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Mercredi 6 mai 2009 3 06 /05 /Mai /2009 06:51

Cristal 2009

François Jeanneau (ss, dir), René Dagonet (fchn, tp), Françoi Guell (as), François Cochet (tb), Pierre Boespflug (p), Denis Moog (g), Jean-Luc Deat (cb), Christian Mariotto (dm)

  Ce qui frappe d'emblée à l'écoute de cet album du Bernica Octet, c'est le soin extrême qui est porté ici au travail d’écriture et d’arrangement au profit de ce collectif. Sous la houlette de François Jeanneau, il y a dans cette musique-là, la présence de tous les fondamentaux d’un jazz en mouvement qui s'apparente parfois aux big bands dans la pure tradition ( ils ne sont pourtant que 8 !) mais qui ne perd jamais l’intimité d’une formation réduite. Si François Jeanneau est habile à diriger les grandes formations (de l’ONJ, du Pandémonium au Spoumj) c’est qu’il y a toujours chez lui ce sens de la ré-création (au demeurant une récréation), cette maîtrise des grands ensembles et de l'équilibre qu'il semble, de son propre fait, vouloir précaire : entre écriture et improvisation, entre soliste et groupe, entre unisson et contrepoint. Puisant toujours aux sources du jazz entre grand et moyen format mais toujours aussi avec une formidable modernité. La finesse des tramages donne le sentiment que cette musique coule absolument de source sans qu’il ne s’agisse pour autant d’un exercice de style. A la base de ce travail bien sûr, l'énergie toujours présente mais surtout, comme il ne cesse de le répéter à tous ses élèves : l'engagement ! Et c'est certainement cela qui produit dans cette formation, la mise en place d'une réelle dynamique de groupe. Dynamique au sens littéral : "partie de la mécanique qui étudie les relations entre les forces et les mouvements qu'elles produisent «  (selon le Petit Larousse). Mais si ces arrangements sont particulièrement soignés, François Jeanneau ne livre pas pour autant une musique aseptisée. Une musique qui serait hors temps. Car cette musique là sait aussi se (nous) faire douce violence, sortir de ses gonds pour devenir parfois plus sauvage (comme sur Kel Essouf composé à l’époque agitée, entendez par là « HJT » pour Humair+Jeanneau+ Texier). Mais toujours (Very Sensitive) la présence du swing et cette façon très ellingtonnienne et classieuse de faire balancer les chorus. Toujours en éveil, la musique de François Jeanneau suscite un intérêt curieux et émoustille les papilles auditives. Car elle ne se répète pas, ne tourne pas en rond, elle (se) vit allègrement avec une légèreté qui n'a d'égale que sa suprême élégance. François Jeanneau pour sa part ne fait pas que diriger cette formation. Il en est aussi, en tant qu'instrumentiste parmi les autres, un des éléments catalyseurs (Bernica). Chez lui bien sûr le phrasé, la puissance et cette science du placement incomparable qui lui vient peut être de sa révérence absolue à Bechet. Et il y a aussi chez Jeanneau la maîtrise de celui qui sait prendre son temps pour dire, toujours la note utile et seulement celle-là. Car il y a chez François Jeanneau la marque des très grand. Un patrimoine qu’il partage avec Wayne Shorter assurément. Jean-Marc Gelin

 

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