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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 09:19

Abalone 2012

Jean-Charles Richard ( ss, bs, bansuri), Peter Herbert (cb),Wolfgang reisinger (dm)

jean-charles-richard.jpg

 

Le premier album de Jean-Charles Richard avait sidéré tout le monde. C’était à l’époque une prise de risque totale puisque pour un premier opus, Jean-Charles Richard avait choisi la forme la plus ultime et avait enregistré « Faces », en solo. Il avait été alors salué comme un immense moment de musique. Et il aura donc fallu à Jean-Charles Richard pas moins de 7 ans et un agenda totalement overbooké pour que le génial saxophoniste se remette à enregistrer, cette fois en trio, accompagné de Peter Herbert à la contrebasse et de Wolfgang Reisinger à la batterie. Trio un peu inattendu pour ceux qui ont entendu Jean-Charles Richard ces dernières années sillonner l’hexagone au gré d’innombrables projets où il mettait souvent son art au service des autres ( le dernier projet en date avec Christophe Marguet) , mais qui ont oublié qu’ils s’agit pourtant depuis longtemps de son trio de base.

Et autant il y avait dans « Faces » quelque chose qui tenait d’une sorte de mystique, presque d’une ascèse, autant nous sommes ici directement plongés dans tout autre chose. Il fallait passer de l’auto-consumation à la propagation de l’incendie. Et ce que dit le saxophoniste relève de quelque chose de tellurique, profondément ancré dans le sol, quelque chose de tripal et tribal à la fois. Et là encore Jean-Charles Richard frappe fort, renversant la table par l’intensité de ce qui s’exprime. Car il se dégage de cet album une formidable puissance dans l’expression et du jeu. Puissance du son projeté. Puissance d’une rythmique. Puissance d’une dynamique irrésistible. Car Jean-Charles Richard est allé chercher deux musiciens d’exception. Il suffit d’entendre la construction d’un thème comme le Reliquaire du bonheuroù après une introduction spectaculaire à l’archet se met en branle un ostinato puissant porteur d’un clair obscur saisissant. Peter Herbert, le contrebassiste autrichien d’une exceptionnelle densité de jeu, comme un socle massif, est un indéfectible pilier dont la profondeur de jeu prend parle aux esprits chamaniques. Toujours bouleversant. Bien plus qu’un contrebassiste. L’expression de la gravité. Et Wolfgand Reisinger, le batteur viennois, longtemps compagnon de route de Dave Liebman ( il n’y a pas de hasard) donne à ce trio un frémissement de la pulse presque ethnique.

 

Bien qu’il s’en défende le saxophoniste, s’il parvient à s’émanciper des maîtres, n’en porte pas moins leurs traces indélébiles. En premier lieu celle de son mentor, Dave Liebman auquel un thème comme Misfit-Bandit me fait irrésistiblement penser. Peu de saxophonistes naviguant aux deux extrêmes du son avec la même maestria ( e l’aigu du soprano au grave du bartyton) parviennent à une telle pureté du son. Jean-Charles Richard dessine au soprano des calligraphies dans le ciel ( Le Reliquaire ou encore le bien nommé Firmament). Au point d’avoir banni de son langage toute espèce de vibrato. Porté parfois vers des inspirations orientales ( Neiges Graves), JCR joue même sur un  titre du bansuri, une flûte traversière indienne sur un superbe Bengalis. Et lorsqu’il s’empare du baryton, c’est avec la force décapante d’un jeu totalement libéré dont le flot entraîne tout.

 

 

 

La musique de Jean-Charles Richard ne ressemble à aucune autre. Nourrie de quelques fleuves nourriciers ( Liebman, Steve Lacy), elle déverse son cours dans un magma fertile, une terra incognita qui met les sens en éveil,

Avec son trio, Jean-Charles Richard exprime un concept paradoxal, celui de l’intensité d’une musique dépouillée de tout superflus (Myosotis). Il y a quelque chose d’essentiel dans cette musique-là, au sens étymologique. Et c’est cela qu’exprime le trio dans un mouvement cohérent, une sorte d’unité trinitaire.   

Jean-Marc Gelin

 

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Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
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