  sur  des  superbes arrangements. Loin d'une musique figée, celle que propose le trompettiste est très évolutive et offre des compositions donnant aux musiciens de réels champs d'expression. Alors que bien d’autres tentent la mixité des cultures par collage, le trompettiste propose ici une sorte de creuset intelligent entre un jazz nordique et un jazz moderniste américain où chacun des membres du quintet progresse avec la musique, de construire le jeu en phase l’avancement de thèmes au demeurant fort bien orchestrés. La direction artistique est à cet égard exemplaire. Un thème comme The dark eyes of Martha Hirsch (du nom d'une toile du peintre autrichien Oskar Kokoschka 1886-1980) est l'exemple même d'un thème bâti autour d'une progression mélodique intelligente où le dépouillement de l'ouverture du morceau évolue vers  des  sonorités  qui  ne sont pas sans évoquer l'inspiration du Miles électrique. Et c'est avec beaucoup de maîtrise et de contrôle que le thème peu à peu tend au swing avec autant d’élégance que de savoir faire. Dans ces constructions souvent basées sur des ostinatos, Tomasz Stanko crée des tensions entre des thèmes un peu légers et une sorte de tension imperceptible, quelque chose qui sourd derrière cette apparente décontraction. L'ouverture de Samba Nova est étonnante à ce titre  comme  l'évocation  d'un voyage  intérieur  qui   brutalement sort de l'onirisme pour se retrouver face au thème très simple d'une samba détournée. On pense parfois à certains aspects de Enrico Rava, on adore les réverbs jamais trop appuyées  du  guitariste danois,  on  aime  l’unité  de  ce  groupe entièrement tourné vers la cohérence de cette musique faite d'alternance de reliefs musicaux organisés avec maîtrise et on a un faible, disons le tout net pour ce pianiste finlandais découvert ici et dont on suivra l’évolution avec attention. Pas totalement hors des sentiers battus mais pas totalement dedans non plus, le nouvel album de Tomasz Stanko est ici une bien agréable surprise.

Jean-Marc Gelin

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