Les Dernières Nouvelles du Jazz
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Les Dernières Nouvelles du Jazz
Ils se sont connus dans les années 40 mais il aura fallu attendre 2011 pour que Yusef Lateef et
Ahmad Jamal ne se retrouvent sur scène au festival de Marciac. Une rencontre de l’architecte des sons, pianiste brillant, et du saxophoniste-flûtiste
porte-parole de la grande musique black afro-américaine qui s’est renouvelée le 27 juin à l’Olympia en baisser de rideau du festival Jazz à Saint-Germain des
Prés-Paris.
Sobre, respectueux de son aîné, Ahmad Jamal aura contribué à cette demi-heure de grâce distillée par Yusef
Lateef, au saxophone ténor (un peu), aux flûtes (beaucoup) et à la voix (surprenante, profonde) qui s’est achevée par un bouleversant « Trouble in Mind ». De belle
facture, reprenant plusieurs titres de son dernier album (« Blue Moon »-Jazz Village-Harmonia Mundi), la prestation du quartet d’Ahmad Jamal (Reginald Veal, basse, Herlin Riley,
batterie, Manolo Badrena, percussions) qui constituait l’essentiel du concert, en paraissait même (un comble) des plus classiques.
A la veille de ce concert unique, les deux sages du jazz ont fait quelques confidences aux Dernières Nouvelles du Jazz.
Assis simplement sur des chaises, Yusef (91 ans) et Ahmad (82 le 2 juillet) se sont montrés attentifs et souriants tout au long de ce (trop) bref entretien.
DNJ : Pourquoi avoir attendu si longtemps pour jouer ensemble ?
Ahmad Jamal : Nous avons été toujours été très occupés (rires), Yusef qui a beaucoup
enseigné aux Etats-Unis mais aussi au Nigeria, et moi en jouant avec mes différents groupes. Cette idée de rencontre est venue de mon producteur Seydou Barry et s’est concrétisée au festival de
Marciac l’an dernier. Yusef est une légende. Je me suis préparé pour jouer avec lui. Je suis perfectionniste…. Et lui aussi.
DNJ : Quelle est la principale qualité de votre partenaire ?
Yusef Lateef : Ahmad est un musicien qui se remet toujours en cause. C’est très
encourageant de jouer avec lui.
AJ : Yusef fait autorité dans chacun des instruments qu’il pratique. C’est un monument pour
moi qui marque son époque par son jeu, ses compositions, son enseignement, sa philosophie. J’ai beaucoup de respect pour lui.
DNJ : Vous avez une longue carrière. Quel est le moteur de votre travail ?
YL : Plus je travaille sur des compositions, plus je fais des découvertes dans le monde des
sons. Comme aimait à le dire Stravinski, il reste beaucoup plus à découvrir qu’il n’a été découvert jusqu’à présent. La créativité, je pense, est la mère de l’invention.
AJ: Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, dit-on. Nous ne créons rien mais nous pouvons
toujours découvrir quelque chose de nouveau. Chaque jour j’apprends quelque chose… même lors des interviews (rires).
YL : C’est la sagesse. Toujours chercher à savoir, du berceau au tombeau.
Photo Jean-Louis Lemarchand
DNJ : Vous jouez avec des musiciens d’une autre génération, avec une approche, une culture différente. Cela
représente un défi pour vous ?
YL : Les jeunes musiciens aussi contribuent au développement du jazz. Depuis des décennies,
les jazzmen jouent jour après jour, nuit après nuit. Le fruit de beaucoup d’efforts, de beaucoup de pratique. Les saxophonistes jouent le même instrument que Coleman Hawkins et
Lester Young mais ils le font évoluer. Souvenez-vous aussi par exemple de ce que Fats Navarro et Dizzy Gillespie ont apporté à la trompette dans
les années 40-50 !
AJ : Mon principal défi, ce ne sont pas les jeunes musiciens, c’est moi (rires). Si je peux
relever mes propres défis, il n’y a pas de problèmes. Mais quand je me prépare, j’essaie de découvrir ce qu’il y a en moi. Je ne prends pas d’appels téléphoniques, je me concentre sur
moi-même.
DNJ : Quelle est votre définition du jazz ?
YL : J’ai lu dans un magazine : le jazz c’est n’importe quoi, des fadaises ! Ces
questions de définition sont toujours ambigües. Je parle de musique auto-physio-psychique. Pour moi c’est tout simplement l’expression sous forme musicale de mon esprit, de mon cœur. Ce
n’est pas le jazz, c’est la musique de l’homme.
AJ : Je suis d’accord à 100 %. Si vous devez vous demander en écoutant de la musique, est-ce
que c’est du jazz, c’est sûr, ce n’est pas du jazz … (rires)
Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand
Ahmad Jamal est en concert cet été avec son trio à Orléans (29 juin), Montauban (3 juillet), Istres (9 juillet), Nice
(11 juillet).
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