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Samedi 16 février 2008 6 16 /02 /Fév /2008 08:14

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EMARCY 2007

Chris Potter (ts,ss), Craig Taborn (fender), Adam Rogers (g), Nate mith (dm) enregistré en fevrier 2007 au Village Vanguard

 

 Attention : tuerie ! Mettez ce CD dans votre lecteur et assoyez-vous. Parce

Qu’il vaut mieux que l’on vous prévienne si on ne veut pas avoir d’ennui et tout ça tout ça : car c’est sûr vous allez rapidement être atteints des premiers symptômes : fourmillement au bout des orteils, battement du rythme avec la tête, les pieds, la tête voire même les oreilles. C’est obligé !

Cet album enregistré en « Live » un  soir à New York dans le club mythique et dans la série des grands « live at the Village Vanguard » nous donne comme toujours un regret immense, celui de ne pas avoir présent ce soir là dans le club New Yorkais de Lorraine Gordon. Parce qu’il faut bien le dire nous avions été un peu déçu lorsque nous l’avons entendu un mois avant cet enregistrement au New Morning. Mais force est de constater que ce concert là n’était pas du même métal. Car à New York, dans son élément, Chris Potter est dans un véritable état second, culminant au sommet que voudraient bien atteindre les autres saxophonistes aujourd’hui. Depuis la disparition de Michael Brecker, peu peuvent prétendre à la succession de ce dernier si ce n’est des hommes de la trempe de Chris Potter qui devrait fort logiquement rependre ce flambeau là. Il suffit pour s’en convaincre de l’entendre (Pop Tune 1) enchaîner, après un soul bien gras de Adam Rogers, un funk endiablé, c’est bien simple on se croirait un soir à Newport lors d’un chorus de Paul Gonsalves mais en mieux. On n’a pas la bande vidéo mais on jurera que les demoiselles devaient danser au Village ce soir de février.

Avec la même énergie qui ne débande pas, le quartet de luxe enchaîne chaque morceau qui chacun mériterait un 4 étoiles tant le niveau y est incandescent. Le groupe y est cohérent, fait entendre un vrai collectif, pas un seul en dessous du point culminant, chacun à une place indispensable se hissant à son meilleur niveau. On pourrait parler de cette façon qu’a Adam Rogers en bandit de grand chemin de salir le son (Viva las Vilnius), de le laisser traîner «  gras » et qui s’oppose en exact contrepoint à la classe et à l’élégance bouillonnante du lyrique Potter. Sans compter Craig Taborn qui est aux musiciens américains ce que Pierre de Bethman est aux français, l’incontournable pilier de Fender, ici dans un rôle où il passe alternativement du rôle de soutier de luxe aussi indispensable que le feu à l’ébullition des éléments, à un rôle où il crève littéralement l’écran comme dans Arjuna ou dans l’africanisant Togo. Sans parler du rôle de

Cet album c’est sûr va longtemps tourner en boucle sur nos platines. Il est carrément jubilatoire. De ceux qui redonnent une sacrée pêche au jazz. Qu’on se le dise Potter ce n’est pas magique, c’est sorcier !

Jean-Marc Gelin

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Vendredi 15 février 2008 5 15 /02 /Fév /2008 07:38
Mc-Caslin.jpg

Sunnyside 2007

Donny Mc Caslin (ts, fl, as), Dave Binney (as, fl), Ben Monder (g), Scott Colley (cb), Antonio Sanchez (dm), Pernell Saturnino (perc)

 


                     On commence à connaître Donny Mc Caslin de ce côté ci de l’Atlantique depuis que le jeune homme s’est signalé à notre attention à travers quelques enregistrements bien justement remarqués. On se souvient de ses prestations dans l’orchestre de Maria Schneider dont il constitue l‘un des fidèles piliers et l’on se souvient aussi l’avoir entendu dans le magnifique « Meaning and Mysteries » de Dave Douglas malheureusement introuvable ici.

