Les Dernières Nouvelles du Jazz
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Frehouse records 2010
Myra Melford (p), Cuong Vu (tp), Ben Goldberg (cl), Brandon Ross (g,sop.g), Stomu Takeishi (g), Matt Wilson (dm)

Ce n’est pas pour jouer les suiveurs d’une critique internationale unanimement enthousiaste autour de l’album de Myra Melford, mais il n’empêche, ce début d’année sera certainement marqué par l’évènement « Be bread » du nom du groupe de la pianiste New Yorkaise. Nous pistions Myra Melford depuis quelques années. On connaissait ses albums en petite formation en duo avec ou en trio. Figure essentielle de la scène New Yorkaise, Myra Melford nous semblait la fille légitime et formidable de Cecil Taylor et Andrew Hill. Mais comme la trajectoire de la pianiste est tout sauf linéaire c’est ici avec un tout autre visage qu’elle présente ce répertoire composé en 2005. On ne s’étonnera pas de trouver parmi les figures marquantes de ceux et celles qu’elle a approché, celle de Henri Threadgill son ancien professeur qui a visiblement marqué fort de son empreinte la jeune pianiste compositrice. Mais de quelle musique au juste s’agit-il ? D’une musique intelligente qui utilise la dimension orchestrale avec subtilité. Musique passionnante en effet écrite ici pour un sextet inspiré. Jamais prévisible, la pianiste fait éclater toutes les frontières du jazz très écrit au free, de la musique de chambre à la musique plus contemporaine, des petits combos qui se mêlent à l’ensemble en mouvement, de ma musique en constante progression aux moments où elle est en suspens, rien de préisible chez Myra Melford. Les musiciens (on notera la présence du batteur Matt Wilson) qu‘ils soient solistes ou qu’ils participent à l’ensemble en mouvement savent jouer avec tact et donnet toute sa consistance au tramage instrumental. Car il s’agit d’une musique évolutive qui, tout en suivant une vraie logique de progression, n’est pour autant jamais linéaire, jamais straight. Elle peut se concevoir dans un ensemble orchestral, bifurquer sur des impros free, se lisser dans les progressions harmoniques, se concevoir en grand ensemble pour vite laisser la place à une expression en solistes ou duettistes. Véritablement protéiforme cette musique passionne. Modèle d’équilibre entre écriture et improvisation, le jazz de Myra Melford brouille les pistes allant chercher parfois du côté d’un jazz plus orchestral ( on pense parfois à Maria Schneider) et parfois du côté d’un free plus sauvage. Night est une des pièces maîtresse de l’album. Composition pour le coup très écrite, basée sur une progression très saisissante où le corpus musical se densifie au cours du morceau, les crescendo donnant toute sa substance à l’ensemble qui parvient alors à s’envoler. Mais s’il est vrai que les crescendos deviennent aujourd’hui dans le jazz un procédé d’écriture un peu stéréotypé et souvent facile, il y a en revanche chez Myra Melford une sorte de passion contenue, de froideur apparente derrière laquelle s’affiche une volonté farouche d’exploser tous les clichés d’écriture. Toujours une ambivalence fertile. Et l’on entre avec elle en plein cœur du jazz tel qu’il devrait être. Assez proche de ses racines pour en inventer d’autres formes. Jean-marc Gelin
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