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Samedi 3 septembre 2011 6 03 /09 /Sep /2011 10:20

Pour cette deuxième soirée du festival de la Villette, ce sont deux versions de l’art du piano jazz qui nous étaient offertes. Et lorsque l’on dit « deux versions », il s’agit bien de deux styles carrément, radicalement, fondamentalement opposés qui se succédaient hier soir sur la scène de la Cité de la Musique à Paris.

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En première partie, le pianiste Yaron Herman se livrait seul à l’exercice de l’improvisation totale qu’il affectionne. Reprenant quelques-uns de ses titres enregistrés, surfant sur un All the Things you are, déstructurant Radiohead ou quelques morceaux traditionnels et finissant par un Hallelujah de Leonard Cohen. A l’écoute de cette première partie de 45mn, Yaron Herman montrait une virtuosité impressionnante, un peu débarrassé de ses penchants Jarretien. Un éventail de son savoir-faire impressionnant, voire bluffant voire même un peu trop lorsque le pianiste utilise le bois de son instrument comme caisse rythmique. Le pianiste trentenaire jouait souvet vite, souvent dans le forte et souvent dans le grave de son piano, dévalant le clavier au gré de ses fantaisies d’improvisations, des idées qui lui arrivent aussi rapide que l’éclair évoquant une sorte de tumulte intérieur, multipliant les jeux en block chords et les virtuosités. Au point que , me retournant vers mon voisin je lui demandais à un moment «mais après quoi cours Yaron Herman » ?

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Question qui depuis longtemps ne hante plus le vieux sage de 77 ans, Abdullah Ibrahim qui offrait dans la deuxième partie tout l’opposé, avec son trio (si rare en France) composé de Belden Bullock à la contrebasse et de George Gray à la batterie. Ici, point de course avec le temps mais au contraire une suspension de celui-ci. Un peu comme le murmure des anges. Il s’entend pour celui qui sait l’écouter, dans une délicatesse du son qui oblige parfois à tendre l’oreille. Le public est à l’unisson de cette concentration. Où il est avant tout question de feeling et de poésie dans ce concert envisagé comme toujours par le pianiste, d’une seule traite, un peu comme celui qu’il nous avait offert il y a quelques années dans cette même salle de la Cité de la Musique. Ici il est en trio. Trois musiciens qui s’écoutent dans une concentration et une maîtrise de leurs gestes qui touche à l’art zen. Le pianiste caresse l’ivoire de son clavier, revient sans arrêt sur Blue Bolero comme le fil rouge de son concert qui divague entre les thèmes de son répertoire choisis au hasard au bout de ses doigts. Son piano semble porté alors par le vent de hauts plateaux. Et c’est un pur moment de grâce et de spiritualité qui met La Villette en lévitation.

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Jean-marc Gelin

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