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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /Nov /2009 05:56

Tzadik – 2009

Marc Ribot (g), Jamie Saft (p, cl), Kenny Wollesen (vib), Trevor Dunn (b, elb), Joey Baron (dr), Cyro Baptista (perc).

Nouvel opus de John Zorn dans lequel il ne joue pas mais compose et dirige. Joué par son éternel équipe de six musiciens du Electric Masada au talent insaisissable et éclatant, “O'o”, du nom d'un oiseau hawaïen à l'espèce éteinte, est la version exotique, voire la suite de ses projets les plus populaires, de The Gift et The Dreamers. Zorn surprend encore une fois. « O'o » présente douze titres lyriques et instrumentaux au sommet du guimauve. La musique est minimaliste, easy-listening à souhait, emprunté à la world music, à l'exotica, surf music (Prenez les Beach Boys au sommet de leur gloire...), aux génériques de séries télévisées américaines ou à la musique d'ascenseur d'une clinique de rhinoplastie américaine de luxe. Dans l'esprit de The Dreamers, le packaging est apaisé et imaginé par Chippy, avec pas moins de 38 représentations naturelles d'oiseaux exotiques et rares dessinés au crayon en guise de livret. Cet opus est à l'extrême de la dureté musicale d' « Astronome » et « Moonchild » avec Mike Patton aux hurlements. Si « Astronome » représentait un exercice de style dont le but était de faire jaillir colère, terreur hardcore, hystérie et envie de meurtres, « O'o » en est un autre, un mirage de plus dans l'oeuvre très abondante de Zorn. Imaginez-vous vous retrouver dans un hamac en pleine forêt tropicale, aménagé pour votre confort, sirotant un lait de coco/papaye doucement alcoolisé préparé par de belles amazones aux sourires magiques et aux dents blanches. A votre gauche, des chasseurs indigènes aux muscles saillants qui vous préparent un repas somptueux. Vous agrémentez le tout par les bruits ambiants des habitants d'une forêt sauvage: sifflements d'oiseau et bruits de singes (« Po'o'uli ») à votre droite. Ajoutez-y des doux grattements de peaux, la guitare de Ribot qui déverse des chorus rock à souhaits (et il ne peut pas s'empêcher d'être brillant), la douceur velouté du vibraphone de Kenny Wollesen, les clochettes scintillantes de Baptista, la rythmique à la barbe à papa de Baron. Et serein, vous vous laissez aller à vos rêves les plus délicieux où tout vous est favorable.

Voilà, la musique est parfaitement interprétée et on est en plein dans le cliché. Le but de Zorn est atteint: dans sa quête perpétuelle de la découverte et de l'ouverture musicale, il transcende le cliché pour en maitriser parfaitement le style. Ce compositeur ne connait pas de limitation stylistique: il sait tout faire et fait ce qu'il veut. « O'o » alimente le paradoxe zornien: offrir des musiques antagonistes, où règnent oxymore et pléonasmes, sans jamais tomber dans la facilité ni la compromission. Zorn est fou … droyant.

Jérôme Gransac
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