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Mercredi 17 septembre 2008 3 17 /09 /Sep /2008 22:18

MARJOLAINE REYMOnd :  « Chronos in USA »

Cristal 2008





Quelle radicalité dans le travail de la chanteuse et compositrice Marjolaine Reymond ! Assumant complètement sa formation initiale de  chanteuse lyrique, loin de toutes les modes et conventions, brassant  avec énergie et intelligence les influences classiques, contemporaines, rock et jazz, elle nous offre un album de musique  improvisée explosif. Aucune tiédeur ou tabou dans cet opéra en trois actes avec offertoire et épilogue tragique en forme de lamentation.  Marjolaine Reymond ne cherche

pas à séduire ou à  plaire. Son projet est à  la fois plus intime et plus profond et donc incroyablement universel. Elle signe toutes les compositions à  partir de magnifiques textes d’Emily Dickinson, de Robert Browing, Alfred Lord Tennyson et Thomas Lodge, à l’exception de Bitches Brew (Miles Davis) et entraîne dans une audacieuse chevauchée poétique d’excellents compagnons de jeu (Yvan Robillard au piano, Hubert Dupont à  la contrebasse et Nicolas Larmignat à la batterie). L’entame de l’album (« Contrapunto sin Dino ») est très mélodique et mélancolique, avec un accompagnement tout en douceur de son trio de musiciens. Après cette introduction policée, l’Acte 1 avec le déjanté Metal Oxen, se grippe, sa voix se faisant menaçante, incantatoire, grinçante. Kurt Weill et Lotte Lenya ne sont pas bien loin. Mêlant voix parlée, voix naturelle, ports de voix et vocalises, la virtuose soprano se transforme en sorcière. Elle semble capable de maîtriser tous les éléments en faisant monter des profondeurs une incantation hors du temps (« Le balcon céleste »). L’utilisation de l’électronique lui permet de démultiplier à l’infini sa voix et de créer une atmosphère fantasmagorique («  La fin des Poseidons»). La conclusion de l’Acte 1 avec Bitches Brew est inquiétante. Un petit interlude à la flûte introduit l’Acte 2 plus énigmatique. Son « royaume des anges» n’a rien de paradisiaque et ressemble à  un temple expressionniste allemand. Elle ouvre en permanence des brèches rythmiques, en réorganisant les hiérarchies entre instrumentistes et vocaliste, et elle utilise toutes les dimensions de l’harmonie pour ainsi enrichir la matière sonore, à  la manière d’un John Cage. La musique de Marjolaine Reymond a ceci de passionnant qu’elle est dans l’expérimentation permanente, déstructurant les sons, triturant sa voix, crachant les mots. Alors que l’ensemble de l’opéra semble se dérouler dans une autre dimension temporelle, presque hors champ et hors limites, on croit entendre dans l’épilogue des sonorités familières qui nous ramènent en douceur vers une mélodie apaisée célébrant l’amour renaissant. Un album d’une originalité et d’une richesse incroyables. Attention OVNI (Objet vocal ne laissant pas indifférent) à écouter de toute urgence                       .Régine Coqueran

 

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