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Jeudi 10 juillet 2008 4 10 /07 /Juil /2008 08:35

Linoleum records 2008



 
Laurent Rochelle est auteur de trois albums solo à la clarinette chez Linoleum Records. Il partage ses talents de musicien avec des groupes comme Monkomarok ( Alima Hamel, Sylvain Fournier, Loic Schild), Lilliput Orkestra, le Grand Lilliput Ensemble et Sputnik Project (Dieter Arnold, Gehrard Putscheff, Paul Schingenschloegl). Marc Sarrazy est plus (re)connu dans le nord de l'Europe et en Russie qu’en France (En Allemagne avec Joachim Kühn, en Autriche avec Paul Schwingenschlogl). Ce pianiste plante son décor sur son myspace: "Marc Sarrazy a reçu une formation de piano classique avant d’opter, au fil des rencontres et des années, pour une musique hybride, plus personnelle, à la croisée du jazz moderne, d’Erik Satie et d’Art Zoyd…". Une vision tout à fait réaliste au regard d' « Intranquillité ». En effet, avec une musique purement acoustique, des sonorités grinçantes et pointues dérangent, surprennent et viennent troubler la fragilité des mélodies et la naïveté de la musique. Celle ci devient incertaine, introspective et insaisissable, ce qui lui donne ce côté « intranquille » sans la départir de sa magnificence.

Une autre richesse de l'album est sensorielle. Sur son piano doux et minimaliste, souvent trafiqué et légèrement bruitiste par l’utilisation de quelques ustensiles métalliques sur les cordes ("Persistance de la rétine"), Sarrazy joue des mélodies simples en arpèges. La main gauche percussive et sûre du pianiste nous entraîne sur les chemins tout tracés de ce climat rêveur, subtile et étrange. Plus souvent à la clarinette basse qu'au sax soprano, Rochelle se fait écho de son comparse et alterne douceurs, humeurs écorchées et frissons soutenus par une texture douce ou rocailleuse. Rochelle et Sarrazy s'expriment pleinement dans leur langage propre. Ils ont pris le recul nécessaire pour que leur jeu et leur musique côtoient sans les copier les idiomes les plus connus ou s’en échappent au détour de quelques notes improbables. Ce duo est d'abord une véritable collaboration artistique, une osmose entre deux musiciens qui se parlent, se comprennent et se ressentent.

L'ambiance résultante est mystérieuse. En témoignent les fonds sonores des voix d'enfants et des chants de baleines que l'on entend sur ce "bonus traque". Où l'expression des musiciens se lâche, où les musiciens semblent donner de leur imaginaire sonore et de leur imaginaire d'artiste. En soudant ce "bonus traque" à la dernière pièce, on a  l'impression que le duo souhaitait  que ce morceau fasse bande à part. Pour ne pas entacher cette musique, belle et rassurante,  par une improvisation plus volatile, plus incertaine aussi. Mais l'univers naïf et minimaliste de l'album ne dissimule pas une imagination fertile et un peu à la marge. On la ressent intérieurement et surtout on la souhaite.

Tout au long de l'album, une magie rare s’opère: au fur et à mesure des écoutes, les émotions ressenties s'affinent ou mutent, le voyage musical évolue et continue de nous faire rêver. Sensations plurielles par une musique polymorphe. Jérôme Gransac

 

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