Les Dernières Nouvelles du Jazz


Samedi 14 juillet 2012 6 14 /07 /Juil /2012 12:16




azoulay.jpgLa librairie VUIBERT
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Et pour moi tout est musique, disait  John Cage. Hélios Azoulay reprend cette citation célèbre à son compte et pour étayer sa démonstration,  nous entraîne sur les pas de quelques artistes fantaisistes et aussi génies musicaux. Des personnages reconnus actuellement mais qui ne l’étaient pas (autant) de leur temps comme Erik Satie ou Hugo Wolf. Dans le sillage d’un Michel Onfray, certes beaucoup plus critique,  il se moque de l’esprit universitaire (dé)formateur, des castes que représentent les grandes écoles...reproduisant les élites. Avec une feinte décontraction, et un désordre (seulement) apparent, le clarinettiste, compositeur, renvoyé de l’institution, étudie assez sérieusement ceux qui n’appartiennent pas à l’institution justement, les rejetés de l‘intelligentsia de chaque époque, s’inspirant des esthétiques contemporaines dans lesquelles il se sent à l’aise, les mouvements comme « Merz », « Fluxus », dadaïstes et autres surréalistes. Rien de nouveau certes mais son panorama retrace une histoire parallèle, buissonnière évoquant aussi bien Henri Thoreau et son « Walden » que l’histoire de Monsieur de Sainte-Colombe (épié par Marin Marais), popularisée par le film d’Alain Corneau (Tous les matins du monde ), d’après Pascal Quignard. A mille lieues du pensum académique, l’auteur suit des chemins de traverse, pour proposer une déambulation potache, vivante, et néanmoins instructive. Certains rapprochements sont audacieux mais pertinents entre Wagner et les « Merrie Melodies » des Warner Bros. Le jazz est utilisé pour servir d’exemple et montrer une démarche originale, Louis Armstrong inventant le scat, un peu par hasard (c’est ainsi que se font les plus grandes choses, sur le moment, suivant la loi du hasard et de la nécessité).
Certains points  qui prêtent à réflexion sont abordés sérieusement  comme le « subventionnisme ». Et un chapitre terriblement émouvant est consacré à toutes  les musiques d’outre monde, d’outretombe avec les musiques d’Auschwitz. Un témoignage  qui mérite de ne pas être passé sous silence justement. Hélios Azoulay se livre à  une écoute décomplexée de la musique, comme le fit jadis, Daniel Pennac pour la lecture, et nous propose sans forcer d’en faire autant. Si on passe les élucubrations du premier chapitre qui déplie en tous sens une histoire de larynx, on se familiarise vite avec le style, la dérision , la mise en page réjouissante. Et surtout on picore, lisotte ce livre avec plaisir. Culture d’autodidacte ou non, rien de fantaisiste en tous les cas dans cette démarche ludique et instructive. Ludidactique, votre travail, Monsieur Azoulay !
NB : A noter que la liste des références des œuvres citées, qui tient lieu de bibliographie, rédigée avec le plus grand sérieux, nous entraîne dans un voyage littéraire et artistique des plus réjouissants.     
Sophie CHAMBON

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