Les Dernières Nouvelles du Jazz
Partager l'article ! MARC COPLAND : « Haunted heart and others ballads »: Hat Hut 2010 ( enregist 2001) Marc Copland (p), Drew Gress (cb), Joch ...
Les Dernières Nouvelles du Jazz
Hat Hut 2010 ( enregist 2001)
Marc Copland (p), Drew Gress (cb), Jochen Ruckert (dm)
C'est une façon de dire autrement ces choses que l'on croit bien connaître. De dire autrement ces moments musicaux qui nous semblent si familiers et qui nous sont pourtant révélés sous un autre jour. Un art du "dire" dont on ne sait pas trop, s'agissant d'un trio jazz très classique, à quelle alchimie il renvoie.
C’est juste que dans cet art des ballades réinventées, Marc Copland semble puiser au plus profond de lui-même dans cet album enregistré à New York en 2001 pour le label Hat Hut. À trois reprises, " My favorite things" joué en solo sur différents modes vient ponctuer l'album comme une sorte de comptine qui grandit et prend de la maturité dans le temps. Il y a là un souvenir évanescent, sorte de « Rosebud » mystérieux qui viendrait hanter le pianiste. Un fil rouge dans cet album fort justement nommé " Haunted heart" du om de . Car dans cet album de ballades, mode sur lequel il s'exprime avec une grâce incomparable Copland nous fait percevoir la richesse chantante des thèmes qu'il entreprend en les amenant sur le terrain d’une douce mélancolie avec une sorte de réelle tendresse pour ces moments de musique qu’il affectionne. Au point par exemple de transfigurer Crescent de Coltrane rarement entendu de la sorte ou un Greenselves entièrement revisité. Ou bien encore un When we dance tiré de cette sublime chanson de Sting.
Quelques moments comme ce sublime Dark territory composition du pianiste,moment fort de l’album donnent l'occasion à Copland d'échanger les rôles avec Drew Gress qui endosse les habits du fidèle compagnon (déjà une demi douzaine de disques ensembles). Interchangeable, chacun ouvre à tour de rôle les espaces mélodiques et harmoniques dans une sorte de jeu dialogué et interactif.
Au style inimitable, Copland est un pianiste pourtant très souvent imité que certains tentent d’enfermer dans une poésie empreinte de gravité, oubliant souvent que Copland est un pianiste d'une incroyable richesse beaucoup plus imprévisible qu'il n'y paraît. Il y a chez lui autant de Debussy que de Mal Waldron ( il reprend d’ailleurs Soul eyes) ou encore Ahmad Jamal dans cette façon de construire l’espace et de le faire respirer avec une science du moment suspendu. Jamais cantonné à un espace modal déterminé, jamais enfermé dans des grilles d’improvisations stéréotypées son jeu explore le piano dans toute sa profondeur et passant du grave à l'aigu du clavier avec un geste d'une confondante aisance. Copland va puiser où il l’entend une musique qui d’un swing indicible puise toujours dans les racines du blues.Et il est étonnant de voir que Copland est un pianiste qui se conçoit autant comme un pianiste « concertant » que comme un pianiste de club. Exactement entre la profondeur d’une solitude nostalgique et l’émotion sincère de l’échange musical avec ses partenaires.
Jean-Marc Gelin
Commentaires