Les Dernières Nouvelles du Jazz
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FURIO DI CASTRI : « Zapping »
Egea 2008
Zapping est un album terriblement attrayant dès la pochette qui souligne le propos du titre, véritable montage kaléidoscopique, « cut and paste operation » qui annonce la démarche
musicale de l’ensemble. Voilà un album conceptuel (cher à la notion de « conceptual continuity » de Zappa) qui réunit un très joli sextet
européen (Furio Di Castri, Nguyen Lê, Joël
Allouche, Rita Marcotulli, Mauro Negri et Eric Vloeimans). Convoquée par le contrebassiste italien (partenaire de Paolo Fresu et Antonello Salis),
la formation tente d’explorer les univers musicaux de deux personnalités hors norme, du monde de la
musique : Thelonius Monk et Frank
Zappa. C’était bien une idée un peu folle (mais réussie) que de vouloir ce rapprochement inattendu, improbable même, entre la
maîtrise orchestrale, le goût du « nonsense » et de la provocation du génial moustachu, et la musique très solide de ce grand ours
bancal, maître du piano, qui arrivait à récupérer une erreur, à transformer une hésitation en swing . Que peut on trouver de comparable entre les
deux ? En fait, le contrebassiste Furio di Castri, auteur de la plupart des compositions, amoureux de ces musiciens depuis l’adolescence,
s’est demandé ce qu’aurait fait Zappa, s’il avait eu à travailler avec Monk. Il précise dans de véritables « liner notes » auxquelles nous
renvoyons tout amateur, la ligne directrice de cette création dont chaque titre est commenté avec une savante clarté.
Les titres sont trafiqués et déconstruits mais l’adaptation à cet univers étrangement cadré est rapide : Zapping démarre en force sur le premier thème « James in the jazz bondage » que ponctuent, sur des samples des voix de Bush, Cheney et Giuliani, des "terrorism" scandés avec énergie. Le groove furieux en fin de morceau provient de remix de riffs classiques R& B sur des éclats rageurs de trompette. On retrouve un calme relatif avec le sautillant "Skippy" et "Coffee Break Da Mario" qui mettent en valeur les timbres et les phrasés d’ Eric Vloeimans (tp) et de Mauro Negri (as, cl).
Ce que l’on apprécie dans l’album est de ne pas retrouver des arrangements zappaïens, à l’exception des "Twenty Small Cigars" (écrits à l’origine par Zappa dans sa version de 1972 de King Kong ) qui deviennent un aria délicat et triste à la clarinette. Ce sont plutôt des fragments, clins d’œil, citations, allusions à Zappa comme à Monk (« Evidence », « Skippy », « Trinkle ,Tinkle », « Hornin’in »).Les musiciens ont retroussé leurs manches et travaillé leurs partitions, connaissant les chausse-trappes des modèles comme dans « Born in the USB » and « the Monk page ».
Ce drôle d’hommage, bien plus intéressant que la plupart des « tribute » actuels, n’essaie pas de revisiter certaines compositions, mais de créer une musique originale hybride (ce qui n’aurait certes pas déplu à Zappa). La nostalgie sait faire retour cependant avec Nguyen Lè qui nous fait dresser l’oreille à la 7ème minute de « Monk Page » dans un solo que Zappa aurait pu jouer ( le Zappa guitariste jamais tellement cité, réécoutez donc Shut up and Play your guitar). Continuons cet aparté en avouant que l’on s’est longtemps demandé comment on pouvait être guitariste sans être absolument fou d’Hendrix et de Zappa ? Nguyen Lè est précieux car il réussit à merveille à s’aventurer dans les terres du rock, sans perdre le frissons du blues, à se jouer des vertiges du free et à faire revivre les ambiances asiatiques ( « Than Hoa Bridge » and « Carolina Moon »).
Ce travail sérieux animé par des instrumentistes virtuoses, souvent très inspirés fait de ce ZAPPING une réussite. Voilà bien une relecture qui ne devrait pas faire débat !
Sophie Chambon
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