Les Dernières Nouvelles du Jazz
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JJJ DAVID TORN : « Prezens »
ECM 2007
Il y a dans la guitare de David Torn quelque chose qui n’est pas loin de la folie de Marc Ribot. Une
façon de mettre dans sa guitare 1001 sons. Une expressivité rare dans une posture free-rock qui navigue entre les saturations acides et les errances à la Ry Cooder. Ce n’est pas pour rien s’il se
définit lui même comme « texturaliste ». Dans ce contexte, ce qui est alors surprenant est moins de le retrouver entouré de ces musiciens post-underground de la scène New Yorkaise que
sont Tim Berne (as), Craig Taborn ( fender, hammond) ou Tom Rainey (dm) que de les voir tous réunis sur le label de Manfreid Eicher tant l’esthétique développée ici semble éloignée de celle du
label Allemand. Mais il est vrai que le guitariste avait déjà signé sous le label ECM dans le passé.
Alors de quoi s’agit il ? Dès le premier morceau s’installe un sens de la construction, du récit et de la mise en espace. On entre dans un univers un peu en dehors du monde, dans un univers étrange aux contours mal définis. C’est comme arriver dans une ville inconnue par un vol de nuit où la cité ne se dévoile qu’à coup de flash et de repères très flous. Il faut alors attendre un peu pour sortir de cette atmosphère hypnotique et découvrir de la ville ses aspects plus nets et les plus tranchants. Dans cette lente maturation la progression des morceaux s’inscrit dans une sorte de logique intellectuelle (Bulbs). Rejetant souvent le ternaire le guitariste se décide alors à frapper plus fort et s’installe dans un système qui n’est pas sans évoquer les substances fortes que distillaient Zappa hier et Sonic Youth aujourd’hui. Une sorte de synthèse Zornienne passionnante où l’on entend Tim Berne dans une veine dérivant du free entrer dans les systèmes de David Torn qui dérivent du rock. Il est étonnant d’entendre la partition si différente des deux musiciens sur Transmit Regardless où sur une tournerie coltranienne, les deux jouent de leurs contrastes. Entre les deux, le liant est assuré par Craig Taborn un peu effacé ici mais surtout Tom Rainey, l’éternel compagnon du saxophoniste toujours aussi incroyable d’expressivité et de relance frénétiques. Une sorte de nervure de l’ouvrage. Quelques touches electro créent alors des riffs où l’ambiance hésite entre chiens et loups dans une lumière un peu glauque et blafarde. Ça surprend toujours, parfois ça crée le malaise mais ça ne laisse jamais indifférent.
Jean-Marc Gelin
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