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Lundi 25 juin 2012 1 25 /06 /Juin /2012 08:06

 

Concord Jazz 2012

Christian Scott AA (tp), Matthew Stevens (g), Jamire Williams (dm), Kris Funn (b), Mawrence Fields (p) + Kenneth Whalum (ts), Louis Fouche (as), Corey King (tb)

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L’ouvrage est impressionnant, monumental, à l’image de Christian aTunde Adjuah dont c’est le nouveau nom un peu mégalomaniaque.

Visant large, le trompettiste redéfinit sa carte du jazz en embrassant la tradition avec sa propre vision de la modernité où l’acoustique se marie à l’électro dans une sorte d’opéra grandiose (voire même grandiloquent). Impressionnant, le trompettiste l’est par son jeu. Mais à la manière d’un Christiano Ronaldo dans l’équipe du Portugal, la nouvelle star de la nouvelle Orleans semble jouer seul devant et aux autres de la suivre. Il n’empêche, le trompettiste fait étalage d’une spectaculaire technique. Certainement l’un des meilleur trompettiste du monde. Ainsi cette ouverture tonitruante, bluffante, à la limite du démonstratif ( Fatima Aisha Rokero 400) ou encore sur Pyrrhic Victory of aTunde Adjuah, témoignage mégalo puisqu’il relate les réactions négatives de son entourage à la découverte de son nouveau nom.

Gros travail d’arrangements pour une musique qui explore des univers d’une incroyable richesse. Puisque ce nouveau nom est censé retracer l’univers large de cette identité que le trompettiste revendique entre l’Afrique, les Etats-Unis, la culture indienne, et même européenne sans toutefois tomber jamais dans une world music aux idiomes faciles. En émerge de multiples sons, de multiples ambiances, mouvantes et parfois indéfinissables.

Christian Scott signe un manifeste identitaire, celui d’un indien noir de la Nouvelle Orléans, mais avant tout le manifeste de la modernité de l’après Katrina qui renvoie loin les très vieux clichés de la cité du Croissant. Car il  y a ici de la profondeur et foin d’esprit festif. Une certaine spiritualité qui peut (ou pas) émouvoir mais qui fascine de bout en bout pour celui qui donne le temps à l’écoute de ce double album fleuve.

Christian Scott sait créer des instants dramatiques, intenses (Danziger), grâce à une technique époustouflante dans l’aigu sans que Christian Scott n’hésite aussi à aller vers une sorte de Nu-jazz que ne rejetterait pas son fondateur norvégien. Et voilà pour les clichés continentaux explosés au passage et les musiciens américains ne sont définitivement plus cantonnés dans l’après bop

Il y a alors quelque chose de magique dans cet album-là. Qui relève un peu d’une sorte de magie  indienne.

Et Christian Scott pour peu que l’on oublie ses effets de manches et son égo démesuré, signe ici une œuvre. Personnelle et riche.

Jean-Marc Gelin

 

 


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