Ce nouvel album (le sixième signé sous son nom) confirme ce que l’on savait de ce futur « déjà » grand du saxophone. Une parfaite maîtrise de son instrument. Un art du contrôle. Jamais de dérapage ou alors parfaitement contrôlés. Sauf qu’à la différence des autres merveilleux saxophonistes de son âge, Donny Mc Caslin a des choses à dire et ne se contente pas de tourner en rond autour de sa maîtrise technique. Il affiche au contraire une très grande maturité musicale qui s’exprime à la fois dans la teneur de ses compositions, jamais uniformes mais aussi dans les leçons qu’il tire d’un jazz qui va puiser autant dans des lignes sinueuses post (ou néo) Shorteriennes que dans la fausse apparente simplicité des airs latinos qui sous sa plume et avec son lyrisme prennent la marque d’une véritable prouesse rythmique. C’est vrai qu’il est pour l’occasion entouré d’une section de luxe avec Antonio Sanchez (le batteur de Pat Metheny) à la batterie et Pernell Saturnino (le percu déjà entendu aux côtés de Danilo Perez) aux percus. Sorte de clin d’œil à son background pour ce saxophoniste Californien de 41 ans né du côté de Santa Cruz quelque part sur la One  O One entre Palo Alto et Monterey. Avec l’autre saxophoniste de l’album, Dave Binney, Donny Mc Caslin s’entend à merveille dans l’art du contre chant et du tramage des voix. On a un peu de mal à savoir qui joue en l’absence de liner notes le précisant et c’est bien dommage. On ne peut ainsi rester insensible aux deux chorus pris sur Madonna où l’on entend deux instrumentistes dépasser la simple progression harmonique pour délivrer un discours bien plus profond. Jamais cérébrales les compositions de Mc Caslin dépassent le cadre du swing pour le swing, de la mélodie pour la mélodie. Une réelle expression, un réel phrasé. On retiendra la précision de ses contre temps sur les airs latinos ( Descarga, Fast Brazil), sa capacité à se transformer en élégant joueur de saxophone d’orchestre salsa ou de boléro ( Send me a postcard) les univers bleutés ( Sea of Expectancy) et les prolongements de l’univers Breckerien ( Village natural , In pursuit), cet univers de Steps Ahead dont fit partie un moment notre saxophoniste. C’est que ce garçon un peu caméléon sur les bords sait tout faire, tout jouer et tout composer. Une sorte de génial éclectique.                                                                                                   Jean-marc Gelin

 

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Mercredi 13 février 2008 3 13 /02 /Fév /2008 07:43

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www.aurasky.com

François Creamer (clb), Vincent Limouzin ( vb et perc), Christian Duperray (b), David Pouradier Duteil (dm)

 

 Pour leur deuxième album, les inspirateurs de Jaster ont choisit d’explorer un univers quasiment organique aux contours légèrement bizarres. Une sorte d’exploration avec leur Bathyscaphe d’un univers où le poétique côtoie des atmosphères plus inquiétantes. Une plongée dans quelques eaux profondes qui aurait très bien surgir de l’univers littéraire d’un Edgar Allan Poe ou encore d’un Jules Vernes sous substances hallucinogènes. Un univers marin quasiment fantasmagorique. Du coup le quartet s’engage dans la recherche d’une atmosphère, d’une couleur globale où il est moins question d’alterner les solistes que de contribuer à la couleur d’ensemble. Il y a de l’architecture dans ce travail là. L’architecture d’un corps en mouvement. L’exploration d’un univers inconnu, qui oscille entre le calme (Gameland comme une petite musique enfantine) au déchaînement des éléments ou d’une foule en furie (Crow). Car c’est bien d’inconnu surprenant dont il s’agit tant les contours de cet album ont bien du mal (et c’est tant mieux) à répondre à une quelconque classification. Des éléments se juxtaposent qui viennent parfois de l’improvisation contemporaine ( pourquoi ne pas penser à John Cage parfois) ou d’une musique façon Zappa, avide de touts les renversements harmoniques, rythmiques et des cassures nettes. C’est d’ailleurs le reproche que l’on pourrait faire à des compositions dans lesquelles le procédé de la rupture est utilisé de manière quasi systématique. Au risque de perdre en cohérence mais en maintenant constamment en éveil l’attention de l’auditeur explorateur qui embarque intrigué, avec ces musiciens inventifs dans cet étrange sous marin.                                                           Jean-Marc Gelin

