Les Dernières Nouvelles du Jazz
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Les Dernières Nouvelles du Jazz
Gitanes jazz (réed) 2009
Marc Richard (cl), Göran Ericksson (as), Philippe Baudouin (p), Patrick Diaz (bjo), Gérard Gervois (tuba), Patrick Artero (tp), Claude Gousset (tb), Daniel Huck (vc), Daniel Barda (tb), Bernanrd Laye (dm), André Villeger (as) etc….
Chers Jeunes musiciens,
Jeunes musiciens, vous qui vous produisez dans les tremplins de jazz et autres scènes où l‘on est censé découvrir de jeunes talents tout frais émoulus de quelque école « conservatoriale », où l’on apprend tout bien comme il faut, cette musique est pour vous. Elle est même OBLIGATOIRE dans votre cursus. Car, jeunes musiciens qui jouez tous « monstrueux » comme on dit à l’âge où l’on en a pas fini avec ses boutons d’acné et son verre de lait au petit-déjeuner, cher jeunes musiciens qui par malheur n’aurez même pas le plaisir éphémère et furtif de devenir jamais des éjaculateurs précoces puisque de toute façon, on vous a surtout appris à ne pas bander du tout, chers jeunes musiciens, cette musique est pour vous. Et ce sera là votre premier acte de rébellion contre tous les bien-pensants, ceux qui croient que le jazz est trop sérieux et qu’il vaut mieux aller tripoter Robert Wyatt ou Led Zep dans le sens du poil plutôt que de faire de musique qui vous ferait marrer un grand coup.
Si vous devez apprendre à faire du jazz, entendez par là « jass » dans le sens tirer un bon coup, et prendre un pied énorme, alors allez écouter cette réédition de l’Anachronic Jazz Band. C’était l’époque où il y avait des gars comme Alain Guerini, fondateur du CIM qui aimaient tellement le jazz qu’ils ne faisaient aucune distinction entre New Orléans et be-bop, entre jazz Hot et Jazzmag et qui ne pensaient qu’au plaisir de jouer (formidablement bien d’ailleurs). Jetées aux orties les figues moisies et les raisons aigres, ils avaient décidé de jouer une musique ANACHRONIQUE, et de s’attaquer à des hauts thèmes du bebop, des thèmes d’une rare difficulté technique, par la bande joyeuse du New Orléans. Imaginez un Yardbird Suite de Charlie Parker, un Blue Monk de Thelonious ou plus fort encore ( quoique moins convaincant) un Giant Steps de Coltrane façon Nouvelles Orléans, Haricots Rouge et Claude Luter. Fallait oser, fallait le faire et ces gars-là l’ont fait et ça jouait sacrément grave. Entre 1976 et 1978, ces gars là mettaient le feu aux poudres de Etampes jusqu’en Allemagne avec leurs arrangements de folie et leurs solistes incroyables. Il ne suffit que d’entendre les chorus de Patrick Artero ( c’est pas possible y va s’faire péter la glotte !!), les touches subtiles de Philippe Baudouin, l’humeur badine de ClaudeVilleger ou de Marc Richard à la clarinette pour s’en convaincre. Et pourtant jeunes musiciens qui faites là (je vous vois) une sorte de moue dubitative, on pourrait vous mettre au défi d’écrire une musique aussi complexe, faites de contrepoints et de contre-chants joyeux sans y perdre votre swing. Certes je vous le concède il y a quelques moments un peu mièvres ( comme ce Move pas top) mais quelle énergie ( leçon n°1 pour vous), quel plaisir de jouer ( leçon n°2), et enfin quel swing ( leçon n°3) !
Et la conclusion de tout ça c’est qu’il serait bon, salutaire et indispensable de revenir à cette source intarissable quel qu’en soit le propos, quelle que soit l’époque et quel que soit le
prétexte musical. Allen Toussaint y revient, Patrick Artero (cf. chronique ci-dessous) la modernise un peu, d’autres comme Steve Bernstein aux Etats-Unis ou encore Dave Douglas par exemple la
détourne astucieusement. Il serait bon que vous tous, jeunes musiciens, vous vous débarrassiez enfin un peu de votre égo tourmenté et preniez exemple sur vos glorieux aînés.
Ceux-là assurément bandent encore. Jean-Marc Gelin
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