Les Dernières Nouvelles du Jazz
Partager l'article ! *** Jean Luc Fillon – « Oborigins »: Cristal Records 2008 « Oborigins » est un audacieux projet musical sur ...
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Cristal Records 2008
« Oborigins » est un audacieux projet musical sur le thème du voyage, réunissant autour de l’hautboïste et poly-instrumentiste Jean Luc Fillon, son compagnon de route, le pianiste João Paulo, le percussionniste américain Jarrod Cagwin et en invité spécial, le contrebassiste Michel Benita. Basé sur la forme du trio « Oboa » de Jean Luc Fillon, cet alliage unique entre hautbois, piano et percussions ouvre une porte vers une géométrie instrumentale tout à fait inédite en son genre, déjà par l’absence d’une batterie, pas si indispensable finalement. Ce disque de compositions du leader débute par une œuvre inattendue (« Miss Shanghai »), en hommage, comme nous raconte Jean Luc Fillon dans ses liner-notes, à cette nouvelle Byzance du XXIe siècle qu’est la ville de Shanghai. Une composition étrange par les chromatismes de sa mélodie. Dès les premières mesures se décline une atmosphère relativement coltranienne, emprunt de sagesse harmonique européenne mêlée à de subtiles évocations modales orientales. S’en suit un langoureux arrangement de « Bemsha swing » (intitulé simplement « Bemsha » sur le disque), le célèbre thème de Thelonious Monk. La maîtrise instrumentale est totale, surtout dans cette intro magistrale de la danse intitulée « Miss Trall » (petit clin d’œil au vent qui décoiffe les gens du sud). La poésie y atteint son comble. Cette fresque imaginaire est l’œuvre de quatre créateurs au service d’une incontestable alchimie sonore. Une autre danse, cette fois sous le nom de « Poseïdos », nous emmène avec panache sur les routes de l’explorateur Marco Polo et de tous les aventuriers du monde. Mais alors que le calme se réinstalle de tout son poids, c’est avec méditation qu’il nous enchante (« Pagode »). Cette apaisante improvisation laisse place ensuite à la revisite d’un pavé de la Musique contemporaine, « Eternal Child », à l’origine une composition de Chick Corea pour son Elektric Band en 1988. Après tant d’audace, il fallait revenir à la chair, aux plaisirs humains de la séduction d’un Boléro empli de saveurs exquises (« Bolero for João »). A noter l’extrême sensualité du pianiste João Paulo qui met au service du groupe toute la subtilité d’un improvisateur parfaitement conscient de la dynamique de son instrument. Il faut aussi souligner la remarquable assise rythmique du percussionniste Jarrod Cagwin qui ajoute par son talent des couleurs orientales à ces magnifiques compositions qui nous sont offertes. Dans les fonctions attribuées à chaque instrument, il ne fait pas de doute que le rôle du hautbois laisse entrevoir une certaine ressemblance au rôle aérien d’un saxophone à sein d’un tel projet musical, sans pour autant dénigrer le défi que relève, haut la main, notre protagoniste. Aussi, la présence d’anches doubles sur cet instrument originaire de Mésopotamie y est un atout supplémentaire dans le franchissement des frontières. Pour clôturer cet album de Jazz aux influences méditerranéennes, les musiciens terminent par un morceau au tempo relevé, intitulé « Druidos », révélant une dernière fois notre allégresse à l’écoute d’un tel disque. Tristan Loriaut
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