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Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 07:22

Django 100  ****(*)

DJANGO 100

Angelo Debarre, Boulou et Elios Ferré, Romane (g) + invités : David Reinhardt, StocheloRosenberg, Noë Reinhardt, Chriss Campion (g) etc. Mai 2009. Sphinx Distribution.

Comment a débuté l’anniversaire du centenaire de la naissance de Django Reinhardt, le plus grand guitariste que le jazz ait compté et l’un de ses créateurs les plus féconds, les plus populaires et les plus étincelants ? Mal, très mal…les revues spécialisées sont à la peine, multipliant les erreurs, les références paresseuses et parfois douteuses, bien moins à l’aise lorsqu’il s’agit d’honorer le génial manouche que d’encenser et de monétiser l’icône davisienne…Alors que reste-t-il ? Mais les musiciens tout simplement !!! Et cet album le prouve avec un swing, une intelligence musicale, une solidarité inter-générationnelle époustouflants ! Disons-le tout net : après Django – qu’on ne peut comprendre que si l’on saisit que la musique et la fulgurance de la pensée de la musique, chez lui, ne faisaient splendidement qu’un – il faut trouver le moyen d’arranger sa musique (c’est-à-dire de pénétrer aussi patiemment que brillamment dans son univers) pour rendre audible et élégant un discours actuel mais qui lui reste fidèle. Le résultat est ici largement atteint : choix hyper-soigné du répertoire (qui privilégie les compositions les plus intéressantes de la deuxième partie de sa carrière), qualité des arrangements (de la douceur presque édénique de l’introduction de « La Marseillaise » - dont le titre initial de contrebande : « Echoes Of France » est ici abandonné - contrastant avec la solennité de la version princeps ; tempo beaucoup plus posé, et adéquat au demeurant, de « Douce Ambiance », truffé d’acidités harmoniques), vision orchestrale de l’ensemble, soin extrême apporté à la production, tout mérite d’être loué. L’ensemble et notamment les deux premiers tiers de l’album frappent par la qualité virtuose et presque parfaite de l’exécution, une puissance spontanée alliée à une concision obligée, la flamboyance partagée, la cohésion, la facétie (évidente dans « La Marseillaise », merci Boulou !), l’implacable souplesse de la « pompe » rythmique. Mieux, les interprètes ne font pas assaut d’individualisme conquérant mais ils s’accordent en permanence sur un discours collectif passionnant, n’étouffant rien de leurs styles respectifs et traçant au surplus des passerelles astucieuses avec des univers parents : de ces accents funky qui irriguent le superbe « Appel Indirect », rappelant l’admiration qu’un George Benson a souvent dite pour Django, de l’introduction de « Manoir de Mes Rêves » évoquant le feeling d’un Philip Catherine, baptisé « The Young Django » par Mingus, et plus essentiellement encore de ces passages de relais généreusement ménagés vers les générations nouvelles ou confirmées : Stochelo Rosenberg, Noë Reinhardt, Chriss Campion et, à mon sens, le plus prometteur d’entre eux (toucher, musicalité), David Reinhardt, interprète d’un superbe  « Nuages » conclu en un très bel effet par les bribes radiophoniques de la version d’origine, le tout couronné par une mega-chorale (qu’Eddie Louiss aurait appréciée) reprenant l’incontournable « Minor Swing » ! On l’aura compris : un très beau château, soigné en ses agencements subtils, précieux et vigoureux dans sa substance plurielle. On vous l’avait dit : les musiciens, les musiciens ! Avant tout !           

 

Stéphane Carini.

 

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