Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 08:21

Columbia Sony

Miles Davis (tp), Herbie Hancock (p), Wayne Shorter (ts), Ron Carter (cb), Tony Williams (dm)

 miles67.jpg

 Toutes les occasions sont bonnes pour faire marcher la machine à jackpot « Miles » à l’approche des fêtes de fin d’année. L’anniversaire de Kind of blue, l’anniversaire de Bitches brew, l’anniversaire de la mort et de la naissance de Miles et bientôt l’anniversaire de sa première trompette aussi tant qu’on y est. Cette Milesmania donne un peu le tournis, il faut bien le dire. Mais qu’à cela ne tienne si cela fournit l’occasion d’éditer ces éditions-compilations, ces raretés déjà entendues, ces trucs nouveaux re-re-remasterisés qui sont à chaque fois de vraies mines d’or, témoignage d’une des plus belles pages de l’histoire du jazz.

 

Ici le coffret de 3 Cd + 1 DVD propose le concert enregistré le 28 octobre 1967 en Belgique, à Tivoli à Copenhague en novembre  de la même année (il s’agit d’un inédit), le fameux concert de Pleyel ( 90 mn dont 17mn jamais éditées auparavant). Le DVD quant à lui propose de découvrir le groupe lors de deux concerts filmés à Stockholm et à Karlsruhe le 31 octobre et le 7 novembre.

 

De quoi faire mentir quelques idées reçues comme celle, véhiculée l’autre jour par un journaliste sur une radio nationale qui parlait de la « trompette mélancolique et solitaire de Miles ». Pas du tout d’accord. Miles ici flamboie de milles feux, attrape la lumière et la diffuse tout autour de ce fabuleux quintet, l’un des plus magnifiques de l’histoire du jazz. Autour de lui tout s’organise ou plutôt se réinvente à chaque instant. Il n’est que d’entendre les différentes versions de leur répertoire. Comme le souligne Franck Bergerot dans Jazzmagazine, chaque version est différente. Pas un seul chorus identique au gré des concerts. Aucun formatage.  Espace de liberté autogérée par ces cinq-là qui savent exactement où ils vont et s’accordent la liberté d’en choisir le chemin.

L’espace se crée ainsi autour de Miles dans une sorte de réinvention permanente du thème mais aussi, osons le mot, du jazz lui même. Sous l’influence de Tony Williams, toutes les frontières explosent. Tony Williams, véritable inventeur d’un autre rythme, d’une défragmentation du tempo, de l’explosion de celui-ci est, à lui seul, le feu d’artifice du quintet ( l’écouter sur No Blues). Mais surtout ce quintet-là ouvre une nouvelle voie. Celles de l’après hard bop, lorsque le jazz trouvait avec l’écriture de Wayne Shorter une sorte de 3ème voie libératrice, alternative sublime à l’impasse du free.

Masqualero venait d’être enegistré la même année ( The Sorcerer) tout comme Riot entegistré sur Nefertiti. Mais c’est aussi beaucoup dans le repertoire des standards que le quintet  recrééé tout ( Round Midnight, I fall in love too easily, On green Dolphin street).

Ces versions « live » ne sont pas, contrairement à ce qui a été dit, remarquablement nettoyées et le son n’est pas toujours excellent. Et c’est peut-être tant mieux. Elles restent ainsi au plus près de ce matériau brut.  A cœur de la fusion.

Jean-Marc Gelin

 

Partager cet article

Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article

commentaires

Billy Glubo 15/10/2011



Vous avez raison le meilleur et le pire se côtoient à l’occasion de ces anniversaires et
commémorations. Cependant, ces concerts de 1967 sont réellement intéressants. A l'époque, j'ai loupé Pleyel, bien que parisien déjà branché par le jazz, et je me rattrape aujourd’hui en regardant
ce DVD et en dégustant toutes ces plages. Bien entendu, et on le sait, les images montrent un Miles impérial mais cultivant ce dédain savamment affiché pour le public blanc, surtout lorsqu’une
caméra le scrute à bout portant. Il simule de l’ignorer passe ses messages d’un regard en la frôlant avec provocation. Bref, c’est Miles et il faut l’aimer ainsi. Enfin, je redécouvre
l’improvisateur qu’est Herbie Hancock et je rage contre les soupes « popisantes » dont il nous abreuve aujourd’hui. Shorter est géant et Tony, bien que parfois envahissant, reste
toujours pertinent dans son jeu.