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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 12:54

 

Laborie Jazz 2012

Shai Maestro (p), Jorge Roeder (cb), Ziv Ravitz (dm)

shai-maestro.jpg

 

En regardant l’autre soir, aun Duc des Lombards Jean-Michel Leygonie ( le patron  et producteur de LABORIE jazz), regarder avec autant de tendresse que de fierté et d’admiration le nouveau pianiste qu’il vient de prendre sur son label, je me disait que ce garçon avait un amour sans borne pour les pianistes et que ces derniers le lui rendaient bien. Au centuple même. Car après Yaron Herman, Murat Ozturk ou encore Perrine Mansuy, voilà qu’il présente aujourd’hui un nouveau venu dans notre paysage, le pianiste israélien Shai Maestro qui signe par la même occasion son premier album.

 

Lorsqu’il m’en a parlé, j’ai d’abord cru qu’avec un nom aussi prédestiné ( « Maestro », voyons Jean-Michel ça ne fait pas très sérieux !) cela devait être un hoak !

J’ai donc voulu voir de quoi en retournait ce prodige annoncé puisque, juré craché, il paraît que j’allais voir ce que j’allais voir et que j’allais être terrassé par la découverte de ce pianiste exceptionnel.

Et force est de constater qu’on ne m’avait alors qu’à moitié menti. Juste à moitié. Car non seulement j’ai effectivement découvert un nouveau talent immense du piano, pas loin de ce prodige proclamé mais, ce que l’on avait oublié de me dire, c’est que j’allais en prime me prendre en pleine poire la puissance exceptionnelle d’un power trio de très haute, très très haute volée. Car ces trois-là prennent en effet la musique à bras le corps, avec une générosité et une passion capable de dégager autant d ‘émotion, de poésie mais aussi de puissance radicale dans l’expression forte du flow de musique, courant torrentiel qui emporte tout.

 

A 25 ans à peine, Shai a déjà du métier. Songez qu’il accompagnait à 19 ans à peine son coreligionnaire et contre bassiste Avishai Cohen dont on le sent d’ailleurs très proche musicalement. Influence assurément très prégnante pour le tout jeune pianiste. Si l’on ajoute le fait que Shai Maestro a apprit le piano en Israël avec  Opher Bayer, le même professeur que Yaron Herman, on a tout de suite bouclé la boucle. Mais pas de quoi prendre des raccourcis qui en feraient un Yaron Herman bis. Car les deux hommes ont leur propre expression et une musicalité totalement différente. La musique de Shai Maestro suit moins les traces de Keith Jarrett. On pourrait plutôt dire qu’elle s’inspire un peu de Brad Meldhau pour le trio jazz moderne, un peu de pop jazzifié ( façon Svensson) et, point commun avec Yaron Herman, de la musique traditionnelle que l’on retrouve parfois. Une forme donc très syncrétique de sa musique. La technique de Shai Maestro impressionne dans sa façon de délier ses improvisations où sa puissance et sa vélocité s’expriment dans une sorte d’élan musical irrépressible. Et en revanche lorsqu’il ralentit le tempo, le pianiste avec  une impressionnante maîtrise du temps, laisse l’espace à la musique et lui donne de la profondeur. Feeling rare !

Mais la force tellurique de cette musique est aussi le fait, on l’a dit, de ce formidable trio (écouter One for AC !!) et cette énergie collective qui se dégage. Ziv Ravitz apporte le talent d’un surdoué de la polyrythmie qui fait se mouvoir la musique de Shai Maestro. Avec Ravitz, la musique danse naturellement et vit en rythmes démultipliés, défragmentés. Ravitz est une déesse aux 100 bras. Quant au péruvien Jorge Roeder beaucoup moins connu, il en impose avec un son ENORME et une présence qui rappelle justement celle d’Avishai Cohen.

 

De quoi en faire pour un premier disque un véritable petit événement sur la planète du jazz. De ce trio, c’est sûr, on va entendre parler longtemps. Gageons qu’il saura convaincre tous les patrons de festivals. Car ce trio-là gorgé de vie et de passion a tout pour transmettre la flamme.

Jean-Marc Gelin

 

 


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Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
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