Les Dernières Nouvelles du Jazz
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Voilà encore un disque surprenant que sort Label Durance situé à Château Arnoux, dans les belles Alpes de Haute Provence. Don’t touch it nous fait découvrir un pianiste singulier singulièrement méconnu, au sein d’un vrai trio jazz. Il serait dommage en effet de passer plus longtemps à côté de « ce pianiste clair et original dans son discours », comme le souligne Martial Solal. Etre ainsi adoubé par l’un des maîtres du genre, des plus rigoureusement exigeants, n’est pas un mince compliment. Aussi est-il vivement recommandé de savourer cette musique qui coule entre les doigts de Benoît Paillard, musicien de jazz respectant la tradition, sans être rétrograde pour autant. Son phrasé limpide, délié, clairement déclaré, ne déstructure pas les mélodies qu’il reprend de Kenny Werner, Kenny Kirkland, le tube de Gainsbourg « Le poinçonneur des lilas », ou le «Lonely Woman» d’Horace Silver. Il en fait tout simplement autre chose avec ses complices, la rencontre reflètant trois voix qui savent chanter et construire un discours éloquent. Le jeu de Benoît Paillard réconcilie diverses époques et styles du jazz et du blues, et l’amateur s’y sentira un peu chez soi. C’est peut-être ce que l’on remarque d’entrée, cette immédiate complicité avec la mélodie, la joyeuse simplicité du rythme, la tendresse des ballades. Sam Favreau qui compose deux titres (on aime particulièrement « Cécile ») se révèle un contrebassiste délicat sans être minimaliste, maintenant le tempo, lançant des ponctuations décisives, tout en s’arrimant à la pulsation du batteur. Cédric Bec, à la fois vif d’attaque et tout en nuances, très complice avec Simon Tailleu, a trouvé en Sam Favreau un autre partenaire de choix. L’un des atouts de ce trio est en effet sa rythmique souple, efficace, soyeuse comme sur la fin de la reprise du « Poinçonneur des lilas ». Avec une confondante aisance, de climats éclatants à d’autres plus feutrés, les musiciens ont réussi à exprimer un raffinement qui n’est pas incompatible avec une certaine idée du jazz. Comme en témoignent ces versions revisitées de « Lonely Woman » et de « The Song is you » (Jérôme Kern) qui referment un bien bel album.
Sophie Chambon
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