Les Dernières Nouvelles du Jazz
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Les Dernières Nouvelles du Jazz
Voici les meilleurs moments, et on en oublie forcément, de cette édition 2010 de Jazz sous les Pommiers à Coutances.
Toutes les photos par Patrick Audoux, Vues sur Scènes.
Les Festival Jazz sous les Pommiers a lieu chaque année au moi de mai.
Cette année, il faisait frais mais beau. Alors le jazz, sous les pommiers, quand il fait beau, c'est encore plus beau.
Nous avons sélectionné quelques moments, ceux qui nous ont marqués avec les très belles photos de Patrick Audoux.
Le concert où il fallait être, s'il y en avait qu'un seul, était celui de Matthew Herbert et son big band.
Matthew Herbert Big Band
©Patrick Audoux
Musique très écrite, (trop bien peut être) sans pour être autant novatrice, agrémentée de solis brillants (trop aussi?), le Matthew Herbert Big band étonne autant par sa musique
que par la mise en scène. Humour décalé oblige, l'anglais Herbert prend un malin plaisir à destructurer, saboter la musique parfaitement exécutée de son big band.
Par exemple, tous les musiciens du big band s'emparent d'un exemplaire du figaro du jour et le chiffonnent, le lisent à l'envers (vous savez... lire le français chez les anglais, c'est un peu
comme parler l'anglais chez les français. Comme disait John lennon: "le rock français, c'est comme le vin anglais"; 1 partout quoi).
Matthew Herbert ©Patrick Audoux
Puis, ils le découpent en morceaux, lancent des pages en lambeaux et s'esclaffent. Herbert ne joue d'aucun instrument connu. Son travail consiste à enregistrer à la volée ce que joue son band et colle par dessus des samples bruitistes ou rythmiques drum'n"bass. festif et jubilatoire, Herbert est dans la provoc' avec l'aide de sa chanteuse d'origine africaine qui se fout du protocole broadway, très anglais pour le coup, et de l'ambiance latine désuète que cherche par moments à nous faire goûter le band.
Matthew Herbert ©Patrick Audoux
L'improvisation du big band réside dans le travail de traficotage exécuté par Herbert: sons décomposés, voix démultipliées, trombones éléphantesques, extraits de sax et trip-hop. Mise à part la
musique, amusante avec cette déstructuration parfois déroutante, c'est le message. Sur une ballade mélancolique et émouvante, Herbert ajoute un bip, répété de manière continue, qui devient
obsédant et anxiogène puisque chacun de ces bips représente 100 personnes mortes en Irak entre 2003 et 2006. Le morceau dure près de dix minutes et on pourrait laisser ce bip encore 10 minutes,
dixit le traficoteur en chef. D'autres messages sont aussi lancés un peu comme une bouteille à la mer, car on a du mal à les décrypter alors que les inteprétations restent nombreuses: les
musiciens mettent un sac sur la tête et ... puis c'est tout.
Le concert de Dhafer Youssef avec Tigran Hamasyan et Marc Giulliani a bénéficié d'un son totalement exceptionnel dans le Théatre municipal de
Coutances pour une musique décevante. Coup de coeur du festival, c'est un peu pour cela que nous sommes allés voir ce trio qui "envoie". Mais la beauté attendue s'est fait discrète et se noie
dans la performance absolue, certes enthousiasmante pour le public, des trois artistes qui s'oublient un peu. Le hic!
Dhafer Youssef ©Patrick Audoux
Une autre surprise venait du sextet de Christophe Leloil.
Christophe Leloil sextet
©Patrick Audoux
Entouré, entre autres, de Thomas Savy (cl) et Raphaël Imbert (sax), le trompettiste propose une suite intitulée "E.C.H.O.E.S.". Si la géométrie du groupe de Leloil est fixe, sa musique est à dimensions variables. En effet, et c'est bien là l'intérêt principal de cette oeuvre, la suite qui dure un peu plus d'une heure permet de part sa structure une densité évolutive, des soli guidés par l'humeur des interprètes, une musique changeante qui vit au fur et à mesure des interprétations. C'est peut être là la révolution du jazz de demain qui satisfera la nécessité excessive des programmations qui se doivent d'être innovantes et créatives en permanence. Avec Leloil, vous avez toujours le même groupe, le même projet mais pas la même musique.
Une découverte qui n'en est pas une: le trio d'Emmanuel Bex qui rappelle le trio BFG avec Simon Goubert et Glenn Ferris au trombone. Ferris a laissé place au saxophoniste italien Franceso Bearzatti, très expansif, autour d'un Bex très en forme sur le plan musical avec le sourire aux lèvres. La musique était simple, sans fioritures, avec l'envie de donner le meilleur des compositions de Bex et de procurer un véritable plaisir du son.
Emmanuel Bex trio ©Patrick Audoux
Fidèle à son humeur sympathique et au fort succès de sa musique métissée et intelligente, Denis Colin et ses Arpenteurs ont donné un concert au plaisir manifeste qui a enchanté son public. Un grand moment de musique et un très beau souvenir.
Denis Colin et
la Société des Arpenteurs ©Patrick Audoux
Une vraie et belle découverte, c'est le quartet du hollandais Eric Vloemans.
Ce trompettiste, qu'on a vu au North Sea Jazz festival en juillet dernier, est doué.
Que ce soit avec son trio (tp, cl, acc) ou avec ce quartet, il offre des prestations musicales aux ambiances variées et aux formats inhabituels. Ce soià là au Magc Mirror de Coutances, salle
nomade, il explore les trèfonds de notre âme groove et électro. Sa musique voyage au plus profond de nos sensations,: groove inexploré, sonorités cachés, résonance transcendée. Sa trompette
trafiquée se mélange aux claviers électrisés et légèrement électro, aux rythmiques jungle.
Tout se mélange et se confond pour prendre la forme d'un bonbon qui explose en bouche.
Un moment superbe de musique inspirée qui vous reste en mémoire longtemps.
Pour conclure sur cette édition 2010 du festival de Coutances, dont nous présentons qu'un petit florilège, il nous est apparu une programmation variée et malicieuse alternant grosses formations, soli (Malouf, Thuillier, Llado), petites formations aux ambiances firieusement opposes. Pour finir dans une ambiance de fous avec l'acid-jazz de l'excellent groupe de James Morton à la Cave des Unelles. Mortel!
Jérôme Gransac
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