Les Dernières Nouvelles du Jazz
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Les Dernières Nouvelles du Jazz
ANTONIO SANCHEZ : « Live in New York at Jazz standards »
Cam Jazz 2010
Miguel Zenon (as), David Sanchez (ts), Scott Colley (cb), Antonio Sanchez (dm)

Si vous voulez avoir une idée sur ce qui se pratique de mieux dans le jazz actuel, allez voir (ou plutôt écouter) du côté de cette nouvelle génération du jazz issue de l’immigration portoricaine, indienne etc … et forgée dans les meilleures écoles de musique. C’est une génération qui possède, bien ancrée en elle ses propres racines métissées à un jazz aussi savant que sauvage, mélangeant ses idiomes avec les patterns traditionnels du jazz, du rythme, du swing et de la syncope. Il suffit d’entendre les prodiges de Miguel Zenon, de Vijay Iyer, Guillermo Klein, Rudresh Mahantappa ou encore de David et de Antonio Sanchez ( qui ne sont pas de la même fratrie ) pour s’en rendre compte. Il y a dans leur musique et à des degrés divers, une rage de musique intacte et cristalline.
Et la magnifique idée de la part du label italien d’avoir mis la main sur la captation live d’un concert donné par le quartet d’Antonio Sanchez au Jazz Standard en 2009 en est une illustration flagrante.
Sous la houlette de ce magnifique batteur d'à peine 39 ans, demandé par les plus grands du jazz (trois fois primé aux Grammy Awards et membre permanent de la formation de Pat Metheny) c’est un superbe quartet powerful qui en effet, se dégage ici. Une réunion aux sommets de 4 immenses talents bourrés d’une énergie de tous les diables. Deux solistes poussés, portés, expulsés, balancés en l’air par une rythmique de choc qui avec Scott Colley (génial et ultra puissant) et Antonio Sanchez ( en trublion inventif) emporte tout sur son passage, la musique, les solistes, les spectateurs du soir, les auditeurs accrochés à leurs earphones, les cravates qui s’envolent au comptoir du bar et les pékins accrochés au zinc pour ne pas s’envoler. Impossible de résister à son flot. Et s’il n’y a avait que cela ! Mais ce serait oublier cette musique pour l’essentiel composée par Antonio Sanchez, matériau qui déborde de trouvailles, multiplie les formats, enchaîne les séquences de contrepoint avec des unissons furieux et laisse place à des espaces parfois ultra denses ( les deux premiers morceaux, Greedy Silence et H & H mettent littéralement le feu) et parfois au contraire très étirés ( Ballads, The Forgotten Ones).
On aurait certes pu craindre à l’usure face à ce double CD « live » où les morceaux durent chacun au bas mot, 17 à 20 mn. Mais il n’en est absolument rien. Et c’est tout au contraire une sorte d’émulation perpétuelle qui nous maintient toujours en haleine à force d’énergie toujours redoublée. Où l’on ne sait plus trop, dans la rythmique, qui galvanise l’autre de Sanchez et de Colley. Deux saxs (ténors et alto), époustouflants où chacun imprime sa marque et porte le témoignage de deux personnalités fortes, deux discours pleinement affirmés. Jamais dans l’esprit d’un duel mais plutôt dans celui d’une complémentarité d’où naît la surprise de deux discours fleuves et formidablement riches. L’un c’est l’aîné, le protégé de Dizzy Gillelspie il n’y pas si longtemps, c’est le Nil majestueux et puissant débordant les plaines ensevelies et l’autre plus jeune mais déjà immense saxophoniste c’est l’Amazone et le Yang Tsé Kiang réunis.
Formidable choc de rentrée……
Jean-marc Gelin
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