Vendredi 10 juillet 2009
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Impulse 2009
Attention tout d’abord à ne pas se laisser prendre par l’annonce de cet album où il ne s’agit en aucun cas d’un « live » réunissant les deux saxophonistes. On sait en effet que les deux
hommes se sont retrouvés un an et demi plus tôt lors de l’enregistrement de Love Suprême dans lequel le jeune
Shepp intervenait. On aurait donc aimé les entendre tous les deux à l’occasion
de ce festival de Newport enregistré le 2 juillet 1965. Malheureusement il ne s’agit que d’extraits de ce festival commençant par un "One down one Up" enregistré à l’occasion du concert donné par
le quartet de
Coltrane le soir même. Suivent 5 titres enregistrés l’après-midi par Archie Shepp entouré pour l’occasion de Bobby
Hutcherson au vibraphone, Barre
Philipps à la
contrebasse et Joe
Chambers à la batterie. Sont reproduits ici "Rufus", "Le Matin des Noirs", un texte parlé-chanté de Shepp, "Scag" et enfin "Call Me by My Rightful Name". Il s’agit
donc de concerts totalement tronqués et dont on se demande quel est véritablement l’intérêt éditorial. Car si le quartet de Shepp semble un peu en deçà c’est que nous avons entendu avant celui de
Trane toujours au plus haut de sa forme. N’oublions pas que lorsque Trane,
Tyner,
Garrison et
Jones jouent ce soir-là à Newport, c’est durant cet été magique, 3 semaines avant
même qu’ils n’enregistrent à Antibes ce "Love Supreme" de légende. Avoir choisi de présenter en face à face les extraits de concerts de Coltrane et de Shepp visait certainement à montrer l’énorme
influence du premier sur le second. La filiation directe et en même temps l’affirmation de la personnalité émergente de Shepp, plus engagé sur le terrain politique mais affirmant au travers de ses
phrases totalement libérées de toutes entraves, son dû et sa révérence à Coltrane. Mais parler de
New Thing à propos de ces deux concerts, s’agissant de deux saxophonistes qui s’affirment,
chacun à sa manière, comme descendant du blues, est un sérieux contresens. On a plutôt tendance à associer, la même année cette fameuse New Thing à l’émergence d’
Ornette Coleman et de
Don
Cherry qui avec le free jazz (cette nouvelle forme du jazz à venir) ouvraient à leur tour une autre voie bien éloignée de celles qui nous sont données à entendre là. Il n’en reste pas moins que
c’est avec autant d’émotion (*) que l’on retrouve ces extraits de concerts ( en partie largement publiés pour ce qui concerne Coltrane) comme le témoignage d’une rare intensité musicale. Témoins
étrangers et lointains de cette histoire du jazz en marche.
Jean-marc Gelin
Ps : émotion d'autant plus grande si l’on garde en tête que Newport, ce festival de légende semble vivre ses dernières heures, l’édition 2009 n’étant pas sûre de pouvoir se tenir faute
pour son animateur de pouvoir le financer. Cela en est jusqu’aux locations de terrains qui ne pourraient même pas être assurées….
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