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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /Oct /2009 09:26

Avec Christophe Monniot, Emil Spanyi, Michel Massot, Eric Echampard et le quatuor de saxophones Arcanes. Enregistré en juillet 2007.

 

 

On vit une drôle d’époque ! La pochette de ce disque nous montre une girafe sur un iceberg en train de fondre qui finira par se retrouver les pattes dans l’eau ! On appelle ça le dérèglement climatique ou le réchauffement de la planète, comme vous voudrez, mais c’est tellement grave que le pauvre Antonio Vivaldi s’en retournerait dans sa tombe s’il se rendait compte que trois siècles plus tard, le cycle des quatre saisons est complètement chamboulé. C’est ce qui a intéressé le génial saxophoniste-compositeur-arrangeur Christophe Monniot : dérégler et déranger les quatre saisons de Vivaldi afin de les réarranger dans une version jazzistique avec une vision à la fois poétique et politique. Le projet de rendre actuelle et vivante l’œuvre de musique classique la plus célèbre du monde (jusqu’à s’immiscer dans les attentes téléphoniques, les parkings ou les aéroports) est ambitieux et pleinement réussi. Le propos est sérieux et si l’on ressent une menace, de l’angoisse ou de la peur dans cette œuvre, on remarque aussi beaucoup de digressions, d’humour et de folle poésie dans cette façon unique (chère à Monniot) de pratiquer un jazz décalé à la fois festif et profond. La formation se compose d’un double quartette, le premier comprend Monniot (au sax sopranino, alto ou baryton), son fidèle acolyte Emil Spanyi au piano (et différents claviers), Eric Echampard à la batterie et dans le rôle du bassiste, Michel Massot au tuba. Le deuxième quartette est un quatuor de saxophones (le quatuor Arcanes, réputé dans le monde de la musique contemporaine) qui se distingue par son homogénéité, semblable à celle d’un quatuor à cordes, au service de cette œuvre conçue à l’origine sous la forme de mini-concertos pour violon. Du baroque au jazz, il n’y a qu’un pas à franchir, celui de l’ouverture harmonique qui s’apparente à un travail sur l’improvisation. La façon unique de déranger les thèmes de Vivaldi, de les cacher, puis de jouer avec eux en improvisant des chorus est absolument stupéfiante. Enfin la grande idée de Monniot est d’avoir utilisé une bande-son constituée de lectures du rapport d’évaluation du groupe d’experts sur l’évolution du climat, entrecoupée de poésie de Baudelaire ou de Pasolini et de témoignages de paysans. Cette bande-son s’intègre à merveille à la musique grâce au talent de la réalisatrice-productrice Sylvie Gasteau, qui utilise des procédés qui rappellent l’utilisation du son dans les films de Jean-Luc Godard. Vivaldi + Godard + Monniot, trois bonnes raisons de ne pas rater la saison 5 de ce Vivaldi Universel. Lionel Eskenazi

 

 

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