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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 08:20

Laura Littardi (vc), Carine Bonnefoy (p), Francesco Bearzatti (ts,ss), Mauro Gargano (cb), Fabrice Moreau (dm) Guillaume Dommartin (dm)

 littardi.jpg

Voilà bien un projet que l’on attendait, celui de la chanteuse Laura Littardi. Pensez, tout ce temps à animer les clubs et les scènes de la capitale, à tenir en haleine ses élèves de l’ACEM ou de l’Ariam et rien pas la moindre petite galette à se mettre entre les oreilles depuis Senza Paura paru il y a 10 ans.

C’est qu’elle le peaufinait Laura son nouveau projet que ceux qui sont allé la voir ces derniers temps  avaient pu découvrir sur scène en primeur. Il fallait franchir la porte du studio et c’est maintenant chose faite et, croyez nous sur parole, sacrément bien faite. Car si Laura Littardi a pris son temps c’est qu’elle nous a concocté un vrai petit bijou.

Laissant un peu derrière elle sa passion du funk, de la bossa et du scat, Laura Littardi entreprend de revisiter ici ces chansons de la pop music, ces chansons de notre enfance quand, guitare dans le dos et cheveux long, ignorant un peu le jazz, on se prenaient tous pour des folks singers en chantonnant au coin du feu Creedance, Crosby, Still and Nash ou le cultissime Harvest de Neil Young. Inscrits dans notre patrimoine musical. Il fallait donc de l’audace et une bonne dose de passion pour pouvoir comme elle le fait, avec son sens si naturel du groove, s’approprier de tels monuments, les emmener sur son terrain sans les dénaturer.

Et avec ce matériel sacré, Laura en fait des standards (de jazz ou d’autre chose peu importe) avec cette douceur, cette chaleur de voix et ce balancement si léger, cette pulse si élégante qui n’appartient qu’aux grands dans la lignées des Ben Sidran par exemple.

C‘est subtil, jamais exubérant et toujours relâché. La « classe » sur Hold the Line au groove subtil !  ou encore sur ce Higher ground tout en retenue où sur 4 notes à peine la chanteuse fait monter la température inexorablement. Groove terrible ! Et Carried away devient un thème presque shorterien aidé en cela par la belle complicité que la chanteuse affiche avec ce très grand saxophoniste, Francesco Bearzatti d’ailleurs récemment nommé par l’Académie du Jazz au rang de musicien européen de l’année. Le groove suave.

Alors oui Groove, pourtant toujours si galvaudé, utilisé à toutes les sauces mais qui ici devient une réalité palpable, omniprésente. Laura Littardi donne corps à ce simple mot qui devient chez elle dansant, balançant, fusionnant le binaire et le ternaire dans un même geste.

On pourra certes faire les grincheux et s’étonner que n’ayant pas fait d’album depuis 10 ans, la chanteuse s’offre le luxe un peu inutile d’inscrire un alternate take de Sunny Days et regretter une version un peu «  jam session » de Isn’t She lovely.

Pour le reste tendez l’oreille écouter et fondez littéralement en mettant Another Star, thème le plus jazzy de l’album où l’entente entre la chanteuse et le saxophoniste ici si Lesterien  fait merveille.

C’est assurément un grand album. Un album sincère d’une très grande chanteuse malheureusement trop peu entendue. Ce qu’elle fait là réconcilie les genres et les générations.

Laura Littardi transcende ici par son amour du chant, les genres et les figures de style. Et ce qu’elle dit là est au final un pur moment d’amour.

Jean-Marc Gelin

 

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Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
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carini 22/02/2012


Laura LITTARDI / Alain JEAN-MARIE au 9JAZZ CLUB (Paris)


Concert du 29.04.2010


C'est un beau, un grand duo qui vient de se constituer entre la chanteuse Laura Littardi et le pianiste Alain Jean-Marie au 9Jazz Club (prochaines dates :
13 juin ; 7juillet ; 8 septembre 2010, etc.), l'un des très rares lieux à continuer à promouvoir la formule de la « résidence » comprise comme véritable laboratoire de musique (et
d'écoute amoureuse de la musique, dans ses révélations chaque fois imprévues, on n'y insistera jamais assez).


