Les Dernières Nouvelles du Jazz
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Les Dernières Nouvelles du Jazz
JJJJ Jean Marc Foltz, Stephan Oliva, Bruno Chevillon
« Soffio di Scelsi »
Harmonia mundi 2007
Philippe Ghielmetti (Illusionsmusic) et le studio La Buissonne peuvent se vanter d’être de formidables « porteurs de projet » : ils sortent en cette fin de mois de juin un album étrange, qui a tout d’un specimen, futur « collector » peut-être ! C’est qu’ils ont encouragé l’enregistrement d’un projet étonnant, déconcertant même pour qui n’est pas familier avec le travail du compositeur italien, Giacinto Scelsi, mort en 1988.
Les puristes ne seront pas satisfaits : ce n’est pas à proprement parler du contemporain (le trio ne JOUE pas du Scelsi) et encore moins du jazz, au sens de swing et cha-ba-da. Mais la question ne devrait même plus se poser, puisque ce Soffio di Scelsi qui porte admirablement son titre, flirte avec les marges, soulignant le rapport plus qu’étroit entre musiques improvisées et contemporaines.
‘Scelsi touche en plein centre le musicien qui improvise ; c’est à l’intérieur du son que naît sa musique’, avoue Jean Marc Foltz, qui, encore clarinettiste au sein de l’Intercontemporain,
a découvert puis joué dès 1992, la musique du compositeur italien. Jusqu’à son dernier souffle, Scelsi a cherché à transposer dans une démarche visionnaire, l’univers en sons, qu’il
voyait même colorés en jaune et rose.
Le trio, constitué de Stephan Oliva au piano, Bruno Chevillon à la contrebasse et Jean-Marc Foltz aux clarinettes, est idéal pour interpréter librement et poétiquement une suite de quatorze petites pièces, incluant, dans le Sogno XIII, des citations originales, dites par Bruno Chevillon, pour éclairer cette vision « cosmologique » ? de « rythmes profonds surgissant du dynamisme vital ».
L’écoute de cet ensemble si peu académique, suppose donc un engagement complice : le souvenir de la création au théâtre de la Minoterie, en mai 2005, à Marseille, puis une seconde version , toujours la même année, au Bordeaux Jazz festival cette fois, confirme tout l’intérêt de cette réinterprétation par un trio de musiciens chevronnés.
La prise de son est essentielle dans un tel projet : le « quatrième homme », Gérard de Haro, le maître de la Buissonne, était tout indiqué pour capter cette aventure, car non seulement il connaît ces musiciens, mais il sait aussi anticiper leurs désirs, et les guider de sa parfaite connaissance du son.
Cet album se découvre lentement au fil d’une traversée initiatique, d’une plongée au cœur du son et de la musique des sphères. Une musique de rêve éveillé, où résonnent des accords mystérieux et troublants, des sonorités étrangères à nos perceptions ordinaires. De climats nettement percussifs en moments de plus intense méditation, on se laisse guider par une musique sans nostalgie, ouverte au monde. Un album à recommander fortement.
Sophie Chambon
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