Les Dernières Nouvelles du Jazz
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Les Dernières Nouvelles du Jazz
Altrisuoni - 2009
Site d'Olivier Le
Goas
Après son quartet "New Gravitations" avec John Abercrombie, Ralph Alessi et Drew Gress (excusez du peu), Olivier Le Goas nous revient avec "Seven Ways" est édité par le
label suisse Altrisuoni. Le Goas a réuni le guitariste Manu Codjia et le saxophoniste Vincent Mascart pour un
groupe à la configuration inhabituelle qu'est Trilog.
Le trio signe ici une musique et un jazz racés à plusieurs égards. Pour commencer, les six compositions de Le Goas sont délicieuses, s'approchent de la beauté et sont largement inspirées par
la musique classique. Du compositeur allemand de la période baroque Erasmus Widmann ("Le chant du regards") à Purcell ("The Answer"), d'un Anonyme du 17ième siècle ("Rêves de Bourgogne") à Maurice Ravel ("Sainte"), Trilog a fait siennes
chacune de ces inspirations et fond sans coutures leurs mélodies dans une musique improvisée et rituelle.
A contrario des musiciens allemands Knut Rössler/Johannes Vogt qui avaient proposé un cd de dix compositions de jazz baroque en 2008 où ils paraphrasaient
et doublaient les lignes mélodiques dans le style baroque sans véritable adaptation, Olivier le Goas a élaboré un jazz actuel, contrasté et aventureux en
conservant avec talent les caractéristiques du style musical dont il s'inspire.
Dans "Le chant du Regards" ou "Rêves de Bourgogne", Trilog développe les oppositions note longues/note courtes, la fantaisie joyeuse, la mise en avant d'un soliste; éléments qu'on trouve en
particulier dans la musique baroque et qui font partie des fondements du jazz. De là, le groupe propage les atmosphères en ornementant et en improvisant des cadences.
Le dernier morceau est de Bill Evans: le groupe clôt le cd par un jazz rassurant sans véritable perspective créatrice, comme cela est le cas sur
le cd, mais avec un raffinement rare.
Ensuite, la composition instrumentale de ce trio surprend alors qu'on y découvre un groupe très équilibré et solide. Manu Codjia y a une double responsabilité puisqu'il occupe à la fois la place
d'un soliste et de l'accompagnateur rythmique. A la première écoute, il semble plus accompagnateur que d'habitude en marquant l'harmonie, presque en retrait. En fait, c'est tout à son honneur car
son jeu développe un son rock et légèrement free sans outrance tout en gardant une ligne directrice mélodique saine. Sur son blog, Bruno Pfeiffer interviewe le contrebassiste Henri Texier qui donne un avis
élogieux - et que l'on partage - sur le guitariste: "Il joue comme un peintre trouve les mélanges sur la palette. Simplement, les sonorités remplacent les couleurs."
Codjia offre ainsi un bon contrepoint au saxophoniste Vincent Mascart qui a tout compris de la musique de Le Goas. Son jeu est fluide et vivace sur "Le
chant du regards", langoureux et tonique sur "Sainte" et "Turn Out The Star". Ses interventions free-décalées, aux sonorités spatiales, sont admirablement amenées voire lumineuses. La
caractéristique principale de ce trio est le jeu dynamique et vivace tout en nuances du saxophoniste, vraiment remarquable et inspiré sur toutes les pièces, et du batteur qui se siéent
parfaitement. Ces deux là sonnent comme une évidence.
Enfin, on prend son pied à déguster aussi le jeu de Le Goas - vif, tranchant, tendu ou élastique - avec une intelligence sonore qui lui est propre. Son empreinte rythmique fait pour beaucoup dans
la couleur de cette musique. Trilog est un trio à découvrir qui doit absolument trouver sa place dans les festivals d'été.
Jérôme Gransac
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