Les Dernières Nouvelles du Jazz
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PI Recordings 2010
Rudresh Mahantappa (as), Bunky Green (as), Jason Moran (p), François Moutin (cb), Damion Reid (dm), Jack De Johnette (dm on 1,2,9,10)
C’est un véritable alto saxophone summit dont il s’agit. Et qui plus est, la rencontre de deux générations. L’un, Bunky Green a 75 ans et fait depuis quelques années un remarquable come back qui semble le plonger dans un véritable bain de jouvence. L’autre, Rudresh Mahantappa dont on ne cesse de vous parler ici, incarne à près de 40 ans l’illustration de cette nouvelle école du saxophone, multiraciale, inventeur d’un nouveau langage syncrétique entre ses racines indiennes et ses racines new-yorkaise.
Bunky Green a toujours été une sorte de modèle pour Rudresh qui, comme beaucoup d’autres a toujours affirmé son influence. L’élève et le maître n’avaient pourtant jamais eu l’occasion de jouer ensemble avant cette jam-session de 2008 (voir la vidéo). Et par chance, j’y étais et je me souviens de cette rencontre des deux saxophonistes lors du festival Jazz Baltica en 2008. Le courant passait entre les deux. C’était évident. Et les voir aujourd’hui réunis sur un même album en est la suite logique. Car tous les deux se fondent dans cette histoire du saxophone alto qui part de Parker et englobe Greg Osby et Steve Coleman, maîtres et élèves confondus.
Deux générations disions-nous et pourtant la même passion de cet instrument. Car si 35 ans les séparent, chez les deux, la même fougue, la même urgence à dire. Tous les deux emportés par le même flot torrentiel. La même élasticité, le même lyrisme et le sens des harmonies complexes. Mais chacun cependant avec un son parfaitement identifiable. On est loin ici des duets comme le faisaient de jeunes ténors comme Wardell Gray et Dexter Gordon. Ici cela ne peut pas être ainsi. D’abord parce que les deux n’ont pas le même âge. Mais surtout parce qu’il ne s’agit pas d’un duel mais d’une démarche aboutie et respectueuse où chacun des saxophonistes a apporté la moitié des compositions, certaines anciennes et d’autres créées pour l’occasion.
Où la rencontre vise surtout à provoquer la fusion de deux styles. L’un vient sur le terrain de l’autre et réciproquement, illustrant cette capacité du jazz américain à mêler, à mélanger, à réunir. Parfois la tentation est grande pour Bunky Green de se laisser embarquer sur le terrain de Rudresh Mahantappa. Sur ce terreau sur lequel le saxophoniste indien a bâti un vrai langage. C’est le flot carnatique qui emporte tout. Et puis il y a dans la deuxième moitié de l’album, les compositions plus apaisées de Bunky Green. Des compositions juste sublimes (Lamenting ou Little girl I miss you thème déjà entendu sur l’album « Place we never been ») où l’espace musical se desserre, se relâche. Et la c’est Mahantappa qui vient le rejoindre.
Derrière la rythmique force le respect. En premier lieu un Jason Moran toujours stupéfiant dont chacune des interventions jette une lumière irradiante, décisive avec un à propos d’une remarquable intelligence jetant des harmonies qui viennent créer un contraste en toute douceur (écouter comment il prolonge le discours des saxophonistes sur Eastern Echoes). Aux baguettes alternent respectivement Damion Reid et jack de Johnette, tous les deux associés à la puissance toute en discrétion de François Moutin. C’est dire si le niveau est particulièrement élevé dans cette session qui s’affirme véritablement comme un sommet de jazz.
Comme on dit, « ca joue terrible ». La danse sinueuse des deux serpents charmeurs emporte tout. Les courbes fluides se croisent et s’entrelacent.
Cette rencontre des deux saxophonistes alto mérite véritablement d’être qualifiée de sommet.
Jean-Marc Gelin
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