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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 23:05

C'etait lors de son passage à Paris, avant l'émission "Le rendez vous" que la chanteuse de Rochester nous avait accordé quelques instants pour revenir sur son dernier album, "Soul flower", critiqué assez largement parmi les journalistes de jazz qui y voyait un tournant un peu trop marketé de la chanteuse.

De quoi challenger l'artiste au groove irrestistible.

Car qu'on le veuille ou non, Robin Mc Kelle a le feu sacré et un tempérament du même calibre.

 

 

 

 

 

Votre dernier album est résolument soul. C’est un tournant dans votre carrière ?

 

 

Absolument. C’est l’album que j’ai toujours rêvé de faire. C’est un vrai changement par rapport à mes albums précédents qui avait commencé avec "Mess Around". Mais cet album a été une expérience vraiment fun pour moi. C’est l’album que je voulais faire depuis très longtemps.

 

Il y avait donc longtemps que vous aviez ce projet en tête ?

 

Oui, clairement. Mon premier album, "Introducing" était un album avec un  big band. Cela tournait autour des standards des années 40 et curieusement il a eu beaucoup de succès. Mais il est arrivé un peu comme un heureux accident. A l’époque je travaillais avec un groupe comme celui d’aujourd’hui mais d’un autre côté j’essayais aussi de percer et de gagner de l’argent en tant que chanteuse. "Introducing" était un bon moyen de mettre un pied dans cette musique populaire aux Etats-Unis en reprenant des standards. C’était un peu ma carte de visite. Cela a eu beaucoup de succès. Cela m’a rendu heureuse mais j’avais d’autres choses en tête et j’ai commencé à craindre d’être cataloguée comme jazz singer.

 

Vous avez surpris beaucoup de monde avec ce nouvel album . Beaucoup ont eu du mal à vous y reconnaître.

 

Pourtant c’est tout ce que je suis maintenant. C’est vraiment moi dans cet album. Je comprends que les gens qui aiment le jazz soient désappointés et pourtant j’aime chanter de vrais standards de jazz. Mais ce que je suis réellement, c’est ce que vous entendez aujourd’hui. Mais vous savez il y a beaucoup de gens qui m’ont influencé et qui font que j’aime aujourd’hui chanter autant du jazz que de la soul.

 

Mais quand vous dites, « maintenant c’est la vraie Robin Mc Kelle », comme vous avez pu le dire dans plusieurs journaux, cela veut il dire que vous trichiez avant ?

 

J’essaie d’être authentique. Si les gens disent cela, tant pis. Ce que je suis réellement, c’est surtout une artiste qui ne veut pas se fixer des limites ou se laisser enfermer dans un style. Ce que je revendique donc c’est cette liberté que je crois avoir retrouvé. Après le succès de "Introducing", je crois que j’ai été très limitée dans des albums comme "Mess Around". J’ai réussi à casser ce carcan. Mais c’est une continuation. Beaucoup ont dit que je faisait du Motown revival. Je comprends mais il faut aussi que vous compreniez que c’est aussi un moyen pour moi d’aller lentement dans cette direction sans tout révolutionner d’emblée. Mais ce qui importe c’est qu’en tant qu’artiste, en tant que compositrice autant que chanteuse, je me sente libre d’aller dans la direction que j’ai choisie et surtout d’avoir le son que je veux avoir.

 

 

Mais quand même vous entrez aussi dans ce piège marketing. Votre look a changé par exemple.

 

C’est ce que vous entendez auprès des journalistes de jazz. Vous m’auriez vu dans la rue avant, j’étais habillée comme ça. C’est drôle que vous me disiez cela parce que j’i mon propre label, je me produis moi-même, personne me dit ce que je dois faire. Je suis mon propre manager.

Mais dès que c’est un peu populaire on est suspicieux. Regardez Norah Jones. Dès qu’elle a commencé à devenir très populaire, elle a commencé à être critiqué pour cela même. Idem pour Melody Gardot.

 

Et vous l’avez trouvé ce « son » ?

 

Oui c’est le son que j’essayais d’attraper. Mais il faut une équipe pour cela. Il faut autour de vous des gens qui comprennent où vous voulez les emmener. Et qui comprennent le but. C’est mon travail , c’est celui des musiciens et c’est celui de l’ingénieur du son. Et c’était très difficile parce que je ne voulais pas sonner « vintage » et que je ne voulais pas non plus sonner trop moderne. Je voulais sonner « organique »

 

Je comprends que vous ne vouliez pas donner dans le côté retro, mais pourquoi avoir peur de sonner « new » ?

