Les Dernières Nouvelles du Jazz
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Les Dernières Nouvelles du Jazz
Featuring Sienna Dahlen
PJU records PJU009
Le nouvel opus du batteur d’origine canadienne, installé en France depuis près de dix ans est toujours ancré au sein du
collectif PJU , et nous avions chroniqué (il ya deux ans exactement) le précédent Streaming, déjà en collaboration avec sa compatriote, la chanteuse Sienna Dahlen.
C’est un retour au pays natal que symbolise l’arbre de la couverture, ce grand peuplier qui se situe à mi-chemin entre Brandon et Winnipeg , deux villes de la province d’origine du batteur, le
Manitoba. Cette prairie perdue évoque des souvenirs de lecture, tout un imaginaire, celui des romans de James Oliver Curwood par exemple. L’arbre s’élève comme un
nuage atomique sur l’horizon complètement désert de la route qui traverse les prairies canadiennes…
On n’est plus décontenancé cette fois par cet album poétique aux sonorités légères et raffinées, aux climats nettement
atmosphériques comme la voix de Sienna, sans être glacés pour autant même dans « Coldest Day of the Year » : on retrouve avec plaisir une musique étrangement familière, aux
accents de pop et de jazz intelligemment métissés.
Les musiciens assument parfaitement un accompagnement efficace au niveau des couleurs et timbres. Ils sont sept, équilibre
heureux de trois Français, trois Canadiens et un Belge. On retrouve Nicolas Kummert au ténor et dans certains vocaux comme « Precious Things », Olivier
Zanot à l’alto, Pierre Perchaud à la guitare électrique et acoustique. Les nouveaux venus sont Tony Paeleman au piano et Fender et Andrew
Downing au violoncelle à 5 cordes. Karl Jannuska et Sienna Dahlen continuent à co-écrire les paroles des onze
chansons de l’album, mais la musique est toujours celle du batteur d’où la cohérence de l’album qui épouse la personnalité du batteur. Toujours frappé par la dualité de ce musicien à
l’énergie terrible en concert ou sur les albums des copains ( illustration dans ce « Smokescreen » énervé), il sait aussi faire preuve d’une autre sensibilité, « à fleur de
peau », vibrante et hypnotique , dans des chansons qui veulent croire encore à une certaine beauté du monde comme le doux et enveloppant « Million Miles Away ». Est-ce
le résultat d’une éducation entre mathématiques, musique et religion, un apprentissage exigeant qui lui permet de se retrouver au croisement de tous les sons et musiques qu’il aime? Karl
Jannuska se livre plus encore dans cet album de l’entre deux, du milieu, de la mesure déréglée parfois, du dérèglement mesuré? Comme si cet album levait enfin certaines contradictions,
réconciliait les contraires d’une personnalité musicale complexe.
C’est une douce violence (« Noble Energy ») qui traverse en fin de compte la musique délicatement intimiste
d’un musicien engagé dans la croyance d’un monde meilleur.
Sophie Chambon
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