Les Dernières Nouvelles du Jazz
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ECM 2009
Tomasz Stanko (tp), Alexis Tuomarila (p), Jakob Bro (g), Anders Christensen (cb), Olavi Louhivuori (dm)
On a un peu d'appréhension avant de se lancer dans le nouvel album de Tomasz Stanko chez ECM. La crainte d’une esthétique archi-rebattue du label allemand. Celle d'entendre encore un trompettiste se perdre dans les méandres davisiens d'une musique éthérée Si le risque avec le nouvel album de Tomasz Stanko etait évidemment celui-là, force est d’admettre que le résultat final de cet album est plutôt une agréable surprise. Car ce n'est pas le moindre de ses mérites que de parvenir à naviguer autour de tels clichés tout en les évitant de justesse. En s'adjoignant une nouvelle équipe composée de jeunes musiciens scandinaves (on notera la très belle présence du jeune pianiste finlandais Alexis Tuomarila) le trompettiste polonais s'en écarte clichés pour proposer une musique basée sur des superbes arrangements. Loin d'une musique figée, celle que propose le trompettiste est très évolutive et offre des compositions donnant aux musiciens de réels champs d'expression. Alors que bien d’autres tentent la mixité des cultures par collage, le trompettiste propose ici une sorte de creuset intelligent entre un jazz nordique et un jazz moderniste américain où chacun des membres du quintet progresse avec la musique, de construire le jeu en phase l’avancement de thèmes au demeurant fort bien orchestrés. La direction artistique est à cet égard exemplaire. Un thème comme The dark eyes of Martha Hirsch (du nom d'une toile du peintre autrichien Oskar Kokoschka 1886-1980) est l'exemple même d'un thème bâti autour d'une progression mélodique intelligente où le dépouillement de l'ouverture du morceau évolue vers des sonorités qui ne sont pas sans évoquer l'inspiration du Miles électrique. Et c'est avec beaucoup de maîtrise et de contrôle que le thème peu à peu tend au swing avec autant d’élégance que de savoir faire. Dans ces constructions souvent basées sur des ostinatos, Tomasz Stanko crée des tensions entre des thèmes un peu légers et une sorte de tension imperceptible, quelque chose qui sourd derrière cette apparente décontraction. L'ouverture de Samba Nova est étonnante à ce titre comme l'évocation d'un voyage intérieur qui brutalement sort de l'onirisme pour se retrouver face au thème très simple d'une samba détournée. On pense parfois à certains aspects de Enrico Rava, on adore les réverbs jamais trop appuyées du guitariste danois, on aime l’unité de ce groupe entièrement tourné vers la cohérence de cette musique faite d'alternance de reliefs musicaux organisés avec maîtrise et on a un faible, disons le tout net pour ce pianiste finlandais découvert ici et dont on suivra l’évolution avec attention. Pas totalement hors des sentiers battus mais pas totalement dedans non plus, le nouvel album de Tomasz Stanko est ici une bien agréable surprise.
Jean-Marc Gelin
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