 

Je me suis mal exprimée. Ce que je veux dire c’est que je ne voulais pas faire quelque chose qui soit trop marketé, trop ciblé sur un public jeune. Quelque chose de trop « produit ». Et au niveau u son, je ne voulais pas une musique trop compressée. Je voulais qu’elle reste un peu plus naturelle. Je n’ai pas voulu que cela soit parfait. Je veux que l’on sente la « human touch ». Sur l’album «  Introducing » j’adore ce que l’on a fait mais cela me semble trop parfait avec le recul.

 

Vous voulez dire que vous cherchez quelque chose de plus «  sauvage »

 

Absolument. Plus sauvage et plus libre.

 

 

Vous avez dit récemment à propos des jeunes chanteuse de soul ou de R’B comme Amy Whinehouse ou Adele, « elles sont trop jeunes pour penser «  la soul »

 

Non, je n’ai jamais dit cela. Je vois bien ce que vous voulez dire, et je ne visais ni Amy ni Adele. Je pensais aux toutes jeunes chanteuses qui n’ont pas ce vécu des chanteuses de jazz . Je suis un peu agacée par ces gamines de 16 ans à peine qui sonnent comme Ella Fitzgerald. Cela n’a pas de sens. C’est bullsheet, cela n’a pas de sens. Une gamine de 16 ans ne peut pas comprendre ce que c’est d être amoureuse ou d’avoir perdu son amour. Alors comment pourraient elles elles chanter Lush Life ?

 

Vous voulez dire, qu’il faut porter un poids pour chanter ? Et vous vous portez quelque chose ?

 

Oui je porte des amours perdus, je porte des amis qui sont morts et tout ce avec quoi j’ai grandi

 

Mais n’est ce pas un stéréotype ?

 

Non, il faut pas rentrer dans ce genre de clichés. Vous n’avez pas forcément à être Etta James.

Et alors ! Ce n’est pas parce que je ne suis pas alcoolique et que je ne me drogue pas que je n’ai pas un vécu qui peut me permettre de donner du sens à ce que je chante. Chacun a sa propre histoire. Mais on attend autre chose de nous que d’être un simple produit commercial marketé. Nous sommes avant tout des chanteuses de jazz. Et moi je fais la musique que j’aime faire, la musique que j’aime écouter. Une musique groovy, pas forcément populaire. Et je ne suis pas seule, j’ai aussi un groupe formidable avec lequel j’aime faire de la musique.

 

Vous ne cherchez pas à être populaire mais vous surfez quand même sur la vague de la soul music

 

C’est vrai que chaque jour qui passe, on voit on nouveau clone de la Motown qui sort dans les charts. Amy et Adele ont ouvert la marche. Et il y a aussi Sharon Jones, Lee Fields. Ce sont des gens qui peuvent vraiment porter cette musique. Ils la ressentent. Ils ont ce feeling. Cela nous manque. Mais c’est tellement frustrant lorsque l’on est chanteur d’allumer la télé et de voir tous les faux chanteurs qui n’ont pas beaucoup de talents.

 

La grande différence, en ce qui vous concerne est que vous avez un réel background musical. Vous n’êtes pas seulement chanteuse mais aussi musicienne. Vous enseignez aussi.

 

Oui c’est vrai, j’ai beaucoup aimé l’enseignement. J’ai enseigné à Berklee le jazz vocal, les techniques de chant, la théorie musicale.

 

Il y a aussi le fait que vous écrivez vous-même votre propre musique 

 

Je ne veux pas que d’autres fassent ma propre musique. J’étais frustrée sur Introducing de ne pas pouvoir chanter ce que j’écrivais. Et j’entends, maintenant que je chante mes propres compositions, certains me dire " mais pourquoi vous ne revenez pas aux standards". C’est difficile d’avoir à changer. Cela suppose de prendre des risques, mais je n’imaginais juste pas faire tous les ans le même disque jusqu’à la fin de mes jours.

Je crois qu’une petite différence, si je peux me permettre, avec les chanteuses de soul actuelles, c’est que j’écris. Et c’est surtout la façon dont je compose la musique. J’ai une approche harmonique qui vient plus du jazz. Je pense à sam Cooke ou encore à Otis Redding.

J’aime le groove et j’aime des chanteuses comme Sharon Jones mais je trouve que c’est parfois un groove stéréotypé. On peut groover mais il faut que la musique soit aussi intéressante.

 

 

 

 

 

Quelles sont vos influences ?

