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Mardi 12 juin 2007 2 12 /06 /Juin /2007 07:32

JJJ MARC RIBOT: “The lost string – La Corde perdue”

La Huit DVD Edition 2007

 

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La Huit
, producteur de DVD documentaires de qualité a eu la belle idée d’étoffer son catalogue «  musique » d’un DVD consacré à l’un des guitaristes majeurs de la scène actuelle. Car dans le prolongement des amis de John Zorn, Marc Ribot est en effet un guitariste New Yorkais qui compte énormément tant sur le plan d’une certaine conception de la musique que sur celui de la pratique de l’instrument. Un musicien en constante réflexion. Un de ceux qui avec d’autres comme Marc Ducret en France par exemple fait partie de ceux qui réinvente sans cesse l’instrument bien que se situant dans une veine radicalement différente de son compère français. Et Marc Ribot malgré ses régulières apparitions de ce côté-ci de l’Atlantique (à l’occasion de Banlieues Bleues notamment) reste relativement peu connu du grand public en France. Songez que l’ Encyclopédie du Jazz par exemple n’en souffle pas le moindre mot.

Il était temps de lui consacrer un  travail et de tenter d’approcher au plus près de sa démarche. Car celle-ci est complexe et absolument pas linéaire, empruntant des voies inattendues et inclassables. Car Marc Ribot, souvent associé à son compère de toujours Anthony Coleman a été de toutes les aventures musicales undergound de New York en passant par la scène néo-punk des Rootless Cosmopolitans où il avouait son adoration pour le Prime Time de Ornette Coleman, aux scènes alternatives du jazz qui l’emmenaient loin du côté de la Knitting Factory. Mais Marc Ribot est un boulimique de musique, considérée presque comme un champ expérimental pour toutes ses tentatives et multiples recherches. Il s’enorgueillit d’avoir joué  à la fin des années 70 avec l’organiste Jack Mc Duff, Etta Jones ou Jimmy Mc Griff à l’époque où il passait pas mal de temps du côté du Key Club. Ou encore revendique t-il clairement d’avoir joué de la soul music à un moment de sa vie avec Solomon Burke. Sans parler des rythmes afro-cubains d’Arsenio Rodriguez avec qui Marc Ribot a eu longtemps l’occasion de jouer.

Dans ce travail documentaire particulièrement bien réalisé, Anaïs Mosaïc semble en totale admiration pour son sujet, captant au cours de bribes d’interviews réalisées récemment ou provenant d’archives, la cohérence d’un discours complexe. Pour mieux pénétrer au cœur du personnage, la réalisatrice laisse s’exprimer le musicien en concert en groupe ou en solo dans un  travail documentaire qui ne se situe jamais dans une logique chronologique qui aurait été ennuyeuse mais en tentant d’approcher un fil conducteur dans la démarche artistique du guitariste. Pas sûr d’ailleurs qu’elle y parvienne totalement tant le sujet est caméléon. Mais si l’on retient une sorte de ligne directrice de son travail, elle viendra sûrement du blues, une sorte de blues venu de l’âme de New York, une certaine façon de faire gémir la guitare toujours ressentie comme l’expression d’une douleur sauvage. Au fil de ces belles images on entendra Marc Ribot dans des contextes aussi différents que dans une salsa endiablée (prise à banlieues Bleue) ou dans une sorte de sublime flamenco joué en solo en hommage à son maître, Frantz Casseus qui lui apprit la guitare à l’âge de 11 ans. Capable aussi de  transfigurer littéralement un thème aussi connu que St James Infirmary, Marc Ribot apparaît comme il est, un artiste total avec ce que cela suppose de gravité légère.

Un travail assurément exemplaire et particulièrement éclairant sur la dimension autant humaine qu’intellectuelle d’un artiste absolument majeur dans l’histoire du jazz et de la musique actuelle.

Jean-Marc Gelin

www.lahuit.com


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