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Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /Jan /2010 08:15

« A duet of one : Live at The Bakery » *****

IPO Recording 2009

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Il y a comme ça des rencontres magiques. Celles des magiciens parlant entre eux un langage que l’on ne peine pas à comprendre. Celles des Princes rêveurs aussi. Et puis il y a des découvertes sublimes. Pour moi assurément celle du clarinettiste Eddie Daniels. Je ne serais jamais assez reconnaissant à François Lacharme de m’avoir fait écouter un jour dans son bureau ce duo du clarinettiste enregistré « live » en 2005 avec le pianiste Roger Kellaway. Choc absolu !  Pour ceux qui comme moi considèrent les duos du pianiste Art Tatum avec Buddy De Franco comme des œuvres majeures de l’histoire du jazz, ce duo là s’inscrit dans la parfaite continuité de cet héritage. Et avec quelle classe ! L’antithèse des clarinettistes excités, de ceux qui croient que la virtuosité ne consiste qu’à jouer très très vite et très très fort. Ici tout le contraire. Tout dans la nuance des intentions. Des phrases musicales si riches qu’elles contiennent à la fois Proust et Céline, Chateaubriand et Jean Genet. C’est la musique comme langage, avec sa fluidité des mots qui viennent seuls, des phonèmes qui s’emballent et des phrases qui digressent joyeusement. Chez Eddie Daniels, exactement cela : le sens du phrasé comme sens de la musicalité de la phrase et des improvisations qui semblent réinventer constamment la musique au hasard de parenthèses enchantées. A 69 ans le clarinettiste prodige, considéré longtemps comme l’un des meilleurs solistes de l’orchestre de Thad Jones et Mel Lewis, atteint ici des sommets. Et lorsqu’il est épaulé par un pianiste de la classe de Roger Kellaway, toujours vif, toujours inventif, toujours soucieux d’apporter son propre décalage, cela devient une rencontre littéralement jubilatoire. Et c’est parce qu’ils s’y sentent bien que cette rencontre prend alors souvent des allures de ballade mutine et drôle ( I want to be happy) à petits coups de citation joyeuses, avec une vive intelligence de la progression musicale. Une telle symbiose que la musique n’y suffit pas et que l’on y entend même les deux protagonistes oublier les micros et parler entre eux. Preuve d’un moment de pure fusion.

Et pour tous ceux qui ne connaissent pas ce clarinettiste de génie, on ne résistera pas à citer Philippe Carles dans le «  Dictionnaire du jazz » qui déclarait :

« Eddie Daniels s’impose désormais comme une manière de paradigme de la clarinette jazz, presque à lui seul un best of des jazzmen qui l’ont précédé – timbre boisé, vélocité dans tous les registres, encore plus impressionnante que celle de Benny Goodman et DeFranco et parfois même, des effets de souffle surajouté qui ne laissent d’évoquer Jimmy Giuffre. La fluidité de son jeu sur tempo rapide déterminant une sorte de détimbrage, comme si le bois, la matière, le corps ( de l’instrument et de l’instrumentiste) s’évanouissaient pour ne plus laisser passer qu’un son (presque trop) pur ».

Assurément l’un des disques de 2009. A découvrir absolument

Jean-Marc Gelin

 

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