EVENEMENT !
Double album : CD1 « Jazz classique », CD2 « Jazz moderne ». Personnel détaillé dans le livret. 8 / 13 juillet 1958. Ina mémoire vive / Abeille Musique, 2009.
Ce double CD est un évènement : d’abord parce qu’il restitue, en la diversité de ses classicismes, la situation du jazz alors qu’il commence à basculer dans l’ère des révoltes puis des actualisations permanentes ; ensuite parce qu’il marque le début d’un travail de diffusion ordonnée des archives jazzistiques de l’INA, vraie délivrance de la mémoire que l’on n’espérait plus(*) ; enfin parce que musicalement, tout cela, qui se joue live du 8 au 13 juillet 1958, durant la première et unique édition du Festival de Jazz de Cannes (précurseur de celui d’Antibes-Juan-les-Pins deux ans plus tard, comme le relève Alain Tercinet dans le livret) est du plus haut niveau. Il faut y insister, il est loin ce temps de cohabitation généreuse des styles et des générations tant les festivals dits « de jazz » sont aujourd’hui devenus une vaste entreprise de « re-marketisation » d’autre chose. Sur chacun de ces CD, d’une qualité sonore impressionnante, se succèdent quand ils ne se côtoient pas sur scène, les monstres sacrés de l’époque : Sidney Bechet (quelle puissance, quelle sonorité, quelle plastique de l’instrument !), Coleman Hawkins, Ella Fitzgerald (au swing si immédiatement radieux !), Roy Eldridge et Dizzy Gillespie pour une jam associant Teddy Buckner et Bill Coleman depuis plusieurs années établi en France, le Modern Jazz Quartet (palme à Connie Kay pour son génie de coloriste-percussionniste) ou Stan Getz (et ses déambulations insolentes de classe dans « Broadway »). Mais la curiosité musicale ne doit pas se limiter à ces têtes d’affiche. Sans tout épuiser, on appréciera aussi un Arvell Shaw (cb) fabuleusement inspiré sur les prestations des bluesmen Sammy Price ou Joe Turner, l’expressionniste « Frotti-Frotta » de Claude Luter (avec Guy – l’oncle de Jean-Loup – Longnon à la trompette), la superbe interprétation de Tete Montoliu en solo (« Blues »), le jeu olympien du grand Zoot Sims, la prestation du quartet du vibraphoniste Michel Hausser (et le jeu aux balais du regretté Dante Agostini !), les choruses de Hubert Rostaing et Michel de Villers tenant la dragée haute à Coleman Hawkins et consorts sur un bien mal nommé «Undecided » ou enfin l’inventivité ébouriffante d’un jeune stakhanoviste du festival (il accompagne Getz, Barney Wilen, Dizzy Gillespie) s’ébrouant dans une virtuosité toute powellienne qu’il transforme en bien autre chose sur un « The Squirrel » endiablé : Martial Solal.
Stéphane Carini
(*) Parallèlement à la sortie de ce double CD, l’INA rend accessibles sur son site www.ina.fr non seulement une bonne partie des images de ce festival mais aussi bien d’autres archives qui pour n’être pas toutes inédites constituent désormais un patrimoine inestimable pour l’histoire du jazz en France et dans le monde. Au total une centaine d’heures disponibles depuis le 5 novembre 2009.
Nb : Pascal Rozat, qui a coordonné les albums et DVD évoqués dans le présent article en sa qualité de conseiller du président de l’INA, est membre du comité de rédaction des DNJ.
Toutes les vidéos du Festival de jazz de Cannes sur Ina.fr : cliquez ici
Commentaires