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Jeudi 29 mai 2008 4 29 /05 /Mai /2008 07:36

JJJ PING MACHINE : «  Club 189 »

www.ping-machine.com

 

 

 

 

 

 

Cela faisait quelques temps que l’on voyait le groupe du guitariste Fred Maurin à l‘affût des premières places dans les divers festivals et tremplins de jazz. Et alors que d’autres s’alignent invariablement en quartet ou quintet, c’est avec un sacré culot que le jeune Fred prend les rênes d’un vrai big band comme on les aime avec 12 bonhommes dont certains vieux briscards rompus à l’exercice comme le merveilleux Jean-Michel Couchet au ténor ou Tom Mc Clung, le pianiste de Archie venu ici prêter main forte sur 3 titres. Et c’est avec la science toute nouvelle de celui qui voue une sorte de vénération aux grands formats de la trempe de ceux de Claude Tornhill, de Thad Jones aussi mais encore de manière plus hexagonale, du jeune émule des Bernard Strubber ( autre compagnon artisan de la guitare pour bandes d’allumés du jazz), autres Barthlemy ou plus près de nous du Scare du Tympan, que le jeune Fred Maurin se livre dans la bataille du big band avec une foi à déplacer les montagnes. Et la confiance en soi, mâtiné d’un sérieux talent d’écriture est un atout sérieux pour entraîner dans l’affaire 12 musiciens totalement acquis à la cause avec le même engagement partagé que s’il s’agissait de gravir l’Everest en cordée. Alors sans complexe, Ping se transforme en remarquable « machine », diablement efficace où tous les ingrédients sont réunis : sections de cuivres assez classique côtoyant les aspérités rock d’une guitare nerveuse, mise en valeur des solistes tous de haut niveau s’appuyant sur une rythmique remarquable d’efficacité quand il s’agit d’assurer le versant groove de cette montagne là. Alternance des solis, des contre chants de cuivres, jeux de couleurs et de lumières fonctionnant à l’énergie farouche voire féroce (Rage etc….), au mystère et à la profondeur des tramages sur des rythmiques apaisées (le superbe Mutatis Mutandis où l’on entend ici la quintessence de ce que doit être un big band dans l’écriture dont la complexité se boit pourtant comme du petit lait) ou au contraire emballés comme sur ce Club 189 toujours sous contrôle mais terriblement stimulant. Et ce gros travail d’écriture ne donne jamais l’impression que l’ascension est difficile. Elle semble au contraire d’une déconcertante facilité tant il y a du collectif dans cette aventure là. Au final c‘est plus d’une heure que l’on passe avec une grande formation qui navigue entre le classicisme d’une leçon bien comprise des big band mais avec une modernité jamais forcée mais toujours apparente. Ses géométries variables ingénieusement agencées l’empêchent de tomber dans les clichés du format. Les solistes se succèdent avec un sacré talent derrière une rythmique assurance tous risques et un contrebassiste omniprésent dans son jeu de walkin bass très supportif. On exulte dans des morceaux comme Mutatis ou Club 189 où tous les potentiels de la machine sont explorés mais on regrette parfois que la belle mécanique soit parfois sous exploitée. Mais à la question : pourquoi faire sonner un big band comme un  sextet lorsque l’on a la chance de bénéficier de ce magnifique instrument, la réponse est certainement dans le souci de ne pas se laisser enfermer dans un format unique. Qui peut le plus peut le moins en quelque sorte.

Avec son sens du swing bien modernisé, Fred Maurin fait un pied de nez aux trublions ou aux chefs d’orchestre plutôt conceptuels et, gravissant les dernières étapes, remet les choses à leur place , le jazz s’écoute comme il se joue, avec jubilation. C’est peut être ce que l’on appelle l’ivresse des sommets.     Jean-Marc Gelin

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