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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 21:47

 

ECM 2012

Mark Turner (ts), Ethan Iverson (p), Ben Street (cb), Billy Hart (dm)

billy-hart.jpg

 

 Avec ce nouvel album du batteur qui sort chez ECM, on a le sentiment d’assister à la rencontre du calligraphe et du plasticien.

Car l’art du saxophoniste Mark Turner s’apparente de plus en plus à celle de la maîtrise et de l’élégance du geste que l’on rencontre chez ces maîtres zens. À la fois très précis, le geste souple, ample et soyeux. Avec cette puissance du son projeté et ce grain d’une sensualité déconcertante. Mark Turner qui amène ainsi la musique à une rare intensité émotionnelle.

Quant à Billy Hart, c’est un créateur de reliefs sonores qui utilise toute la palette de son instrument, des sons les plus graves aux plus clairs. Tous les deux sont les pièces maîtresses de cet album. Ceux avec lesquels les deux autres sont en emphase. Et l’on notera aussi la présence du pianiste de Bad Plus  Ethan Iverson, étonnant dans ce registre à contre-emploi et Ben Street qui ancre cette musique dans quelques telluriques profondeurs.

Ce groupe a de l’élégance. L’élégance de ce qu’il dit. Dans la façon de le dire plutôt que sur ce qu’il exprime réellement. Avec retenue certes mais aussi avec cette façon qu’ils ont de concevoir ensemble la musique, de la façonner, de s’imaginer chacun comme l’élément d’une homogénéité où tous les rouages s’accordent dans l’harmonie.

On pense à continuation de l’œuvre de Paul Motian puisqu’il s’agit ici d’un autre batteur bien que l’on ait raison et tort à la fois d’en faire la pièce centrale.

Tort parce que l’histoire de ce groupe est assez étonnante. Ce groupe avait en effet été constitué à l’origine à l’initiative du pianiste et de Mark Turner  jusqu’au jour où le batteur proposa que ce groupe, à l’occasion d’un concert, joue sous son propre nom. Etrange, mais bon choix si l’on s’en remet à une notion purement marketing ! Mais il n’y a pas que du marketing là dedans car, sur le fond c’est effectivement le batteur qui est un élément fédérateur de la musique, à la fois en sa qualité de compositeur de la moitié des titres mais aussi dans son jeu, dans sa façon de délimiter l’espace de jeu. Dans cette approche très directive de l’instrument.

Cet album a ainsi le charme fou de ces lignes nettes et douces à la fois. Comme le rivage que d’un bateau on commence à percevoir avec précision, au sortir de la brume. Il y a là une sorte d’invitation au voyage, à la déambulation aériennes, dans les airs, et au travers des nuages. C’est dire si cet album est dans une sorte d’apesanteur à laquelle il est bon de pouvoir s’abandonner. En toute quiétude.

Jean-Marc Gelin

 


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Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
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