Les Dernières Nouvelles du Jazz
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Cristal Records/ Harmonia mundi
Voilà un titre bien trouvé, en écho à l’une des plus célèbres compositions du contrebassiste, visant l’horrible politicien, le raciste gouverneur de l’Arkansas. On sait que le contrebassiste Jacques Vidal a un rapport passionné à l’homme et au musicien génial que fut Charles Mingus. Comment réussir le portrait éclaté d’un grand du jazz ? En donnant une évocation lyrique et convaincue de cet « ogre fâché », contrebassiste et pianiste, compositeur furieusement ellingtonien dans « Duke Ellington’s Sound of Love », mais aussi un Jelly Roll Morton du jazz moderne dans le portrait réussi intitulé simplement «Jelly Roll». Le tendre mélodiste, catalyseur d’énergie, toujours sur le fil du rasoir mais inquiet pour de bonnes raisons, était véritablement enragé contre toutes les injustices raciales et sociales, rebelle à vif pour une véritable cause. Dans une prose sensible, écrite et lue parIsabelle Carpentier, qui sait aussi scater avec sensualité, se dessine en contrepoint le portrait de celui qui se considérait comme moins qu’un chien « Beneath the Underdog » (c’est le titre de son autobiographie, parue en 1971), de celui «bigger than life» qui se démultipliait en trois « moi » au moins ! Jacques Vidal, contrebassiste et arrangeur doué, est l’homme orchestre de ce nouveau projet. Il réussit en quelque sorte à prolonger l’esprit du fameux Jazz Workshop, en une plus petite formation certes mais qui fait vivre et revivre la musique mingusienne. Un hommage volcanique que lui rendent, avec cette acuité de passionnés également spécialistes, l’altiste Pierrick Pedron, le tromboniste (et tubiste) Daniel Zimmerman et le percussionniste Xavier Desandre Navarre. Une formation qui sait mélanger tradition et respect de cette musique généreuse, émotionnelle et physique avec une réelle liberté : pour preuve, un éblouissant «Boogie Stop Shuffle» où chacun choruse avec incandescence, un swingant « Nostalgia in Times Square ». On songe qu’ils doivent être drôlement heureux de pouvoir jouer cette musique aujourd’hui encore. En tous les cas, nous sommes sûrs d’entendre un sacré moment de musique, une petite illusion de bonheur dans ce Winter of (our) discontent. Avec raison, Jacques Vidal reprend des titres phares du maître (Moanin’, Pithecanthropus Erectus) qu’il déjoue à sa manière, arrange sans déranger. Toujours dans l’esprit, il ajoute deux compositions de son cru qui introduisent et soulignent l’intérêt du projet.
Enfin, nous avons été sensible au livret soigné, évoquant le Grand Concert de Nicolas de Staël, à moins que ce ne soit simplement la magnifique teinte d’ « Orange was the colour of her dress ».Fabuleux !
Sophie Chambon
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