Les Dernières Nouvelles du Jazz


Dimanche 28 août 2011 7 28 /08 /Août /2011 23:49

Gallimard NRF – L’Un et l’autre

2011, 116p, 16,50 euros.

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 La poésie, c’est de la musique ! On l’a déjà dit. Tout le monde l’a dit. Et c’est peut être ce qui explique pourquoi Duke Ellington a amené l’immense écrivain Jacques Reda à la poésie à moins que ce ne fut peut être le contraire. Faudrait lui demander. Dans tous les cas c’est une histoire d’amour. D’amour curieux. D’amour et de fantasmes. Car Jacques Réda ne peut pas s’en empêcher, d’imaginer. Il est curieux et il imagine, se raconte des histoires et nous embarque avec. C’est ainsi qu’effeuillant les grands titres des compositions qui marquent l’épopée Ellingtonienne, Jacques Réda retrace ce grand Orchestre peuplé de femmes, ces Béatrices (après tout chacun le sienne), ces héros ( il les appelle des Dieux), et ce nuancier de couleurs du bleu au sépia virant à l’indigo.

Il décortique avec son imaginaire et sa grande érudition aussi. Il voit les relations de Duke avec le blues. Péché originel ? Car Duke et le blues, ce sont des relations ambiguës qu’il aime à décrypter Jacques Reda.

Parce qu’aussi il prend le jazz suffisamment au sérieux pour, à son âge, avoir le loisir de s’en amuser aussi. Le site web Criss Cross (excellent au demeurant) a eu la bonne idée d’aller interviewer le mâitre des mots. Le poète et romancier, le choniqueur de jazz qui a eu la bonne idée de publier cet été cette « Autobiographie du jazz » écrite à la première personne. Et c’est  avec une facétie de sage que celui-ci s’était prêté au jeu de cette interview avec autant d’humilité que de savoir précieux à tous et à toutes.

Mais revenons à notre ducale affaire. Celle qui déclencha tout chez le jeune Réda lui aussi jeune amoureux des femmes et de cette musique nouvelle. Jacques Réda  qui ne sait pas encore, qui goûte à tout pour revenir ensuite à ses premières passions.

 

 Morceaux choisis

« Puis nous avons constaté que notre irruption post-ellingtonienne dans l’histoire de la musique n’en avait pas inversé le mouvement, et nous devînmes du jour au lendemain « be-bop » à outrance. Julius ne jurait plus que par Thelonious Monk et, reniant Sonny Greer pour s’inféoder à Max Roach, Nanard cherchait l’inspiration en précipitant des seaux à charbons vides dans l’escalier de sa cave ».

Sa relation au Duke, on l’a compris aurait pu tourner court.

 

Mais voir Duke, voir son orchestre. Le rêve : 

« Si je les ai connus ? En tout cas je les ai vus comme je vous vois, et j’aurais pu me faufiler à l’entracte dans les coulisses pour les voir de plus près, leur mettre un crayon dans la main afin qu’ils signent discrètement mon programme. Mais ce ne sont pas mes moeurs »

Suit un analyse subtile de l’œuvre de Duke. Aléatoire et revendiquée comme telle.

On commence par L’Orchestre Amour ( Duke et les femmes et cette Adelaide Hall par qui tout commence. On notera en revanche dans toute cette gynécée : pas un mot sur Ella). On poursuit par L’Orchestre Bleu ( "A la première écoute, avant d’avoir compris que Duke s’en était pris à l’état d’âme dépressif que l’expression «  the blues »c ommunément résume, plutôt qu’à une forme musicale qui le structure et permet de le surmonter, j’ai failli céder à la tentation de me croire plus proche du blues que lui ». Enfin L’Orchestre Club peuplé de héros et de danseuses à frivolités. Les héros de la litanie Ellingtonnienne, les vieux hussards, les fidèles d’entre les fidèles.

« Dix jours après Paul Gonsalves, dont la longue cavalcade à Newport en 1956 avait, « Diminuendo and Crescendo in blue » rendu patente la métamorphose de l’orchestre tel qu’en lui-même ; quelques mois avant Harry Carney qui en était resté la poutre maîtresse pendant quarante-sept ans après l’apparition de la jeune créole ( référence à Creole Love callde 1927) Duke mourut à New-York le 24 mai 1974. C’est pourquoi je n’aime pas les biographies, elles finissent toujours mal »

 

Au travers de ces courts chapitres, ce petit ouvrage  conserve cette extrême élégance de l’érudition qui n’écrase pas. Qui ne vous renvoie pas à votre crasse ignorance. Jacques Réda est plutôt du genre à vous prendre par la main et, en regardant les étoiles vous invite à fermer les yeux et à écouter ce qu’il sait, ce qu’il présume, ce qu’il suppose et ce qu’il imagine. Et c’est presque si Jacques Réda s’en voudrait de se montrer trop savant sur son sujet qu’il est vrai, on parcourt d’autant mieux que l’on a les oreilles ce petit East Saint Louis Toodle-Oo avec en toile de fond la parole qu’il rend à ce trompettiste trop oublié, Bubber Miley que Jacques Réda dans une moment de réminiscence passionnée arrache à l’oubli injuste et le rend ici un peu à la vie. Et aux étoiles.

Jean-Marc Gelin

 

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