 

Quand j’écris, j’essaie de ne pas me laisser influencer par des chansons que j’entends. Mais si vous me demandez ce que je mets dans mon Ipod, en ce moment ce que j’adore c’est Coldplay, j’adore ce groupe. Mais j’écoute plein de choses. Du rock aussi, comme Janis Joplin. C’est tellement puissant.

 

 

Quelle est l’audience de ce projet aux Etats-Unis ?

 

Vous savez les gens, partout dans le monde ressentent les mêmes choses. Ils veulent avoir e feeling, ce groove. Et l'accueil est plutot bon. Cela me permet d'ailleurs de faire pas mal de tournées.

 

Mais avec un projet comme celui-ci êtes vous approché par des grands labels ?

 

Définitivement non. J’aimerais bien qu’ils s’intéressent à moi. Qu’il s’agisse d’un gros label ou d’un petit label indépendant d'ailleurs. J’aimerais juste qu’ils aiment ma musique. Vous savez c’est de l’artisanat aujourd’hui. Je fais tout sur cet album. J’ai investi de l’argent.

 

Est ce qu’il y a un projet que vous rêvez d’accomplir dans votre carrière de chanteuse ?

 

Mais c’était celui-ci mon rêve. Aujourd’hui mon rêve c’est de continuer à avoir ce succès pour pouvoir continuer à faire de la musique et à créer.

 

 

 

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Published by Jean-marc Gelin - dans Interviews
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carini 14/07/2012


Bonjour à tous, je prends connaissance avec retard de cette interview très intéressante. Quelques notations qui ne valent pas (ou pas seulement) critique aux interviewers mais qui regardent plus
largement la perception franco-française du jazz :


- je suis personnellement sidéré par le procès en "purisme" qu'on fait à Robin McKelle, c'est presque du racisme à rebours ! Car enfin, lorsqu'une chanteuse soul comme Chaka Kahn (ex-Rufus, etc.)
cassait la baraque jazz (il y a des DVD) avec le gang d'Echoes of an Era (F. Hubbard, Lenny White, etc.), personne ne se posait ce genre de questions ! Il n'y a qu'en France qu'on se permette le
luxe de vouloir à la fois : a) continuer à étiquetter les musiciens et b) faire de l'anti-(wynton)marsalisme ! Laissons les musiciens créer leurs projets (jazz ou pas), disons ce qui est jazz ou
pas (belles polémiques en perspective) mais ne hérissons pas ce dernier en critère d'authenticité ou de supériorité. Après tout, Shorter et Zawinul dans Weather Report nous not montré qu'on
pouvait faire autre chose que du jazz et que cela pouvait rester passionnant (et il suffit de réécouter le chorus de Shorter sur Aja de Steely Dan pour se dire que les valeurs du jazz se trouvent
parfois assez loin de ses bases....- ce que Shorter appelait ironiquement à l'époque la "sociabilité" de musiciens comme lui ou Hancock);   


- je ne comprends pas ce qu'est le "piège du marketing" : oui, on ne produit pas de la même manière, on n'enregistre pas de la même manière, on ne présente pas l'image (visuelle) des musiciens de
la même manière selon les types de musique et ce que recouvrent les projets mais en quoi est-ce un problème ? C'est au jazz et aux musiciens eux-mêmes de s'emparer de cela. Et si l'on veut
dépasser subtilement cette question, le discours de Shorter (encore) qui expliquait comment il pouvait, à quelques mois de distance, sonner aussi différemment chez Blakey et chez Miles (ce que
j'ai appelé ailleurs la notion de "musicien-acteur") m'apparaît un très utile élément de réflexion....


- Enfin, soyons conscients d'un paradoxe et d'une hypocrisie : dans le même temps, on parle de "piège du marketing" et le monde du jazz (presse, édition, etc.) continue de survivre grâce à un
marketing éhonté des "produits Miles Davis" (car s'il y en a un qui n'avait pas peur du marketing !) et à l'exploitation d'une image / d'une légende qui embrouille l'histoire du jazz jusqu'à
l'idéologie (je renvoie à l'article que j'avais consacré à ce sujet sur le site des DNJ à l'occasion de l'expo Miles). Difficile de concilier les deux : dénoncer le premier dès qu'un musicien
change d'orientation et s'abstenir de démythifier le second, non ?


Le débat est (peut-être) lancé, salutations à tous !


S.CARINI.   

Nikko 09/12/2012


Une très belle voix et un puch sur scène qui font que Robin Mc Kelle est à voir absolument en live.