 

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Lundi 11 février 2008 1 11 /02 /Fév /2008 07:51
imbert.jpg



Zig Zag territories 2008-02-02


Chroniquer ce nouvel album de Raphaël Imbert est une tâche aussi ardue que l’œuvre à laquelle il s’attaque. Car ce qui pourrait être considéré facilement comme une « somme » autour des relations entre Bach et Coltrane pourrait aussi facilement décourager les impatients et ceux qui hésiteraient à se plonger dans plus d’une heure de musique que l’on qualifiera du bout des lèvres de « sacrée ». Car cet album n’est pas un objet de consommation musicale immédiat mais au contraire une sorte de thèse manifeste invitant à la réflexion sur le thème de la spiritualité dans la musique. Ceux qui parmi les musicologues chercheront dans cet ouvrage les traces des relations musicales entre Bach et Coltrane resteront peut être sur leur faim même si, sur le thème de l’approche modale et d’une certaine horizontalité dans la musique de Bach et Coltrane il y a des ponts qu’ils n’hésiteront pas à franchir. Au jeu très sérieux des correspondances, Raphaël Imbert nous en livre une brillante démonstration. Ne tombant jamais dans le piège d’une grille de lecture univoque, cet album juxtapose les formes et les motifs. Tantôt un quatuor à cordes (le quatuor Manfred) joue simplement du Bach sans aucune jazzification, tantôt ces opus sont la porte ouverte à l’improvisation démontrant ainsi ce lien flagrant entre Bach et Coltrane. André Rossi qui enseigne l’orgue au conservatoire de Marseille contribue à son tour à en apporter un témoignage qui surprendra certains mais n’étonnera pas ceux qui le dimanche matin entendent quelques uns des grands organistes actuels improviser du côté de Notre Dame de Lorette à Paris.

Lorsqu’il s’agit de la musique de Coltrane, celle-ci est livrée, brute, dans sa splendeur mystique  comme ce Crescent qui, prenant la suite de l’art de la fugue, démontre combien cette musique apporte à l’élévation de l’âme. Il s’agit alors d’une lecture spirituelle de l’œuvre de Coltrane qui se place soit à côté de celle de Bach soit parfois dans son prolongement. C’est ainsi que s’entend ainsi l’improvisation sur B.A.C.H (pour « Si, La, Do et Si bécart ») ou encore Reverend King. Où l’on découvre aussi comment la musique de Coltrane se prête à l’exercice d’un quatuor à cordes, exercice il faut bien le dire (et le regretter) très peu souvent réalisé (une première ?).

Les apports de Jean Luc Difraya dans le rôle du haute contre à la voix (trop) exceptionnelle et qui jetterait les liens entre classique et moderne sont en revanche bien moins convaincants. Car ces liens se trouvent ailleurs. Les sublimes improvisations à haut risque de Raphaël Imbert sur Bach ou celles non moins risquées de André Rossi sont beaucoup plus éclairantes ( les Chorales de Mi).

