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Jeudi 26 mai 2011 4 26 /05 /Mai /2011 08:04

Mario Canonge (p), Félipe Cabrera (cb), Obed Calvaire (dm), Linley Marthe (b), Chander Sardjoe (dm),

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Avec ses airs un peu ronchon, limite grognon, Mario Canonge risque de nous en vouloir un peu. On va longer les murs et se faire tout petits minuscules. Songez, avec 6 mois de retard, au moment où le père noël s’apprête à vous balancer dans la cheminée tous les cadeaux dont vous avez toujours rêvé, juste à ce moment-là nous découvrons le dernier album du pianiste martiniquais comme une sorte d’ultime pépite dans cette fin d’année morose. Et que l’on ne vienne ici pas nous parler de crise, de déprime généralisée et. Ah que non !

Car ce que nous entendons ici, c’est tout le contraire, c’est l’opulence, c’est la profusion, c’est la délectation à foison d’un pianiste aussi génial qu’hors pair. Chez Mario Canonge le piano semble s’allumer d’un feu jusque là éteint. Son sujet l’inspire. Qu’il s’agisse des poèmes d’Edouard Glissant, des textes de Chamoiseau ou d’Aimé Césaire en l’occurrence.

Prenez ce matériau de base, faîte appel à l’intelligence de son écriture et ce que vous trouverez ici c’est ici un de ces grands (immense) pianistes de jazz capable de vous emporter bien loin. Une présence qui irradie. Mario Canonge c’est la puissance d’un jeu très percussif alliée à une technique exceptionnelle ( ah cette sacrée main gauche capable de vous jouer des contre temps et de marteler des rythmes syncopés !). Avec toujours cet équilibre délicat entre le discret chaloupement et le swing « dur ». J’enrage de le voir mis dans certaines cases comme celle du «  jazz carribéen ». Foutaises. Bien sûr les racines sont présentes mais en filigrane plus ou moins visibles selon les thèmes. Mario Canonge ne renie rien. La créolité de la biguine au Gwo Ka. Noel filao est l’illustration la plus criante d’une créolité qui avance dans le temps, réinventée. Où l’on perçoit la qualité du travail d’arrangement du pianiste aussi à l’aise ici qu’un poisson de toutes les couleurs dans une eau bleue turquoise. Travail qui fait passer le thème par tous les reliefs possible, jamais linéaire et toujours brillant.

 

 

On jubile et en plus c’est de saison ! Et Mario Canonge de nous expliquer clairement que tout est aussi une question du son, de maîtriser ce fichu son qui pourrait se diluer dans le groove si on se laissait aller mais qui chez lui n’en est au contraire que l’expression de la force vive. Mario Canonge vient aussi du jazz et il faut absolument entendre ce très beau morceau, «  A fleur de terre » où la pianiste s’inscrit dans la lignée des grands pianistes de trio jazz actuel. Dans une forme jazz plus classique, Room 150 y affirme un swing à la classe suprême, où Canonge et Michel Zenino au sax se partagent les harmonies avec luxe de raffinement. Il y a là sous les doigts de Mario Canonge l’esprit de Bill Evans à fleur de peau.

Mais cet album va de surprises en surprises. Il y a de tout, dans un syncrétisme étonnant. Toujours nous laisse à l’affût. Manie même parfois une petite dose d’humour comme sur ce Ska du Scalp  (pour moi pas forcément le meilleur des morceaux). Va même jusqu’à embrasser la musique traditionnelle arménienne dans un geste qui trace un pont entre les cultures. Car finalement ce doit être un peu cela le jazz. Ce qui jette un pont entre des cultures où domine ce sens du rythme et du swing. Il faut être un très grand musicien pour en faire une démonstration si cohérente. Mario Canonge de toute évidence se range dans cette catégorie.

Jean-Marc Gelin

 

 

PS : que l’on me permette ici de rappeler toute l’affection que l’on porte au travail que Mario Canonge fait régulièrement avec Viviane Ginapé, cette magnifique chanteuse que nous ne saurions que vous encourager à aller voir lorsqu’elle se produit près de chez vous.

 

 

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