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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 09:05

 

Stéphane Tsapis ( p, comp, arrgts), Dimitra Kontou (voix), Andréa Tsapis (voix), Adrien Daoud (ts), Matthieu Donarier (ss, cl, clb), Arthur Decloedt (cb, b), Matthieu Boccaren (acc), Arnaud Biscay (dm)

 kaimaki.jpg

 

Je m’en veux un peu. Voilà déjà des mois que ce très beau disque est sorti et je l’ai trop longtemps passé sous silence dans ces colonnes. Shame on me.

Car enfin, quel beau projet que cet album du jeune pianiste Stéphane Tsapis ! Encore relativement peu connu sur la scène du jazz, le jeune pianiste gagne ici un pari audacieux.

Un de ces projets qu’il faut absolument découvrir car il a la beauté des œuvres rares et pour lequel on ne peut s’empêcher d’éprouver une immense tendresse tant l’actualité de la Grèce nous attriste aujourd’hui.

L’infinie détresse du peuple grec donne en effet une résonance particulière à ce projet qui prend tout son sens, un sens lourd et qui nous place, nous, de ce côté-là de l’Europe devant nos responsabilités historiques

 

Objet rare, entre projet musical et littéraire où les musiciens côtoient les narrateurs, Kaimaki raconte une page de l’histoire du peuple hellène, raconte l’exode de ces partisans qui prirent en 1945 un bateau, le Mataora parti du Pirée en direction de la France. Errance, fol espoir, amour du berceau de la révolution par ceux qui virent un jour naître la démocratie. Désillusions et désenchantement pour ceux que finalement nous n’avons jamais véritablement accueillis.

À partir de la lecture d’un ouvrage d’André Kédros ( « l’Homme à l’œillet »*), le jeune pianiste Stéphane Tsapis a su créer un ouvrage poétique soutenu par une musique superbe et des textes d’une magnifique limpidité. En juxtaposant l’écriture de Kedros et celle qu’un autre écrivain grec, Yannis Ritsos écrivit 20 ans plus tard durant la période des colonels( *), Stéphane Tsapis a su trouver là, une vraie cohérence littéraire et musicale. Le chant d’Adrien Daoud au ténor ou celui de Matthieu Donarier contrinue d’ailleurs beaucoup à ce fil conducteur, alors que Tspais se révèle , ;outre un grand compositeur, un pianiste d’une belle sensibilité.

Fusion parfaite entre le dire et le contexte musical admirablement servi par une écriture talentueuse et d’excellents musiciens pour une sorte de road movie très personnel où le jazz du pianiste prend une direction plurielle. La musique est belle et les compositions du pianiste sont de vrais bijoux. Moments de pure poésie.

Stéphane Tsapis avait pour avec lui des textes émouvants, des voix magnifiques (dont celle que l’on suppose être celle de son père, formidable narrateur), des musiciens inspirés. Le résultat est une pure merveille.

 

 

 

C’est un projet très beau, à découvrir de toute urgence. Il faut absolument faire le buzz autour de Kaimaki. Il faut aller le voir, il faut l’écouter, il faut le lire, il faut le découvrir et se laisser embarquer à bord du Mataora.

A delà des discours réducteurs que l’on entend aujourd’hui sur la Grèce, Stéphane Tsapis prend un autre chemin pour rendre ici un sublime hommage à sa culture moderne, aux souffrances et aux espérances qui fonde aujourd’hui cette nation éprise de liberté. Avec solidarité nous aimons et nous pleurons aussi.

Jean-Marc Gelin

 

 

André Kedros : «  L’homme à l’œillet », Robert Laffont 1990

Yannis Ritsos : «  Le mur dans le miroir et autres poèmes » , Gallimard

 

 

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Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
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