Raphaël Imbert nous livrait récemment son analyse reposant sur une distinction entre le Mystique (Coltrane), le métaphysique (Pharoah Sanders) et le religieux (Albert Ayler). Sur cette base Raphaël Imbert trouve un autre point de convergence entre Bach et Coltrane, celui de la psalmodie où la réinterprétation du choral luthérien évoque le thème, le psaume comme élément fondateur. Dans la mystique coltranienne, le rapport au divin s’inscrit dans une démarche personnelle d’élévation de soi vers Dieu. La musique en est l’un des témoignages au même titre que la littérature. Raphaël Imbert se plaît ainsi à évoquer le poème écrit par Coltrane dans Love Supreme et à poser la relation avec ceux de Saint Jean De La Croix, fleuron de la littérature mystique d’Occident si tant est qu’il fallait apporter une preuve de la spiritualité coltranienne.

Il faut alors prendre ce travail de Raphaël Imbert pour ce qu’il est. Une visitation bigrement intelligente et quasi universitaire de l’univers de Bach et de Coltrane dans leur double dimension philosophique et musicale. Mise en perspective, juxtaposée ou dans le prolongement l’une de l’autre, cette approche pourrait bien servir de base à la conférence que Raphaël Imbert donnera sur la place du sacré dans la musique.

Les dix dernières minutes concluent magnifiquement cet album. Reverend King puis le Chorale de Mi et enfin O welt, ich muss dich lassen achèvent cette lecture sublime. Car avant tout, ce travail enregistré dans une église où les résonances et les craquements du bois n’ont pas été éliminés, illustre merveilleusement le transport « religieux » que ces musiques évoquent. Qui parlent à l’âme et revêtent ainsi leur part d’exaltation. De divin. Jean-Marc Gelin

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Lundi 11 février 2008 1 11 /02 /Fév /2008 07:44

Carla-Bley.jpg  

 

 

La très bonne idée de ce dernier album de The lost chords est d’être allé chercher le trompettiste sarde Paolu Fresu pour accompagner le quartet de la plus suédoise des compositrices américaines, Carla Bley. Une quête contée comme une bande dessinée et avec beaucoup d’humour dans les « liner notes » qui accompagnent l’album. Une rencontre en apparence contre nature tant la pianiste s’est ses dernières années appliquée à l’understatement dans ses compositions, un certain minimalisme froid alors que Paolo Fresu transmet beaucoup d’émotion par  la sincérité et le naturel de son phrasé. Et pourtant le résultat est exceptionnel. La suite The Banana Quintet est une pièce majeure où chaque note semble absolument nécessaire, indispensable. Une harmonie élégante, majestueuse, vibrante, porteuse de lendemains lumineux, sans aucun pathos. Le timbre charnu et rond de Fresu se marrie parfaitement à l’élégance effacée de Drummond à la batterie, au swing de Steve Swallow, toujours parfait à la basse électro-acoustique et au son pur d’Andy Sheppard aux saxophones soprano et tenor.  Quel bonheur ces compositions que nous offre Lady Bley, de la très belle ouvrage, montant en intensité avec subtilité et nous tenant en haleine jusqu’à l’accord final. En apparence d’une grande facilité, la suite est d’une construction très complexe, avec des ruptures harmoniques très brutales, des chorus de cinq mesures et de nombreuses quintes. Et surtout ensemble, les cinq musiciens ont un son d’une homogénéité parfaite, un peu comme si cela faisait vingt ans qu’ils traînaient ensemble dans tous les rades de la planète. Des vieux de la vieille à qui on ne la raconte pas. Ils se sont vraiment trouvés (« find »), au sens fort du terme, trouvés dans le souffle qui les traverse, trouvés dans la pâte sonore, trouvés dans le même amour de la musique. Leur art explose sur le sublime Death of Superman – Dream sequence 1 Flying , une pièce très intime, très lyrique, très dépouillée où Fresu se découvre être le jumeau poète de Sheppard. Absolument bouleversant. A la fin de l’album, ils reprennent une vieille composition de Carla Bley, Ad libitum, qui semble avoir été écrite pour conclure cet album choral. Régine Coqueran


Watt Works 2007
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