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Mardi 3 août 2010 2 03 /08 /Août /2010 14:18

 

 

 

                               Deuxième soirée à Marciac pour une affiche encore une fois prometteuse et américaine  dans une sorte de conflit générationnel entre la jeune révélation de la contrebasse, Esperanza Spalding, et celui qui ce soir là faisait office de vétéran, Chick Corea. Rien que cette deuxième partie justifiait sur la papier que la salle de concert du stade de Marciac affiche le sold out des grands soirs.

Ambiance festive d’un après-midi d’été où nous avons pu assister à une course de vaches landaises dans les arènes du village. Festif aussi cet apéritif dynamité sur la place de la mairie en écoutant l’un des trois concerts de Olivier Temime sous le chapiteau de la place du village. Avec sa nouvelle formation composée de Michael Felberbaum (g), Vincent Artaud (cb), Vincent Laffont (p, fder), et Gilles Charlier (dm), le chouchou de Marciac parvenait une nouvelle fois à électriser le village tout entier, balacant des echos de feu sur la soirée gersoise sur des nappes furieuses écrites par Vincent Artaud.  Une tuerie !

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                   Photo : Pierre Vignaux

 

 

Direction ensuite le grand stade avec en première partie la jeune bassiste et contrebassiste Esparanza Spaulding , 25 ans au compteur qui, avant d’arriver sur scène avait su galvaniser ses troupes pour leur dernier concert européen par une sorte de cri de guerre que seuls ceux qui étaient dans le bungalow des backstages  ont pu apprécier. Ceux qui étaient à l’exterieur ont juste vu les parois trembler.

Alors que ses dernières prestations s’étaient montrées plutôt décevantes, le moins que l’on puisse dire c’est que, sous sa belle crinière afro-porto-américaine, Esperanza n’avait pas simplement l’air de ressembler à Angela Davis. Elle en avait aussi la passionaria, la grâce et la légèreté en plus. Après une ouverture en impro voix/contrebasse seule sur scène, elle faisait venir sa formation ou plutôt sa bande de copains pour un concert superbement réussi tant par la qualité de sa musique post-fusion,  de ses compositions que par le jeu des musiciens et l’énergie qu’ils dégageaient. On comprenait mieux le sens qu’il y avait à la faire jouer en première partie de Corea tant ses inspirations viennent du jazz rock, de Weather Report, de Return to Forvever et de Wayne SHorter. Passant allègrement au cours d’un même morceau de la contrebasse à la basse électrique, elle parvenait à faire monter la sauce sans chercher le moins du monde à jouer l’économie. Mâitresse absolue du groove, les contrechants mélodiques s’échappaient de sa contrebasse ou faisait tourner en boucle des ostinatos dans l’ultra grave de sa basse. Aux claviers Léonardo Genovese au look de Zappa faisait chauffer un clavier lunaire. On craignait un peu les rondeurs molles entre basse, guitare et fender. C’était sans compter sur la formidable énergie qui émanait d’un quartet à la cohésion magnifique. La belle voix  de Esperanza s’offrait  un pur moment de grâce « argentin », une parenthèse dans un duo avec son pianiste sur La Chacarena composée par Genovese,  petit cadeau à Marciac en  avant goût de son prochain album. Entièrement libérée, sa crinière partait à l’assaut de toute les difficultés harmoniques pour en extraire un jus fort. Avec des airs de petite fille heureuse on sentait la musique lui traverser le corps et sa contrebasse semblait si légère qu ’on la voyait un peu s’envoler au dessus de nous.  Bête de scène , la jeune fille tentait de faire scatter le public qui, bon enfant se laissait prendre au jeu avec délice. Il en redemandait encore. La belle avait fait le show et même bien au-delà, émoustillée qu’elle était de jouer en première partie de son maître.

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De quoi créer l’ambiance pour Chick Corea qui terminait là, lui aussi sa tournée avec Kenny Garrett (as), Christian Mc Bride (cb) et Roy Haynes (dm). Etonnamment c’était plutôt « return to yesterday » avec une formation acoustique tournant plus vers le bop . Tout se passe comme si

                                                                                                 photo Pierre Vignaux

 

Corea semblait avoir conçu le programme pour Roy Haynes. Deux thèmes de ou dédiés à Bud Powel ( Bud Powell et Dusk in Sandi), un Monk ( Monk’s dream) ou un standard ( We’ll be stogether again) materiau de base pour cet all-stars et pour le légendaire batteur que le  pianiste couvait des yeux avec un regard visiblement toujours aussi attendri pour cette légende vivante. Kenny Garrett s’y montrait comme toujours d’un lyrisme absolument torrentiel, égal à lui-même dans son regsitre coltranien mais plus subtil parfois sur des standards comme sur ce We’ll be together again joué de la plus simple des façons sur des lamentos sensuels à emballer toutes les gersoises des environs. Tout cela un peu semblait ronronner, très pro et  les intro de Corea, d’une finesse à tomber par terre nous renversait sur ce Psalm divinement préparé. Sept titres qui tournent avec efficacité. Sans plus. Sauf au dernier morceau, en signe d’ultime hommage, où la coda était laissée à Roy Haynes, qui à 85 ans ( !!)  dégageait un chorus à couper le souffle, faisait tomber le déluge sur Marciac, ses compagnons s’effacant en fond de scène et la batteur à qui l’on aurait donné aisément 20, que dis je, 30 ans de moins. Roy Haynes  faisait sonner la poudre et public et lmusiciens etaient aux anges au bord d’un gigantesque éclat de rire. Le public de Marciac n’y tenait plus, se levait en plein chorus, standing ovation. Le feu prenait sous le chapiteau. Il ya des concerts qui devraient pour sûr, commencer par la fin.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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