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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 16:10

 

Fernando TRUEBA et Javier MARISCAL

Film espagnol  (1h 33)

Scénario  Fernando Trueba - BD Javier Mariscal

Edition collector avec la musique du film en DVD et Blu–Ray

Sortie le 6 décembre du DVD édité par Studio 37 et distribué par Universal

 BO éditée par Sony music

Voix de Mario Guerra, Limara Meneses, Bebo Valdes, Idania Valdès  ( voix de Rita), Estrella Morena (cantaora flamenca)

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Le projet de Chico & Rita est né d’une envie partagée du cinéaste espagnol Fernando TRUEBA et du graphiste peintre Javier MARISCAL de parler de leur passion du jazz et de la musique latine, de l’histoire des musiciens cubains d’avant la révolution castriste.  La bande annonce  proclame : Rapprochés par la musique, séparés par le succès,  rattrapés  par l’histoire, leur vie bascule !  Voilà un mélo sur fond de musique cubaine et de jazz, une quête amoureuse sans cesse contrariée comme dans les  films flamboyants de  Douglas Sirk. Deux beaux personnages, presque réels, apparaissent sur l’écran : Rita est une métisse magnifique, à qui tout réussit professionnellement mais qui vivra une histoire d’amour contrariée avec Chico, un pianiste séduisant mais un rien trop séducteur, homme plutôt innocent mais maladroit. C’est surtout un musicien doué qui maîtrise tous les styles, a appris depuis l’enfance à jouer le boléro, les musiques cubaines traditionnelles, tout en étant littéralement fasciné par le jazz et le be bop !

Le making of :

Fernando Trueba, novice dans l’animation n’imaginait pas de jouer avec des comédiens cubains réels   et pensait s’en tenir aux personnages dessinés par Chavi Mariscal. C’était pourtant le meilleur moyen de garder  le contrôle du film. Tourner avec de vrais mouvements de caméra garantit un résultat final fidèle à la vision initiale. Tout fut donc réalisé  en studio, sans maquillage ni décor, avec des marqueurs pour numériser chaque mouvement tourné au préalable. L’animation mobilise un nombre important de personnes mais le résultat est surprenant, tant ce film reconstitue Cuba et New York, qui deviennent deux protagonistes du film. Le résultat est une expérience visuelle extraordinaire où pendant 80 minutes, le spectateur baigne dans les visions de Mariscal, la reconstitution plastique et visuelle de deux villes très différentes. Cuba est une île fascinante avec ses maisons coloniales et ses vieilles  Cadillac.  Javier Mariscal  a travaillé sur La Havane d’avant Castro, au foisonnement tumultueux du capitalisme américain (casinos, boîtes de nuit, enseignes et publicités omniprésentes). Il a particulièrement soigné les éléments et détails d’architecture, soulignés par des couleurs et une lumière particulière, un décor exceptionnel de patios, balcons, escaliers, balustrades et ferronneries ouvragées. On pense aussi au film nostalgique d’Andy Garcia, réalisé en 2006,  Adieu Cuba  qui raconte la vie à La Havane avant l’exil.  New York apparaît en contraste, glacée et métallique, peu accueillante pour les émigrés cubains qui se réchauffent dans les clubs où règne le be bop.

La musique :

Chico & Rita pourrait presqu’être considéré comme un documentaire sur la musique cubaine et son influence sur le jazz des années quarante: les grands percussionnistes omniprésents dans les orchestres new yorkais sont cubains, Mongo Santamaria, Candido, Chano Pozo. Dans une très jolie scène de club, Chico retrouve ce dernier aux côtés de Charlie Parker, de Dizzy Gillespie  (« Manteca ») et  Monk affublé de son éternel bonnet ébauche quelques mesures de« Blue Monk ». Le film rend un vibrant hommage à l’âge d’or du latin jazz  avec tous les rythmes conga, rumba, mambo qui envahirent la planète. On entend aussi Woody Herman and his four brothers, l’ « Ebony concerto » de Stravinsky, la « Celia » de Bud Powell mais aussi le « Tin Tin Deo », le « Mambo Herd » de Tito Puente. L’arrivée à NYC, traitée sous la forme d’un rêve permet de placer quelques chefs d’œuvre comme le thème d’ « On the town » de  Bernstein, d’entendre le « Fascinating  Rythm »  de George & Ira Gershwin, « As time goes by » du Casablanca de Michael Curtiz,  de voir évoluer les silhouettes de Fred Astaire et Ginger Rogers ou Joséphine Baker vêtue de sa seule ceinture de bananes.

 

 

 

Le véritable défi était de constituer un corpus de musique aussi important et d’imaginer une B.O avec des musiciens d’aujourd’hui  et non des enregistrements d’époque de Dizzy Gillespie, Charlie Parker ou Tito Puente. L’objectif est atteint car le film n’est pas une compilation, une anthologie  mais crée une bande musique originale, enregistrée et produite aujourd’hui avec des musiciens qui deviennent acteurs : Jimmy Heath  dans le rôle de Ben Webster qu’il a connu, reproduit  sa façon de jouer, de respirer. Idem pour Amadito Valdès avec Tito Puente, Michael Mosman pour Dizzy avec un tel talent que dans un « blindfold test », on croirait entendre  le trompettiste lui-même. Une autre belle idée est de faire chanter la ballade « Lily »  créée par Chico-Bebo,  par le propre frère de Nat King Cole, Freddy Cole, sorte de « doublure » à la voix plus mûre.

Au cœur du dispositif, Idania Valdèsincarne Rita, qui chante des chansons originales comme « Sabor a mi », mais sous le nom  de Rita la Belle, part tourner un film à Hollywood  et chante « Love for sale ». Bebo Valdès joue Chico, interprètant ses partitions, signant onze des trente titres. Père de Chucho Valdès, actuellement star du latin jazz, il a été retrouvé en 2000 par Fernando Trueba dans son documentaire Calle 54.  A 90 ans, il a toujours un toucher  aussi léger et un  phrasé magnifique. On pense inmanquablement au Bueno Vista  Social Club de Wim Wenders sorti en 1999. Ry Cooder avait réuni de vieux messieurs cubains, émouvants et pleins d’énergie, figures légendaires de la musique cubaine des années 50. 


Le film souligne la vitalité de la musique cubaine, y compris lors d’enterrement où l’on continue à danser la samba, évoque le destin tragique du peuple cubain, la ségrégation si active pendant les années soixante : quand Chico commence à connaître un certain succès, il accompagne au Village Vanguard Ben Webster(« Stardust »), part jouer avec Gillespie à Paris. Mais expulsé injustement pour un faux trafic de drogue, à la suite de la trahison de son ami, il retourne à Cuba en pleine Révolution et doit arrêter le jazz, musique de l’ennemi impérialiste. Quant à Rita, elle brise sa carrière un soir de St Sylvestre, au « Sands » de Vegas en dénonçant la ségrégation dont sont toujours victimes les noirs, artistes et musiciens même devenus stars.

Un film émouvant, nostalgique, très réussi visuellement, qui obtint des récompenses méritées comme le Goya du Meilleur film d’animation-Grand Prix HAFF (Holland Animation Film Festival) 2010 et le Prix Cineuropa 2010 Festival de Cinéma Européen des Arcs. Chico et Rita est aussi une B.O inventive et pourtant fidèle à une époque, un chant d’amour pour le jazz des années « gone by ».

Vivement recommandé !

 Sophie Chambon

 

 

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Published by Dernières Nouvelles du Jazz - dans DVD jazz
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