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Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 12:11

VidalJacques_FablesOfMingus.jpgCristal Records/ Harmonia mundi


 Voilà un titre bien trouvé, en écho à l’une des plus célèbres compositions du contrebassiste, visant l’horrible politicien, le raciste gouverneur de l’Arkansas. On sait que le contrebassiste  Jacques Vidal  a un rapport passionné à l’homme et au musicien génial que fut Charles Mingus. Comment réussir le portrait éclaté d’un grand du jazz ?  En donnant une évocation lyrique et  convaincue de cet « ogre fâché », contrebassiste et pianiste, compositeur  furieusement ellingtonien dans  « Duke Ellington’s Sound of Love », mais aussi un Jelly Roll Morton du jazz moderne dans le portrait réussi intitulé simplement «Jelly Roll». Le tendre mélodiste, catalyseur d’énergie, toujours sur le fil du rasoir mais inquiet pour de bonnes raisons, était véritablement enragé contre toutes les injustices raciales et sociales, rebelle à vif pour une véritable cause. Dans une prose sensible, écrite et lue parIsabelle Carpentier, qui sait aussi scater avec sensualité,  se dessine en contrepoint  le portrait de celui qui se considérait  comme moins qu’un chien « Beneath the Underdog » (c’est le titre de son autobiographie, parue en 1971), de celui «bigger than life» qui se démultipliait en trois « moi » au moins ! Jacques Vidal, contrebassiste et arrangeur doué, est l’homme orchestre de ce nouveau projet. Il réussit en quelque sorte à prolonger l’esprit du fameux Jazz Workshop, en une plus petite formation certes mais qui fait vivre et revivre la musique mingusienne. Un hommage volcanique  que lui rendent, avec  cette acuité de passionnés également  spécialistes, l’altiste Pierrick Pedron,  le tromboniste (et tubiste) Daniel Zimmerman et le percussionniste Xavier Desandre Navarre. Une formation qui sait mélanger tradition et respect de cette musique généreuse, émotionnelle et physique avec une réelle  liberté : pour preuve, un éblouissant «Boogie Stop Shuffle» où chacun choruse avec incandescence, un swingant « Nostalgia in Times Square ». On songe qu’ils doivent être drôlement heureux de pouvoir jouer cette musique aujourd’hui encore. En tous les cas, nous sommes  sûrs d’entendre  un sacré moment de musique, une petite illusion de bonheur  dans ce Winter of (our) discontent. Avec raison,  Jacques Vidal reprend des titres phares du maître (Moanin’, Pithecanthropus Erectus) qu’il déjoue à sa manière, arrange sans déranger. Toujours dans l’esprit, il ajoute deux compositions de son cru qui introduisent et soulignent l’intérêt du projet.

Enfin, nous avons été sensible au livret soigné, évoquant le Grand Concert de Nicolas de Staël, à moins que ce ne soit simplement la magnifique teinte d’ « Orange was the colour of her dress ».Fabuleux !

Sophie Chambon

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