Partons du site, cristal improbable de l'émotion. Entre Ménilmontant et Oberkampf, en plein Est parisien, loin de la dégoulination sur-urbaine des Halles mais avec
la même électricité qu'on leur connut jadis, s'est créé et se développe un club de jazz , un vrai : pas branché sur les circuits internationaux ni servilement sur les sorties de disques des
labels, mais bien sur une une échelle de goûts qui lui est propre et, surtout, sur une offrande dont les musiciens connaissent la juste valeur : le temps de la maturation des projets, de la
complicité devenue télépathie. Sous l'impulsion de Cathie Fichelle, ex-Petit Opportun, ex-7Lézards, ce sont ainsi Nelson Veras et Gilda Boclé, Rick Margitza et Peter Giron, Deborah Tanguy et
Laura Littardi et désormais Laura Littardi et Alain Jean-Marie qui viennent exposer chaque quinzaine, chaque mois, l'état renouvelé de leurs études et de leurs échanges. Il faudra bien, un jour
ou l'autre, rendre grâce, comme il se doit, à celles et ceux qui continuent de croire et d'ouvrir leurs portes à ce type d'aventure.


Le 29 avril, c'est Alain qui m'accueille, quasiment en maître de cérémonie. J'aime Alain, profondément....sa présence me met toujours à l'aise. Depuis quoi ? 15, 20
ans, nous échangeons des poignées de mains aussi furtives que chaleureuses, des regards complices et des dedolinnements, et surtout des absences de discours
et de questions inutiles, car je sais qu'il sera le premier à réagir si l'on entre dans la sphère des enjeux décisifs...Avec Laura, on plonge dans l'italien d'emblée, elle est radieuse, Cecilia
Bertolini a tenu à être là aussi, Morena Fattorini viendra plus tard, et des apprentis chanteuses se pressent autour du piano. Aucun critique comme d'habitude, trop englués, trop désabusés, trop
businessisés, plus du tout enamourés....


Deux, trois thèmes, bon le répertoire c'est Laura, mais Alain sait tellement TOUT jouer....Il est le seul à faire résonner le beau piano du 9Jazz en accords nourris
qui sont à la fois une confirmation et un tremplin pour elle. Ressourcée d'Italie (elle en revient), elle ne force pas sa voix, préférant jouer avec une suavité qui n'appartient qu'à elle sur les
nuances oscillant entre la confidentialité et l'assurance. Surtout, elle trouve dans cet espace du duo la liberté vibrante qui sied à ses improvisations qui frappent autant par leur force
émotionnelle que par leur construction formelle. Combien de fois l'ai-je écouté, ébahi, scatter « Jeannine » de Cannonball Adderley ? Et pourtant je n'hésite pas à dire qu'elle aura donné ce soir-là, de la manière
la mieux maîtrisée et la plus discrète qui soit, l'un de ses choruses les plus sereinement aboutis. Et tout est à la même aune : des standards superbement choisis, et surtout superbement
réinterprétés (de « Baubles, Bangles and Beans » à une version remarquablement posée, dans sa sentimentalité propre, de « I'll Remember April ») aux séquences de musique brésilienne dont Laura est l'une des plus sensuelles
interprètes.


Au fil des sets, je perçois combien cette association est à sa mesure : elle ne renonce à rien (elle n'est pas là pour ça !), elle est est entière, concentrée, très
belle, attentive et admirative vis-à-vis d'Alain, subtile et juste dans l'usage de ses ressources : bodyrythm, scat insolent, souffle sussuré, émission de la voix en cette imaginaire trompette
davisienne qu'elle adore - et ses doigts qui pianotent le micro comme pour en sculpter l'instrument manquant ….


Beaucoup plus que de lui répondre, le jeu d'Alain Jean-Marie lui correspond parfaitement, dans sa
plénitude et ses harmoniques, dans le travail de l'espace et de la trame des accords, plaçant ses relances comme de discrètes flammèches et jouant des choruses qui, comme à l'accoutumée, disent à
la fois l'incertitude subtile de l'énonciation et la quintessence émerveillée du discours.


 


Je dirai bientôt doctement à Laura combien Alain connaît une masse de ces « blue light songs » dont il avait composé son chef d'oeuvre
« Afterblue » et dont elle pourrait se laisser bercer.... On se parle souvent, elle qui pourtant ne se pose jamais, entre ses concerts, ses cours de chant, ses traductions de
poésies...


With love, to both of you. Saluti a fata turchina (1) !


 


Stéphane Carini

carini 25/02/2012


Etant l'auteur des textes que je porte en commentaire je n'ai pas besoin d'utiliser un quelconque lien informatique pour m' y référer.


Me plaçant (autant que faire se peut) dans la peau d'un tout nouveau lecteur des DNJ, je trouve d'ailleurs ces collages de textes très instructifs (sur le fond) et intéressants (sur la forme, les
effets de mémoire, etc.).


Et voilà ! SC.